EXCURSUS XVII. — COMBIEN TITE FIT-IL DE SEJOURS A CORINTHE
Pour prononcer le dernier mot sur la chronologie intérieure de la Deuxième aux Corinthiens, il faudrait tâcher d'avoir le cœur net au sujet des allées et venues de Titus entre Paul et la communauté corinthienne. Nous en avons assez dit dans le commentaire pour n'avoir plus rien à démontrer; mais il sera utile au lecteur d'avoir sous les yeux un bref résumé systématique de nos conclusions.
Nous tenons pour suffisamment prouvée désormais l'unité de l'Epître, dans l'ordre traditionnel de ses parties. Appuyé sur cette base, nous reconstruisons comme suit l'histoire des rapports de Tite avec les Corinthiens.
Lorsque Paul fit parvenir sa lettre à destination, Titus n'était évidemment plus installé près de lui, puisque dans la salutation son nom ne figure pas. Pourtant il y était peu de temps en-deçà, d'après le chapitre vu. C'est donc de deux choses l'une : ou bien Titus allait se présenter lui-même aux Corinthiens, leur apportant l'épître, — mais nous avons vu au commentaire de VIII, 17, 18, que l'interprétation des aoristes l;9]X0ev, auvETcÉjjL'Iapv comme « épistolaires » paraît mal fondée, quoique Menzies en découvre encore jusque XII, 18 (v. ad loc); ou bien il était déjà parti, et, d'après tout le contexte antérieur et postérieur, c'était pour Corinthe, en compagnie des deux autres délégués, — et c'est ce que nous avons cherché à établir.
Donc, aux chap. viii-ix, voilà Titus à Corinthe (pour la seconde ou la
SECONDE ÉPITUE AUX COniNTHIENS, XII, 16-18. 331
troisième fois, v. infra). Y est-il encore lorsque Paul dicte les versets 16-18 du ch. XII, à propos des mauvais bruits, auxquels la collecte donnait prétexte? Windisch, qui fait de x-xiii une « cinquième lettre » postérieure à i-viii, croit qu'il en est déjà revenu, et qu'il a lui-même raconté à Paul les péripéties (lésa mission. Cependant il admettrait à la rigueur qu'il pût y être encore. Le parfait àTra'ffxaXxa de xii, 17 (opposé aux aoristes qui l'entourent) ne tranche pas en effet la question (v. ad loc).
Nous estimons pour notre part que cet àTreffxâXxa se rapporte à la mission des trois délégués, qui dure encore. Paul pouvait apprendre en Macédoine des nouvelles de Corinthe, par lettre ou commission de l'un des trois. 11 îaut seulement dans cette hypothèse admettre qu'il y a eu un intervalle appréciable entre la composition de viii et celle de xii (de x-xin), ou mieux, à notre avis, que l'interruption se place entre i-vii et viii-xiii, Paul connaissant déjà quelque chose des nouvelles défavorables de xii, 16-18 lorsqu'il a commencé — en partie peut-être à cause de cela — à recommander la collecte aux Corinthiens sur un ton si pressant (voir comm. de viii, 20-21). Il aurait traité de l'affaire dans tous les cas,> après s'être « enhardi » ; mais aurait-il recommandé si chaudement et l'entreprise elle-même, et ses commissaires, s'il n'avait su qu'ils se heurtaient à des difficultés assez fortes?
Là est le point critique. Très peu de nos collègues en exégèse comprennent comme nous xii, 16-18, et y reconnaissent des circonstances de la mission dont il s'agissait viii, 6, 16-suivants, j^arce qu'on estime d'ordinaire qu'elle n'a pas encore commencé (« aoristes épistolaires »). On dira alors — soit que les calomnies mentionnées xii, 16-18 n'avaient pas affaire à la collecte, mais à l'attitude de Tite en général durant son séjour précédent (ou ses séjours précédents, v. infra) à Corinthe; ce qui n'a aucune vraisemblance, étant donné qu'il s'agit exclusivement dans le contexte d'affaires d'argent; et puis, il y a en plus la mention du « frère » (v infra) ;
— soit que Titus, en cette mission dont il s'agit ii et\ii, s'était déjà occupé de la collecte; on interprète en ce sens xaôtîx; Tcpoevrip^ato de vm, 6. Mais nous avons vu que le texte de ce verset n'oblige pas, et n'invite même pas, à donner au verbe pareille portée (à cause de xotl Tr,v -/«piv Tocûiriv, marquant une entreprise nouvelle). En plus, lors de l'affaire du délit, Tite seul est désigné comme mandataire de Paul; que signifierait alors le « frère « (xii, 18) que Paul dit lui avoir adjoint comme compagnon? 11 demeurerait encore plus enseveli dans le mystère et les réticences que les deux « frères » de vin et de ix. Nous avons donc rejeté cette explication, qui est celle de Bachmann, Lemonnijer, Giit-
Jahr, al. ;
— soit enfin que xii, 16-18 ne se rapporte ni à' la mission de Tite pour la collecte, ni à sa mission-disciplinaire antérieure, mais à une autre qui les eiît précédées. Elle aurait déjà eu rapport à la collecte, et serait mentionnée viii, 6 (Ttpoîvy^pÇwTo). Telle est la solution de Plunimer et de Sickenberger. Kn cette première mission, Tite aurait peut-être été le porteur de I Cor. [Plnmmer). Tout s arrangerait bien ainsi, mais seulement aux conditions : 1° que ce tout premier de trois séjours de Tite à Corinthe ne fût pas tiré du néant ; pas un mot de pas un texte ne le mentionne ni ne l'insinue, et d'autre part vn, 14-15 iv. comm. ad loc.) fait croire que Titus, de qui Paul n'avait rien dit en sa
première épître, n'a découvert l'église de Corinthe qu'à l'occasion de sa visite disciplinaire, la « seconde » pour ces auteurs ; 2° qu'on sût faire quelque chose du « frère » de xii, 18, qui est décidément bien encombrant s'il n'est pas un de ceux que recommande Paul au ch. viii, 18-ss. et 22-ss., et plutôt le second. Si l'on dit pour répondre que c'était déjà l'un des deux qui avait accompagné Tite cette « première fois », il devait donc être bien connu à Corinthe dès avant sa mission de viii; alors pourquoi Paul décrit-il si longuement ses qualités, quand il n'a eu sur Titus qu'un mot à dire? et pourquoi ne le nomme-t-il pas au chap. xii?Nous avons essayé de découvrir les raisons de pareille omission pour le chapitre viii, et l'on comprend que, à xii, Paul continue à parler de lui sous la désignation qu'il avait déjà employée; la même raison vaudrait, il est vrai, si c'était le même que dans le premier voyage imaginé ; mais si c'était un autre, comme l'ampleur de sa recommandation au ch. viit devrait porter tout le monde à le croire, même les partisans de eette théorie? On s'embrouille par trop ; ce serait à penser, en désespoir de cause, avec Lietzmann, que les Corinthiens ou les collecteurs du Corpus ont bilïé tous ces noms exprès.
