Salutations particulières
3-5") En tête de ceux qu'il veut être salués, Paul place Prisca et Aquila. Les noms sont latins. Cela est évident pour Prisca, le seul nom qu'emploie Paul (dans I Cor. xvi, 19 Vg.-Cléni. Priscilla, mais d'après WW. Prisca), et pour Priscilla qu'emploient les Actes (Act. xviii, 2. 18). 'Ax^laç n'est qu'une transcription d'Aquila, comme le prouve la forme 'AzufXaç (T/ies. latin). Aquila étant un Juif du Pont (Act. xviii, 2), il est probable qu'il a pris ce cognomen, lui ou un de ses ascendants, au service d'une famille romaine. Rien n'autorise à donner une condition beaucoup plus relevée à sa femme, qui fabriquait des tentes avec lui. Si elle est nommée la première ici et II Tim. IV, 19 et Act. xviii, 2, cela peut être à cause de son ascendant personnel et de plus grands services rendus aux églises; ailleurs elle est au second rang (I Cor. xvi, 19 et Act. xviii, 2. 26). Paul rencontra le couple à Corinihe (Act. . xviii, 2), venant d'Italie, parce que Claude avait chassé les Juifs de Rome. Ensemble ils se rendirent à Bphèse (Act. xviii, 18) où Aquila et
^ eux qui ont exposé leur tête pour me sauver la vie, auxquels je ne suis pas seul à rendre grâces mais toutes les églises des gentils, ^ et [saluez] aussi l'église qui est dans leur maison. Saluez Épaene-
Prisca se fixèrent et installèrent une église dans leur maison; si bien que Paul salua les Corinthiens de la part de tout ce g'roupe (I Cor. xvi, 19). Quand Paul écrivait II Tini. ils étaient à Ephèse (II Tim. iv, 19).
On en a conclu qu'ils n'avaient pas eu le temps dans l'intervalle de revenir à Rome et d'y fonder une église. Mais, pour avoir une église chez soi, il sufTisait d'être en mesure de recevoir des fidèles (Col. iv, 15; Philem. 2) et d'avoir du zèle pour les instruire si c'était nécessaire, comme Aquila et Prisca l'avaient fait pour Apollo (A.ct. xvin, 26). Aquila et Prisca, venus de Rome, devaient être tentés d'y retourner et ce qu'il faudrait plutôt expliquer, c'est leur présence plus tard à Ephèse. Mais les Juifs se déplaçaient alors très facilement. M. de Rossi a cru trouver des indices de leurs attaches avec l'église de Rome ; mais cela est sans importance pour la question de savoir s'ils y sont revenus, car personne ne nie qu'ils en étaient venus et, d'autre part, étant à Ephèse quand Paul écrivait II Tim., ils y sont peut-être morts.
Quant à la circonstance dans laquelle ils se sont exposés pour Paul, on ne peut rien avancer qui soit seulement probable. Paul a couru tant de périls ! Sur la tournure « offrir le cou » , cf. dans les papyrus d'HercuIanum : [G^sp ?] Toîj [xiiXiaT' àya::w[j.évou tGv àvaY^-aiiov vj tôjv <pîXwv 7îapa5(it).oi av iTot[Awç tov rpay^yiXov, cité par Deissmann, Licht vom Osten, p. 81. Des amis si fidèles devaient être disposés à aller avant lui à Rome, où ils avaient laissé d'autres amis, pour lui préparer les voies, sans se vanter de ce qu'ils avaient fait pour lui. C'est ce que Paul met en relief, et ce qu'il n'eût pas eu besoin de dire à Ephèse, où tout le monde savait quels étaient leurs rapports. Il est aussi tout à fait dans l'esprit de l'épître aux Romains de relever la dette contractée par toutes les églises des gentils, donc même celle de Rome, envers ces deux Juifs {Zahn).
Dans la Vg. on effacerait volontiers la parenthèse avec WW.
