SES CHARISMES ET SES HUMILIATIONS
Intr. Nous arrivons au centre et au cœur, à la partie la plus saisissante et la plus renommée, de la fameuse « apologie ». Après avoir revendiqué son titre de fondateur, puis repoussé avec indignation l'insinuation la plus perfide, et la plus actuelle, murmurée contre son désintéressement, Paul semble ne plus pouvoir s'arrêter, et il se met à décrire en détail, d'une façon directe et positive : d'abord — très brièvement, — les avantages dont il pourrait se targuer « selon la chair » aussi bien que tout autre, puis tout ce qu'il a souffert pour le Christ, les faveurs qu'il en a reçues, et le prix dont il les paie,
Il fait cela avec répugnance, parce qu'il y est contraint par les circonstances ; nous dirions même avec une espèce de sourde rage, qui lui inspire des sorties assez violentes contre ceux qui l'y obligent, et avec une ironie supérieure à l'égard de ses propres grandeurs, ce qui fait aboutir sa « glorification-!) a une confession de ce qu'il y a de plus humiliant, à ses yeux du moins, pour sa personnalité humaine. Cela relève la gloire du Christ qui opère en lui et par lui. Le sens général de l'apologie est : « Voyez si ce peut être un autre que le Christ, avec sa toute-puissance, qui arrive à faire tout ce que vous savez avec un pauvre homme tel que moi ». Rien n'est plus éloigné de l'orgueil que cette prétendue « glorification ».
Le même esprit s'est déjà montré dans les premiers chapitres, quand l'Apôtre parlait du « trésor dans les vases de terre ». Là aussi il y avait déjà des fragments d'apologie, servant de prélude au grand déchaînement que voici; mais ils se bornaient à des généralités et à des principes, et s' appliquaient à tous les vrais apôtres en général, plutôt qu'à Paul en personne; ici tout devient purement individuel, et revêt la plus grande précision, parce que c'est à ce qu'il y a de plus individuel en Paul que les adversaires s'attaquent, pour atteindre la doctrine après avoir ruiné la considération de l'individu qui la porte.
Tout ce grand morceau de foudroyante éloquence, — le chef-d'œuvre de Paul en fait de polémique, — offre des particularités de style qui rappellent surtout la diatribe, et s'accordent avec le style des morceaux précédents. Tout procède d'un seul élan, en une remarquable unité; mais on y distingue deux parties conjuguées :
I. XI, 16-33. Origine, travaux, peines et faiblesse de l'Apôtre.
II. XII, 1-10. Charismes et maladie ; puissance dans la faiblesse.
Tout est ramené à « l'homme extérieur r>, et à des événements accidentels, ce qui fait bien trancher la présente apologie sur les prodromes apologétiques des premiers chapitres, qui se tenaient presque exclusivement sur le terrain de la doctrine et de la spiritualité. Nous croyons pouvoir en tirer des conclusions importantes touchant l'ordre chronologique des diverses parties (v. Exc. xiv).
I. Paul se « glorifie » de ce qu'il est et de ce qu'il fait extérieurement