On dira que notre reconstitution des faits est conjecturale, et n'échappe pas à toute difficulté; mais les autres nous paraissent plus conjecturales encore. La nôtre pourra ne pas plaire à tout le monde ; nous la considérons, pour notre part» comme la seule plausible.
Et elle a cet avantage de fortifier beaucoup la thèse de l'unité organique et de la conservation en ordre exact des diverses parties de l'Épître.
F. — Ch. xn, 20-xin, 10. Admonitions coNCEnNANT la. visite PRociiAmE de Paul
A COUINTIIE.
Int. — La communauté avait grand besoin d'être édifiée [XII, 19),- ou, pour mieux dire, « réédifiée ». Malgré la réaction très favorable qu'avaient produite la lettre intermédiaire et la mission de Tite (p. ch. VII), il semble que, sur certains points, spécialement en ce qui concernait l'union et les mœurs clirétiennes, quelques murailles menaçaient ruine. C'était le résultat de la tolérance à l égard des intrus et dos agitateurs.
Paul se dispose donc à y aller voir. Il parle maintenant sur un ton très sérieux, pressant et parfois ironique encore, mais calme; ce n'est plus l'homme passionné qui venge ses sentiments et ses droits paternels, comme aux pages précédentes , c'est le chef qui donne les admonitions nécessaires dans V occurrence, afin que l'intervention de son autorité soit couronnée d'un plein succès. Son humanité et sa charité humble continuent cependant à se faire jour; il se dit décidé à exercer toutes les rigueurs qu'il faudra, mais souhaite vivement, dût-on encore le trouver « faible », de n'avoir pas trop à user de la verge, la communauté devant, il l'espère, se mettre à corriger d'elle-même les abus les plus criants, avant qu'il n'arrive ; c'est l'effet qu'il attend de son épître.
Ch. XII, 20. $o6oî)[;-ai y^P Wh *'^^Z eAÔwv o6^ ol'ouç OiXw eupw ûi^-aç, "/.«yw eOpâOû ûp.îv olov où ôé^exe, [r^ *TCa)ç *£ptç, Ç'/}^oç> 6u,aoi, èptôsîai, ^xaTa^.aXiat, *t];tOupio-[xoi,
Ch. XII, 20. Gap j'ai peur, quand je serai venu, de vous trouver un peu tels que je ne voudrais pas, et moi d'être trouvé par vous tel que vous ne voudriez pas; qu'il n'y ait quelque peu de discorde, jalousie,
A. Ch. XII, 20. Deux fois tiwç adoucissant, que nous rendons par « un peu » et « quelque peu «. — 'Épstç pour Iptç dans B, D, E, al., lat., et le pluriel ÇriXot dans K, E, al., lat. ■ — xaxaXaXtaî, cfr I Pet. Il, 1; xaTxXaXou; Rom. i, 30. — i]»i9upta-u.ot, çudiùScjec;, hap. leg. dans le N. T. ; <{/t0up. = détraction à voix basse; dans les LXX, Eccl. x, 11, incantations malfaisantes; cfr ({(iGoptoTaç de Rom. i, 29. — Cfr liste de vices dans Gai. V, 19, où plusieurs de ces mots, et de ceux du v. 21, infra, se l'etrouvent.
B. 20. Ayant décidément fini l'apologie préliminaire, Paul revient à cette visite dont il a parlé plusieurs fois, et pour laquelle les pages précédentes devaient nplanir des obstacles, ceux qui étaient suscités par l'autorité usurpée des intrus en certains cercles. Maintenant ce n'est plus eux spécialement qu'il vise, mais la communauté elle-même, qui a besoin d'une réforme intérieure (cfr supra). coram. de x, 6 et 15). Certes la moyenne des Corinthiens ne mérite pas que des éloges, et tout d'abord en ce qui concerne le plus haut devoir chrétien, la charité et l'union; Paul procède à une de ces énumérations de vices où sa verve de moraliste «'exerce luxueusement (ainsi Rom., I Cor., Gai-). Toutefois, observe finement Phimmer, il y a dans la forme de ses reproches plus de tendresse (ou de tristesse) ^[uc de ligueur; il voudrait même (avec ses deux tcw?) avoir l'air de douter que tout cela existe encore à Corinthe; en réalité il le sait fort bien, ce sont les reliquats des factions quMl combattait dans I Cor (avec Cornely, contre Gutjahr), aggravés
334 SECONDE ÉPiTUR AUX coR\NTinENs, xii, 20-xni, 10.
*oi)jiwaEiç, àv.axaaTaaiat' 21. ^j/q *TCaXiv èXOôvToç [).oo TaTïîivwar; [j.s. 6 Geôç [Jtou iirpbç û[x5ç, y.al 7i£vGr,a(i) tcoàXoùç tôv '!:po-/)[;.apr/)/iTa)v xai [j/J) [;,£-: avc/jcavTWV ètcI xr, ây.aôap<ita "/.ai lîopvsca y.al àas^^Ysia ^ si^pa^av.