5^) 'EzaiveToç, ancien nom grec, très répandu à Athènes, à Corcyre, dans l'Italie méridionale (Tarente), en Sicile. On le trouve à Ephèse peu après Alexandre [CIG. 2953 b). En latin Epaenetus, à propos d'un éphésien, à Rome : Dis man. Epaeneti (sic) Epaeneti f. Ephesio, I. Munius Priscianus aniico suo [CIL. VI, 3, 17171); cf. Epaenitus, adorateur de la Mère des dieux {C/L. IX, 734). Quoique le nom n'ait rien de mythologique, je ne sache pas qu'on cite un Juif l'ayant porté. Celui de Paul était sûrement gentil, les prémices de l'Asie, comme Stéphanas était les prémices de l'Achaïe (I Cor. XVI, 15), c'est-à-dire le premier converti dans la province romaine d'Asie qui avait Ephèse pour capitale. Paul ne dit pas qu'il ait été converti par lui, et il se pourrait qu'il l'ait été par Prisca et Aquila qui exercèrent leur zèle à Ephèse avant que Paul y fût installé (Act. xviii, 26). Zahn estime qu'Epainetos et tous ceux qui sont nommés jusqu'au v. 13 étaient du groupement de l'église de Prisca et d'Aquila. Ce n'est vraisemblable que du premier.
Ce titre de prémices d'Asie serait plus significatif si Paul écrivait à Ephèse
tos, mon aimé, les prémices de l'Asie [offertes] au Christ. ^ Saluez Marie, qui prit beaucoup de peine pour vous. "^ Saluez Andronicos et Junia, mes parents et mes compagnons de captivité, eux qui sont si considérés parmi les apôtres, qui même ont appartenu au Christ
(cf. pour Stéphanas I Cor. xvi, 15), mais surtout dans le cas où il recommanderait de lui obéir. La simple allusion à sa conversion peut n'être qu'une recommandation auprès des Romains. Sur l'importance de ces premiers convertis, cf. Clém. Rom. xlii, 4 : -/«xà ^tipaç oîv xa\ ttoXeiç x'/)pûacovT£ç. . . xaôfaravov Tàç àr:c/.pyjxi aùtâiv, 8oy.i|xdcaravT£ç tw Tiveip-aft, eîç Iniaxraouç xa\ StaKovouç xâ5v [asXX6vtwV Ttiaietjsiv (cité par SH.).
Dans la Fg-. kna.p-^i^-/i était delibaiio dans xi, 16; au lieu de primitivus, lire primitiae comme I Cor. xv, 20. 23; et in Cliristum au lieu de in Christo.
6) Maptdtfx serait un nom hébreu simplement transcrit, mais cette leçon, presque uniquement antiochienne, est rejetée aussi par Soden qui lit Mapt'av. Ce peut être un nom hébreu hellénisé; Zahn suppose que Paul n'a pas dit que Marie était juive parce que le nom le disait assez clairement. Pourtant ce peut être aussi le nom d'une personne d'origine païenne, et alors le nom est certainement romain, fém. de Marins, très peu répandu en Orient. Il ne figure pas dans les Indices de Ditt. {Or. et Syl.); dans le CIG. (sauf les noms chrétiens) on ne trouve que le n° 5319 (Cyrène) et 6337 (Rome). Dans les Inscr, graec. XIV, il figure au n° 1833 qui est peut-être de Rome et au n° 1883 a qui en est certainement. Dans l'épigraphie latine, CIL. VI, 22223, cité par SH., unit deux noms de notre liste : D. M. Mariae Ampliatae...; cf. CIL. VI, 4394 (de la maison de César); XII, 1567 (taurobolo de Die en France); plusieurs Maria dans la Prosopographia, — Cette Marie avait précédemment {honioLoev, aor.) beaucoup travaillé; on ne sait en quelle manière. Pour qui? si on lit eîç ^Sç (la recension antiochienne, mais non Pes., plus les correcteurs de i< et de G et quatre mss. de la recension H de Soden, deux mss. importants de Vg. [D et W] in nobis) avec Zahn, elle a travaillé pour l'Apôtre et ses amis, ce qui rentre bien dans le thème de ses recommandations, et on devrait la tenir pour une juive venue d'Orient. Mais la leçon st« 6{x«ç doit être préférée d'après les autorités mss., de sorte que l'origine de cette Marie demeure incertaine, d'autant que le nom hébreu de Marie n'était pas aussi répandu qu'on pourrait le croire d'après les femmes de l'Évangile; Josèphe ne cite qu'une Map(a [Bell. VI, ni, 4); pour l'Italie, dans une revue qui contient 146 numéros, Berliner [Gescliichte der Juden in Rom, I, 77 ss.) ne cite qu'un cas en grec et un en latin (d'après Zahn).