Cil. Xlll, 1. TpiTov TOUTO £p)jo^aai %poç biJÂç' « s-ttî o-Top-atoç Sûo (xapTÛpwv y.al
par l'action des intrus (v. Exe. xv). Aussi la vigueur qu'il a montrée depuis le ch. x « pour leur édification », et « en face de Dieu » était-elle bien justifiée par ses craintes (<po6ou[jLat yàp, cfr. supra, xi, 3).
>— ~-. A. 31. Il faut conserverie génitif absolu èXOdvxo; [/.ou, quoique K, L, et d'autres portent l'accusatif plus régulier IXOdvxa ij-s; cet emploi du participe absolu alors même que le sujet s'en trouve exprimé dans la proposition principale est d'usage courant en grec biblique {Abel, p. 328), et Belser (v. infra, B) ne peut arguer du fait de ce génitif pour soutenir sa thèse.
îlâXtv donne lieu à de grandes discussions, ayant une portée historique; faut-il le joindre à TaTcstvûaï)? La position emphatique de cet adverbe en tète de la phrase donne tout lieu de croire qu'il se rapporte au mot principal, -raTretvi&crri, plutôt qu'à l'incidente âXOovTOi [xou; si Paul avait voulu mettre l'accent sur ce que son arrivée sera la « seconde », il aurait plutôt joint ce TcâXiv à èXOoSv du verset précédent (Plummer). Cependant la grammaire ne su(Iit pas à trancher la question, et la phrase, telle qu'elle est, prête à une certaine équivoque, nous le concédons; c'est l'exégèse, le rapport avec d'autres passages, qui décidera (v. à B).
?7:\ -cri àxaO. /.tX. (cfr Gai. v, 19) sera mieux uni à fi.sTavoY)a. qu'à TravOiJaw. — Le verbe [/.sravogiv, très fréquent dans les Synopt., les Actes et V Apocalypse, n'apparaît qu'ici chez Paul, qui emploie sTuicrTplçEiv dans ce sens; mais [lexcivota 2 fois dans notre épîire (vu, 9-10), 1 fois Rom. et 1 fois II Tim.; p-sTavoriCTâvTwv doit probablement être pris au sens d'un futur antérieur, v. à B.
B. 31. Une autre source des craintes apostoliques, et qui n'est pas moins grave, c'est le libertinage, le laxisme sexuel que Paul avait déjà eu à réprimer dans la lettre précanonique et la Première Epître. Les agitations récentes de l'église et l'opposition suscitée par les intrus n'avaient pas contribué, évidemment, à améliorer cet état de choses, et il pouvait s'être fait une alliance entre les libertins et les détracteurs de l'Apôtre (voir Exe. xv). Celui-ci s'est plaint déjà ouvertement (vi, 14-vii, 1) de cette contamination des mœurs païennes; et ici nous voyons qu'il redoute de se heurter, lors de sa visite, à des incorrigibles plus ou moins nombreux que ni ses lettres, ni les mesures qu'il attend de l'église, n'auront pu réduire, et qu'il sera obligé de punir gravement, jusqu'à les excommunier (Klôppcr, jfleinrici, Godet, al.) (1). Il fait au moins ce qu'il peut pour n'avoir pas un jour à les pleurer comme des membres morts (nevOsiv, avec l'accusatif de personne, paraît avoir son sens ordinaire, de déplorer une chose irréparable, se lamenter svij' une mort; c'est plus fort que Mat, v, 4; cfr I Cor. v, 2, le seul autre passage où Paul l'emploie, à propos de l'incestueux).
Ce serait là pour lui une douleur et une humiliation qu'il compare (mais en plus grave) à l'épreuve qu'il a déjà dû supporter lors d'une autre visite. Nous ne pouvons douter qu'il s'agisse de celle du « voyage intermédiaire », où Paul, sans être allé jusqu'aux sanctions immédiates, avait pu commencer à se rendre compte de l'état défectueux d'une partie de la communauté, et de tendances inquiétantes à l'opposition. Belser qui, avec d'autres, nie cette visite, a tort d'exiger que l'adverbe rJl^'^
(1) Il ne faut pas penser, avec Boiissct, à ceux qui avaient péché avant leur baptême, et ne se seraient pas repentis ; de telles gens n'auraient pas été admis dans l'église.
SECONDE BPITUE AUX COIIINTHIENS, XII, 21-XIÏI, 1. 335
colères, cabales, mauvais propos, chuchoteries, infatuations, agitafions; 21. que de nouveau, quand je serai venu, mon Dieu ne m'humilie devant vous, et que je n'aie à faire mon deuil de beaucoup de ceux qui avaient auparavant péché, et qui ne se seront pas repentis de l'impureté, débauche, libertinag^e qu'ils ont commis.
Gh. xni, 1. C'est la troisième fois que je viens chez vous. « Sur la
se rapporte à iXOdv-o;, puisque, comme nous venons de le dire {supra, A), la langue hellénistique de Paul comportait la tournure du participe absolu séparé, là où un auteur classique aurait plutôt dit TiâXiv èXOdvTa p -caTisiv. (ce qui n'aurait pas du reste supprimé toute équivoque). Plummer note très justement que, si Paul avait voulu dire en notre verset que celte visite annoncée serait une « nouvelle » visite, c'aurait été une indication bien superflue, et qu'il l'aurait plutôt dit, en tout cas, quand il commençait à en parler, au v. 20. Voir nos excursus. Nous maintenons donc que l'Apôtre parle, non de « nouvelle visite », mais de (f nouvelle humiliation » (ce qui ne peut être, bien entendu, une allusion aux conditions de son tout premier séjour). Notre avis est celui de Cornely, Klôpper, Meyer, Bonsset, Bachmann, Alford, Plummer, Mac Fadyen, Massie, etc., et nous n'avons pas à en reprendre ici la démonstration.
I A. ch. XIII, 1. La leçon de A et peL, îxo[\xtii<; ïyui èXOeîv pour IppfAat, assimilation mécanique à xii, 14, n'est pas à prendre en considération. — La citation biblique (précédée de "iWa dans N*, 35, g et syr) est du Deut. xix, 15. — Les asyndetons renforcent l'énergie des déclarations.
B. ch. XIII, 1. Paul annonce donc sa visite prochaine, comme la troisième. Ici il n'y a plus à épiloguer, et la preuve qu'il y avait eu deux visites auparavant, donc un « voyage intermédiaire », est indubitable. Ceux qui, voulant nier ce voyage ou prétendant au moins qu'il n'est pas démontré, entendent, d'Estius à Belser et autres, « c'est la troisième fois que je viens chez vous » comme signifiant : « C'est la troisième fois, que je fais mes préparatifs pour venir chez vous », ou « cette troisième fois c'est pour de bon, je viendrai effectivement chez vous », lisent entre les lignes quelque chose qu'ils n'ont pas le moindre droit d'y insérer.
L'Apôtre annonce qu'il procédera selon les formes juridiques, en faisant appel à deux ou trois témoins (comme le prescrivait le Deutéronome), contre ceux qui se seraient rendus coupables de délits graves non encore réparés. Il faut prendre cette assertion à la lettre (avec Riichert, Kiild, Scldatter, Menzies, Lemonnyer, Sales, Belser, Callan, al.), contre une interprétation ancienne qui a eu beaucoup de succès jusqu'aux plus récents exégètes [Chrys., Théodoret, Calvin, Bousset, Lietzmann, Plummer, Toussaint, Bachmann, Windisch, H. D. Wendland, al.), et d'après laquelle « témoins » vaudrait dire « témoignages », c'est-à-dire que les deux ou trois visites, avec leurs enquêtes et leurs constatations, seraient personnifiées comme les « témoins » requis par la Loi. C'est vraiment trop subtil et détourné. On ne peut rien objecter à l'intention qu'annonce Paul d'instruire le cas des pécheurs publics selon les formes, puisqu'un pouvoir judiciaire était constitué dans l'église (A'oir comm. de I Cor., ch. vi et Excursus), et que c'était bien le cas de le faire servir. Plummer (et d'autres) dit que des fautes notoires n'avaient pas besoin de cet appareil pour être connues, et que Paul n'allait pas solliciter de délations. D'accord", mais il n'allait pas non plus juger et condamner sur de simples ouï-dire, — surtout dans ce milieu de bavards; il voulait n'user de son pouvoir coërcitif que contre des délits établis avec toutes les garanties légales.
Au reste, comment \q premier séjour, celui de fondalion, aurait-il pu être présenté
336 SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XII, 20-XIir, 10.
-piwv o-TaÔTjac-ai ttôcv 'pr,[J.o(. ». 2. ïlpodpriv.oc y.al xpo^lyw, wç xapô)v tb oe'Jtspov *y,aî «TCWV vuv, Tofç 'r;poY][j,apT"/j7.ô(jiv xai toîç àoitcoïç xaaiv, oxi èiv eAÔo) *e'.ç to TîâTwiv oj <p£tcro[xai, 3. èxeî *Soxi!;-y;v Ç'/]T£ït£ tou àv èiJLOt T^aXouvtoç Xpiaxou, cç
comme caractérisé par des enquêtes sur la conduite des chrétiens, comme « témoignant » de leurs délits, alors qu'il avait été consacré à faire passer les âmes de l'infidélité à l'évangile? Il ne suffirait pas de répondre à cela que Paul avait déjà pu, en deux ans, y faire l'observation de tendances dangereuses chez certains convertis. I. A. 2. tî); manque D*, e, syrK, et ypdétpto est ajouté après vuv dans E, K, al., sijr.
Les discussions recommencent, entre tenants et adversaires de la « visite intermédiaire », sur la construction et le sens de cette phrase.
Il en est qui mettent l'accent sur xô Ssu-cepov, et le joignent à npokéyio : « Je l'ai déjà dit, et je le dis pour la deuxième fois, comme si j'étais présent bien je sois pour le moment absent » ; ou à r^pokifto 6iç rapaSv : « Je l'ai dit, et je le dis [encore] comme si j'étais présent pour la deuxième fois, bien que, etc. » (voir Meyer-Heinrici, Gutjahr, Belser, etc.) (1).
Avec Schmiedel, Lietzmann, Plummer, Bachmann, Windisch (2), Lemonnyer, etc., nous tenons «bç^apoiv (participe imparfait) xb SsuTspov pour l'assertion d'un fait positif : « comme lorsque j'étais présent pour la deuxième fois », et il s'agit pour nous de la visite intermédiaire; le xaC devant à;îtov équivaut à [outwç] zaf (« aussi » = « ainsi », « de même façon », voir Godet, Windisch). Le sens, tout à fait clair, est donc que Paul réitère, absent, une déclaration qu'il avait déjà faite pendant un de ses séjours, le deuxième; il y a correspondance membre à membre entre les deux indicatifs et les deux participes, et l'on pourrait modifier ainsi la construction, sans toucher au sens :
(5)5 :Tpo£ipr]y.a Ttaptbv xo Ssiixepov,
[ouxtos] xal rîpoXéytij aTxwv vuv c'est-à-dire :
« comme je l'ai dit d'avance quand f étais présent la deuxième fois,
\ainsi\je le redis d'avance maintenant que je suis absent ».