Dans la Vg, lire in vos au lieu de in vobis,
7) 'AvSprfvtxov, nom grec sans signification mythologique, porté par un juif dans Josèphe [Ant. XIII, m, 4); en latin Andronicus {CIL. IX, 6219), juif de Venouse. Nom fréquent parmi les affranchis. SII. citent CIL. VI, 5326 qui contient deux noms de notre liste dans les colunibaria : Dis manibus. C. luliiis Hermès,.. C. luUus Andronicus conliberlus.
avant moi. ^Saluez Ampliatus, mon aimé dans le Seigneur.
— louvi'av, leçon de tous les mss. grecs; il -n'y a donc pas à tenir compte de la variante Jcdîa {Jérôme, VII, 763; ÂmbrsL, mss. de Vg. etc.), si ce n'est comme témoignage que Jérôme et Ambrst. ont pu regarder Junia comme une femme apôtre, aussi bien que Chrysostome. Il est possible que nous ayons ici 'louv(«ç ou 'louviaç, nom abrégé de lunianus sous sa forme grecque 'louvtdtvoç, mais si le nom est assez fréquent, l'abréviation n'a pas été rencontrée, de sorte que le plus prudent est de s'en tenir au nom féminin Junia. Andronicus et Junia seraient donc mari et femme.
Ils sont cruYysveî's de Paul, ce qu'on entend généralement a Juifs », comme IX, 3. Mais, dans cet endroit, le sens est expliqué par le contexte, tandis qu'ici il est tout naturel d'entendre « parents ». Sinon il faut être logique (comme Kûhl) et regarder comme non- Juifs tous ceux que Paul ne donne pas comme auyYeveïç, ce qui est impossible pour Prisca et Aquila et même pour Rufus et sa mère. D'autre part, Cornely notant qu'il faudrait donner à Paul beaucoup de parents dans cette liste (cf. v. 11 et 21), dont quelques-uns originaires de lieux fort distincts comme Jason de Thessalonique (Act. xvii, 5 ss.) et Sosipatros de Beroé (Act. xx, 4), voit dans les oM-^y^veXç des Benjaminites. Mais les Romains auraient dû deviner ce sens spécial que rien n'indique. Il s'agit plutôt de la parenté orientale très large, qui peut comprendre des centaines de personnes, dispersées sans perdre le souvenir de leur origine commune, une sorte de clan. — Quand Andronicus et Junia ont été en captivité avec Paul^ c'est ce qu'on -ne sait pas. — Ils étaient £7:faY)(i.ot Iv Toïç 'AtcojtôXoi?, ce que toute l'antiquité a entendu : « distingués parmi les apôtres », et c'est en effet le seul sens possible. Cornely et Zahn traduisent « estimés par les apôtres », pour la seule raison que le tilre d'Apôtres était réservé aux douze. Notre passage est un de ceux qui prouvent qu'il y avait deux acceptions de ce mot : les apôtres par excellence, et d'autres personnes consacrées à l'apostolat. Andronicos et Junia avaient été convertis avant Paul ; il est donc probable qu'ils appartenaient d'abord à l'église de Jérusalem (Yéyovav, Sod. Yeyovaaiv).
La Vg. nobiles in apostoUs ne peut être entendue que : nohiles inter praedicatores (ou plutôt apostolos) avec Thomas (qui lisait Jidiam).
8) Âmpliatus, d'après le T/ies. : nomen cognomenve crebrum servorum et humilium, in usu ab ineunte J p. Chr. saeculo, creberrimum in média Italia, multo rarius in provinciis. On le trouve à Ephèse, CIL. III, 436 : Ampliatus successi. Aug. lib. i>erna vixit annis XVJJÏ mens. JIII. H. S. Il est très fréquent à Rome. SH. et Zahn indiquent de plus d'après de Rossi [Bull. Arcli. Crist., Ser. III, vol. 6, 1881) un rapprochement positif. Dans le cimetière de Domitille une chambre sépulcrale contient deux inscriptions dont l'une, AMPLIAT[l]j indiquerait le fondateur; l'autre nomme un Aurel. Ampliatus, sûrement descendant du premiei». La seconde inscription est de la fin du n<= siècle, mais la première peut être du !'=■'. Il est plausible d'admettre que c'est l'Ampliatiis dont parle Paul qui a été enseveli au cimetière de
9 Saluez Urbanus, notre coopérateur dans le Christ, et Stachys, mon aimé.
10 Saluez Apellès, qui a fait ses preuves dans le Christ. Saluez
Domitille. — Ampliatus est cher à Paul dans le Seigneur, ce qui sug-gère mais ne prouve pas qi;'il l'ait connu personnellement.