Nous devons remarquer encore que l'article placé devant Seiixepov indique de soi qu'il s'agit d'une « fois » bien déterminée, « la deuxième fois », et non d'« une deuxième fois » qui ne serait qu'imaginée; car, en ce dernier cas, Ssuxepov sans article eût mieux convenu.
EÎçxô ràXiv (etç xô manque P""»; cfr expressions comme ei$ xô (icxspov dans Thucydide) peut également bien se rattacher à 'éXOw, comme le veulent la plupart, ou à où
(1) On rapporte alors Ttpoeîpvjica aux menaces de I Cor. iv, 19-21. Golla tient l'envoi de I Cor., avec le dit passage, pour présenté comme l'équivalent d'une seconde visite (àç -jrapàjv io ÔEÛT.), supposition bien forcée. — Gutjahr veut apporter une « nouvelle » solution : « Je l'ai dit, et je le redis comme présent pour la deuxième fois, quoique maintenant encore je sois absent [comme je l'étais la première fois] ». Bien compliqué et inutile. Mais il dit que traduire autrement, ce serait reconnaître que la « seconde visite » est démontrée, ce qu'il veut éviter.
(2) Windisch émet encore comme possible la supposition que les deux menaces, celle qui avait été proférée lors d'une visite, et celle que Paul profère maintenant, pourraient être les deux « témoignages », sufRsants à tout régler, du verset précédent, le v. 2 expliquant ainsi le sens du v. 1. Nous ne le croyons pas, car nous prenons « témoins » au sens littéral; auv. 2 Panl passe à une nouvelle idée, il s'agit de l'esprit de son intervention, et auparavant c'était de procédure.
foi de deux témoins, et de trois, sera réglée toute affaire ». 2. J'ai dit d'avance et d'avance je [rejdis, comme lorsque j'étais là pour la deuxième fois ainsi maintenant que je suis absent, à ceux qui ont péclié auparavant, et à tous les autres : « Si je reviens, pour cette nouvelle fois je serai sans ménagements »; 3. puisque vous cherchez la preuve que le Christ parle en moi, lui qui n'est pas faible à votre égard, mais qui
çElaopi, ce que Windisch trouve plus vraisemblable. — âav équivaut ici à « quand », et ne marque aucune hésitation {Plummer, cfr non pas I Cor. xvi, 10, voir notre comm. ad loc, mais quelquefois l'emploi d'une particule analogue, o-cav, pour S-rs), — Nous avons fait crédit, dans notre traduction, à cette supposition au moins très séduisante de Plummer et de Bachmann, que Paul, dans celte proposition, cite la phrase même qu'il avait dite au cours de son second voyage, 8t[ n'étant qu'explétif, comme il arrive souvent qu'on l'emploie devant des paroles qu'on rapporte.
B. 3. Nous comprenons donc ainsi ce verset : Paul tient à répéter textuellement, dans sa lettre, ce qu'il avait dit dans sa visite intermédiaire : « quand Je viendrai, je n'aurai plus de ménagements ». Il y .a là encore quelque ironie; voyant que Paul remettait ses sanctions à l'avenir, ses adversaires s'étaient dit : « Menaces en l'air! il n'ose pas », et ils l'accusaient de faiblesse (cfr supra, comm. de x, 10, ôXôyoç èÇouOêVï)[i£voç) Or, cette fois-ci encore, c'est par lettre qu'il menace; mais qu'on se souvienne bien qu'il avait exactement dit la même chose en face; ses dires oraux n'avaient donc pas manqué d'énergie, comme le prétendent ceux qui ne sont impressionnés que par les grosses voix, et prennent pour timidité l'attitude calme dans les discussions, quelle que soit la teneur des paroles.
Ils reçoivent maintenant par lettre un deuxième avertissement, qui leur montre que le premier, dont ils n'avaient point fait cas, était sérieux. Impossible qu'il ne le fût point, après tout ce qui était survenu depuis, la lettre intermédiaire, la mission de Tite, la punition de r« offenseur ». Cet avertissement s'adresse aux libertins que la Première épître n'avait pas amenés à résipiscence (Toïç7rpoï)[iapTïixootv) et à ceux qu'ils avaient pu endoctriner depuis, mais aussi « aux autres » (toïç Xoijîoiç), c'est-àdire à la communauté, qui vraiment, malgré son sursaut de zèle après l'affaire de r« offenseur » (ch, vn), n'avait pas réagi assez contre les ferments de dissolution, que ce fussent des « libertins » ou des intrus judaïsants. Elle verra que Paul, son fondateur et son père, prend les choses autrement qu'elle.
Ces deux versets nous ont suggéré les dernières réflexions que nous avions à soumettre aux lecteurs sur la question si débattue du « voyage intermédiaire ». Nous le croyons parfaitement prouvé, et nous suivons s. Clirysostome, et toute une lignée de commentateurs de toutes les écoles, Giustiniani, Corncly, ScJiaefer, Krenkel, Zahn, Weizsàcker (« Apost. Zeit. »), Eo/ir, Sleinmann, Meinertz (« Einl. »)' Bousset, et la majorité des contemporains, contre nombre de médiévaux, il est vrai' et do commentateurs de la Renaissance, puis Baur, Ileinrici, et quelques exégètes catholiques, surtout allemands, bien connus; mais les raisons que donne Belser, par exemple, en faveur de sa thèse, relèvent d'une telle gymnastique d'exégèse qu'elles finiraient, à elles seules, par convaincre de la vérité de la thèse opposée. Si on y croyait, il faudrait reconnaître au moins que saint Paul, qui n'était pas l'etourné à Gorinthe entre ses lettres canoniques, a multiplié comme à dessein les équivoques et les ellipses pour nous induire dans l'erz-eur de croire qu'il y était retourné.
— ■ — A. 3. 8oxi[i.TÎ et les mots de même famille qui vont suivre, oo){t,u.âÇsT£, àS'oV.ipt <^w.\ii.o\^ expriment d'un seul mot des notions qui étaient tout à fait entrées dans la
SECONDE ÉPlTRE AUX CORINTHIENS. 22
338 SECONDE ÉPITllE AUX CORINTHIENS, XII, 20-XIII, 10.
îlç ufxaç où"/, àaGevsî:, àWoc SuvaTsT sv ûij.Ev. 4. Kai y^P ètrTaupcoOv) è^ àaOsveîccç, àXXà C^ £-/C 3uvà[Jt.£w^ 0îoU* *x,3:l yip "/iiJ.îî; àcrOsvoijiAsv âv aùito, àXXà *Çrjao[xev aùv aÙTw £7. 3uva(;i.ew? ©sou sîç û^aSç.
5. 'EaUTOùç TîeipaÇsTe £t èatè èv ty] zfaTsi, éaUTOÙç Soxi[ji.àÇeT£ * *'J^ or/. k-Kuyi- V(i')(7*/.£T£ éauTOÙç 0-t 'l'/jaoÏÏç \piG-oç àv l)[j.Îv èffTtv ; e\ (j.i(JTt à35xi[j.ot èarxE. C. 'EXtiiÇco Se OTi YVwcEaÔ£ oxi 'fii).zlç ohv. èa-jAsv àâôy.tji.ol. 7. Eù^ojJ-sôa §£ 'jrpbç xbv Oebv [;/>,
vie quotidienne des Grecs (grâce aux « dokimasies » des entrées en charge, en jouissance de droits, aux jeux, aux concours, etc.), mais qui, pour être comprises, ne peuvent se rendre en français que par des périphrases. Le « reprobl » de la Viilgate, qu'on se tromperait fort en prenant au sens religieux, signifie, en langage de droit, « de mauvais aloi », et se dit, par exemple, de la monnaie, chez Ulpien. — P''<» a deux fois la négation ouvt, erreur manifeste, car cela ne donne aucun sens, ou un sens très dill'érent : « Le Clirist n'est pas sans être faible chez vous; pourtant il est puissant, etc. ».
B. 3. L'Apôtre fait allusion, sans cacher un déplaisir que nous comprenons bien, aux défiances que de mauvais conseillers avaient cherché — non toujours sans quelque succès — à inspirer aux siens contre son autorité; on leur avait dit de ne pas s'en rapporter aveuglément aux instructions de Paul, que c'était un caractère trop personnel, etc., bref qu'il fallait parfois examiner, en hommes prudents et K pneumatiques », si ses inspirations provenaient toujours de l'esprit du Christ.
Tout le monde verra bientôt si c'est véritablement le Christ qui parle par sa bouche, ce Christ qui ne peut agir avec faiblesse, — comme on l'a prétendu de son envoyé, v. supra, — mais qui a tellement révélé sa puissance à Corinthe, et par les fruits de grâce qu'il a fait mûrir sur un sol si ingrat, et aussi par les justes rigueurs que sa Providence a parfois exercées contre de mauvais croyants (voir, paz exemple, I Cor. xi, 30-32, la punition des communiants indignes).
A. 4. d ajouté après -j-ap, dans A, E, al., f, culg. (« nam etsi »), syr., pour
plus de clarté, d'une façon bien conforme au sens. — uuy autôi pour èv atjxS, dans S*, A, F, G, pes., par assimilation aux mots suivants, Çiqa. auv a.; mutation inverse en d'autres témoins, D*, 17, e; — Ç>îaoji.£v (non ÇTjawrjLsv de G) dans a, A, B, D*, 17, Nestlé, Merk, al. et Ç7)ao;j.E0a dans D^, E, K, L, P, Vogels; la forme Çïi'aoi est classique, Ç7{ao|j.ai hellénistique; Paul use aussi bien de l'une que de l'autre, voir par exemple Rom, VI, 2 et viii, 13. — Çwv pour Ç75<^o[i.ev dans P*'*. — eîs u[Aaç manque dans B, D'', Chrys.; et la vulg., pes., got. semblent avoir lu èv utji.ïv.
B. 4. Le Christ a revêtu pour le salut des hommes la faiblesse de l'humanité soumise à la mort, et c'est ainsi qu'il a pu mourir sur la Croix; mais il est ressuscité et entré dans une vie glorieuse et indéfectible par la puissance de Dieu, qu'on entende par là celle de son Père ou la sienne propre (cfr 1 Pet. m, 18 : Oav. ijiv aapxt, Çwo;:. oÈ 7cv£'i;a.art). Or, il a assimilé les siens, les apôtres surtout, aux deux aspects de sa vie de Sauveur; ils participent à ses souffrances, mais à sa puissance également.
C'est un rappel du magnifique passage du ch. iv, 7-14 (v. ad loc.), cfr aussi VI, 4-10, et xn, 5 et 10. Paul ne pense pas ici à la résurrection promise aux fidèles (cfr Théodoret), mais à la force que le Christ lui prêtera pour réformer l'église [Belser, Wlndisch, al.).
... A. 5. Sur 8o-/.[(j.r[, oo/'.qAaÇsiv, o6x.ttj.o;, à.ZÔY.i[i.oz do tous cos versets, mots an'cctionnés de l'hellénisle Paul, voir supra, A. 3, et cfr Rom, i, 28, I Cor. ix, 27, II Tint. M, 15 et m, 8, Tit. i, 16, etc. ; trente-sept fois cette famille do mots apparaît dans les épîtres pauliniennes; et, dans le reste du N. T., y compris Ileb., seulement onze fois. — A omet les premiers mots t. Soxiij.. — • On rencontre Xp. I. au lieu de I. Xp.
SECONDlî ÉPITRE AUX COUINTHIENS, XIII, 4-7. 339
est puissant parmi vous. 4. Et en efTet, il a été bien, été crucifié en raison de faiblesse, mais il est vivant en raison de la puissance dcDieu; mais nous serons vivants, avec lui, en raison âê la puissance de Dieu, à votre égard.
5. Essayez-vo is vous-mêmes, [pour voir] si vous êtes dans la foi, faites la preuve de vous-mêmes! Autre nent, est-ce que vous ne reconnaissez pas ce que vous êtes, que Jésus-Christ est en vous? — à moins que vous ne soyez incapables de faire vos preuves... 6. Mais vous connaîtrez, j'espère, que nous ne sommes pas, nous, incapables de faire nos preuves. 7. Nous adressons, d'ailleurs, cette prière à Dieu, que vous ne fassiez rien qui soit
B. 5, Paul retourne l'insidieux conseil donné aux Corinthiens par ses ennemis. C'est vous-mêmes, leur dit-il (en insistant sur iauToyç, auquel il donne une place emphatique, Plummer, Bachmann, al.), vous-mêmes qui devez examiner ce que vous valez. Faites l'essai de vos forces, pour voir « si vous êtes dans la foi ». Il ne s'agit pas de leur fidélité théorique à la doctrine, puisque l'Apôtre a reconnu {supra, 1, 24) qu'elle ne laissait pas à désirer; ni précisément de la « foi des miracles » (cfr Chrys.), mais de la vitalité de la foi qui opère, et spécialement de celte gi'âce qui donne le pouvoir d'aborder des œuvres courageuses et difficiles. Or il en est une ardue, mais qui presse : c'est de se dégager des mauvaises induences, et de se mettre aux réformes qui s'imposent. Pourquoi ne l'osent-ils pas, puisqu'ils doivent savoir que le Christ est en eux, avec sa puissance? (v. supra, 3, duvx-zt âv uixïy). Ils doivent l'entreprendre et réussir, — à moins, dit Paul pour piquer leur indolence, de se voir foi'cés d reconnaître que le Christ ne vit pas vraiment en eux, qu'ils sont des chrétiens de mauvais aloi. Comparer les craintes qu'il exprimait xt, 3-4.
— — A. 6-7. èXtccÇco y.xX. (cfr i, 13), suivi de la première personne du pluriel (buio^xoh seulement dans E, K, L, pes. et quelques autres).
Le texte du v. 7 n'est pas très clair à première vue. On comprend qu'il faut sousentendre un second sù)(^d[i£Oa devant où-/ t'vx... àXX' ïva, qui expriment le but, ou plutôt le contenu, de la prière (1), — à moins encore, que 'Ota n'équivaille hellénistiquement à okhm; (comme souvent dans le N. T.) et ne se rattache à iJ.y\ TîotTjara pour marquer le résultat. Mais on ne voit pas du premier coup si l'inlinitif Ttotîicac a pour objet hjxSc, (double accusatif avec twoisîv, fréquent) et pour sujet Dieu (« nous prions que Dieu ne vous fasse aucun mal »), ou Paul lui-même (« Nous prions Dieu de n'avoir à vous faire aucun mal »), ou bien si le sujet est utxS;, les Corinthiens {<■<■ Nous prions que vous ne fassiez aucun mal »). A la réflexion, on voit pourtant que c'est ce troisième sens qui s'impose, à cause du parallélisme (évidemment intentionnel) entre les expressions [j/(] ;ioty)aai uij.a; y.a;tbv [j./]3£y et E'va 'jasi; xo xaXbv î^otïjTe; il faut donc que zazov signifie, non le malheur subi, mais le mal moral, le contraire do xaXo'v (assonance). Ainsi Lietzmann, Plamnier, Toussaint, Leinonnyer., Belser, Bachmann, Wlndisch, II. D. Wendland, al.
Heinrici et Slimledel comprennent à tort la proposition o\i-f^ tva r\[xzXc, Zov.. çav. en ce sens que Paul se défendrait de souhaiter la bonne conduite des Corinthiens en vue de sa propre réputation, « pour autant que l'excellence du disciple garantit celle du maître ». Ce n'est pas ce qui va le mieux au contexte {Lietzmann), car Paul a assez montré qu'il avait des reproches sérieux à leur faire, il ne demande
(1) i'va alterne parfois dans le N-T. avec i'inflnitiî, voir Blass-Deb. g§ 388-suiv. ; ce pourrait être le cas ici.
xaXbv TCOi'^Te, ri[/-£Îç Se d)ç âSôy.iij^oi w[j-£V. 8. Où yàp ouvàjxsOa ti y.axà t^ç àXvjOeCaç, àXXà uTzïp T^ç àXvjGsiaç. 9 !Xaipo[;.£v yàp oxav "^[J^sÎç àaO£Vto[Ji£V, 6jj<£îç oè ojvatol "^te* TOÏÏTO xac £Ù5(ô(ji.sOa, v"J]V ûjj!.(ov y.arapTtaiv. 10. Aià toutû taura à-âwv ^ypd^iù, ha 'K(xpm [J.Y] *àTC0T:6|J.(j)ç )^p'/)a(i)[;.ai, y.aTa x'J)V è^ouacav '^v 5 xûptoç £âoixév (j^ot s!ç olxooojxrjV xaî eux £'.<; y.aGaip£aiv.
pas qu'ils ne fassent aucun mal — ils en ont fait, au moins par leurs complaisances
coupables, — mais qu'ils se repentent d'en avoir fait Jinfra, fin de 9), et cela dès avant sa visite.
Le mot xaXdv, comme d'autres que nous avons rencontrés, aÙT(^pxeca, ïmûy.znx^
TrpaiixTjç, 7;poatpéo[j.at, çauXoç, montre les accointances de Paul avec la philosophie de l'époque [Plummer) ; xaX6v est particulièrement fréquent dans la Première Épître, et
encore plus dans les Ep. Pastorales; ici, il n'appax'aît, en dehors de ce verset, que vin, 21.
B. 6-7. Paul espère bien, pour sa part, que lui il saura faire ses preuves, s'il y a lieu, de façon que nul ne s'y méprenne comme autrefois. Dès le premier chapitre (i, 13), mais sur un autre ton, il avait exprimé l'espoir que les Corinthiens sauraient reconnaître un jour ce qu'il était pour eux. A travers la variété des dispositions psychologiques, toute cette épître, en ses diverses parties, poursuit le même but : le rétablissement de la confiance et de l'autorité.
Mais il renoncerait de grand cœur à faire cette démonstration d'autorité en infligeant des peines. Il n'a pas, dit Windisch, l'esprit du prophète Jonas, (qui s'aflïigealt de ce que Dieu n'eût pas réalisé ses prophéties comminatoires contre Ninive). Et c'est encore un des traits les plus sympathiques de ce grand cœur, de ce cœur humble et magnanime; il aimerait mieux voir sa force toujours ignorée ou mise en doute, que de rencontrer des coupables qui l'obligent à la faire connaître à leurs dépens. Les coupables, ici, ce sont seulement les impénitents, surtout les faux prédicateurs qu'il a traités ci-dessus de ministres de Satan, et dont il ne paraît guère espérer la conversion. Quant à leurs dupes, et aux libertins pas trop endurcis, il espère que sa lettre, elle zèle de l'église qu'elle stimulera, en amèneront beaucoup à résipiscence sans qu'il soit par lui-même obligé de sévir. A-B. 8-9. àXYJÔsia n'est pas ici proprement la vérité des dogmes évangéliques,
objet de croyance spéculative (cfr Chrys.), mais la vérité, la pureté chrétienne de la conduite, inspirée d'ailleurs de la vérité dogmatique (ainsi presque tous les commentateurs). — S-rav est mal rendu par le « quoniam » de vulg.; VAmbrosiastre traduit « cum », ce qui est mieux, sans rendre pourtant la note d'éventualité ou de doute impliquée dans la conjonction grecque. — xocxapTiaiç, mot rare (ici seulement dans le N. T. ; cfr xaxap-ricjp'ç à'Ep/t. iv, 12, et xarapTiÇeiv 5 fois chez Paul, dont l'une en cette épître, xm, 11 in/ra) a le sens de « remise en ordre » ou de « perfectionnement ».
Si tous les destinataires de la lettre revenaient à l'entier accomplissement des préceptes de la vie chrétienne, l'Apôtre n'aurait évidemment aucune occasion
de « faire ses preuves » comme redresseur. Mais c'est là tout ce qu'il souhaite, c'est l'objet constant de sa prière. Plût à Dieu qu'il n'eût à se montrer à eux que dans sa « faiblesse » — cette « faiblesse dans le Christ », s'entend, cette imitation de la Passion de Jésus qui est comme la condition ou la source de ses plus grands triomphes pacifiques! {supra, xii, 10).
A-B 10. Ici l'Apôtre écrit le présent ypâçw, ce qui prouve qu'il ne se faisait
pas une règle absolue de l'emploi des « aoiùstes épistolaires ». — cuKoro^toç, cfr Tii.
mal; [nous ne demandons] pas de nous montrer faisant nos preuves, mais que vous fassiez le bien, vous, et que nous soyons, nous, comme hors d'état de faire nos preuves. 8. Car nous n'avons aucune puissance contre la vérité, mais [rien] qu'en faveur de la vérité.
9. Nous sommes heureux chaque fois que nous restons dans la faiblesse, tandis que vous, vous êtes puissants; et ce qui est l'objet de nos prières, c'est votre redressement. 10. A cause de cela, j'écris ces choses étant absent, afin de n'avoir pas, une fois présent, à |cn user de manière tranchante, selon les pleins pouvoirs que le Seigneur m'a donnés pour Tédification, et non pour la ruine.
I, 13, est un mot classique, qui apparaît plusieurs fois dans la Sagesse de Salomon, mais pas ailleurs dans la Bible.
Nous sommes à la conclusion des « Quatre Chapitres ». Le ton devenu très conciliant contraste avec la véhémence de beaucoup de leurs passages. Il nous révèle l'esprit dans lequel Paul dictait sa .lettre depuis x, 1; ce n'était qu'en vue de pacifier l'église encore troublée {Bnchmann, al.). Il s'est montré fort vigoureux, — comme il a, dit-on, l'habitude de l'être par écrit, — mais c'est pour n'être pas plus vigoureux encore quand il parlera de vive voix, contre l'attente de ceux qui disent sa présence négligeable (cfr supra, x, 9-11). Nous croyons même qu'il faut étendre ce qu'il dit de son but conciliant, non seulement aux « Quatre Chapitres », mais à tout l'ensemble de la lettre (Tau-ra), qui, de la première ligne à la dernière, ne visait d'autre fin que de calmer l'agitation de Gorinthe.
La comparaison de ce verset avec i, 23 et ii, 3 fournit leur argument le plus spécieux à ceux qui veulent identifier les « Quatre Chapitres » à la « lettre écrite dans les larmes ». Mais nous avons vu qu'il n'est pas solide en réalité, car Paul affirme ici une intention toute différente de celle qu'il avait en écrivant cette « lettre intermédiaire » (voir Exe. v).
Son épître aura-t-elle toute l'efficacité qu'il voudrait, en sorte qu'il ne lui resterait plus, lors de sa visite, qu'à ratifier des mesures réparatrices où l'église l'aurait prévenu? Paul nb s'en promet pas tant, sans doute; mais il espère. Ces excellentes dispositions qui se sont manifestées dans la masse des fidèles à la mission antérieure de Titus (vu, 7, 15), il n'est pas possible que la hauteur de vues, les confidences attendries, l'ampleur et la loyauté parfaite des explications, toute cette énergie et tout cet amour puisés dans la communion au Christ, ne les rendent pas encore meilleures et plus générales. Aussi n'aura-t-il pour conclure que des termes d'amour et de paix.