Sod. lit 'AjjLîtXtav contre les autorités les plus anciennes.
La Vg. a dilectissimum au lieu de dilectum.
9) Urbanus, nom ronaain, très fréquent dans les inscriptions latines . L'inscription CIL. VI, 4237, citée par SH., a : Urbanus Lydes Aug. l. dispens. imniunis dat Hermae fratri. Donc deux des noms du ch. xvi. Pour un autre affranchi d,'Augù6te, cf. Dessau, 1815 : d. m. M. Ulpius Aug. lib. Urbanus adiutor ab auro geminato etc. — Paul ne dit pas auvepYo'v (j.ou comme au v. 3 mais ^(iôiv, comme si sa coopération avec Urbanus étaient moins personnelle ; ne serait-il coopérateur de Paul que par le bien qu'il fait aux Romains?
— Stocxuç (épi), nom grec, en latin Stachys. CIL. 8607 nomme un Stachys, esclave de César, qui a fait une tombe à son frère affranchi de Trajan. On peut citer encore à Rome VI, 14537, 28120.
Dans la Vg. omettr.; Jesum avec W^W.
10) 'AnsXX%, le nom grec du célèbre peintre, assez commun, passé en latin sous la forme Apella, puis Apelles; employé par les Juifs; Horace, Sat. I, V, 100 : Credat ludaeus Apella. On peut citer entre autres à Rome CIL. VI, 9183 : L. Calpurnio Daphno argentario macelli magni, Ti. Claudius Aug. l. Apelles et Asconia Quarta propinquo carissimo fecerunt. La sculpture du cippe représente un homme vêtu d'une tunique, tenant d'une main une petite corbeille et d© l'autre un poisson. Sans insister sur ce poisson pqur faire de cet Apelles un chrétien, on peut noter que celui-ci était contemporain du nôtre. Ce dernier avait fait ses preuves comme chrétien (Béxipv èv XptaTàj); Paul le savait éprouvé, mais ne dit pas qu'il l'ait connu. .
— TOUS 1/. Twv 'ApiCT-oDouXou indlquc ceux qui appartiennent comme esclaves ou même comme affranchis à un certain Aristobule, ou même ceux qui lui ont appartenu, car une maison gardait une certaine homogénéité même après la mort du maître ou patron. Comme Paul ne salue pas Aristobule, il faut que celui-ci ne soit pas chrétien ou qu'il soit mort auparavant; cf. pour Onésiphore II Tim. i, 16; iv, 19.
'ApiaT66ouXoç (en latin Aristobolus) est un très ancien nom grec qui jouit chez les Juifs d'une grande fortune, surtout dans la famille des Asmonéens et des Hérodes. Pour trouver sous l'empire un Aristobolus païen d'un rang élevé, il faut descendre jusqu'au proconsul d'Afrique vers 290. L'opinion de Lightfoot qui fait de notre Aristobule un prince juif vivant à Rome est donc vraisemblable. Mais lequel? Aristobule, frère d'Agrippa P"", mourut comme simple particulier [Bell. II, XI, 6), et l'on peut conjecturer que ce fut à Rome, car s'il était en Palestine sous Caligula [Ant. XVIII, vni, 4), c'est probablement à Rome qu'il a su gagnpr la faveur de Claude [Ant. XX, i, 2). Cette mort survint entre 45 et 48 ap. J.-C, d'après Walter Otto [Herodes, dans Pauly- Wissoiva), donc
ceux de [la maison] d'Aristobule. ^i Saluez Hérodion, mon parent. Saluez ceux de [la maison] de Narcisse, qui appartiennent au Seigneur. ^2 Saluez Tryphaena et Tryphosa, qui prennent peine dans le Seigneur. Saluez Persis, l'aimée, qui prit beaucoup de peine dans
une dizaine d'années avant la lettre aux Romains. Le neveu du précédent, fils d'Hérode d« Chalcis, fut nommé par Néron souverain de la Petite Arménie en l'an 54 (Tac. Ann. XIII, 7 ; Jos. Bell. II, xin, 2 et Ant. XX, viii, 4). Il a pu laisser à Rome une partie de sa maison, peut-être sous la direction de scn troisième fils Aristobule {Ant. XVIII» v, 4). De ces trois Aristobule Zahn et SH. désignent le premier; on voit en tout cas que le choix ne fait pas défaut. C'est sûrement à Rome qu'on a le plus de chance de trouver un Aristobule d'un rang élevé.
La Vg.-Clém. ajoute pour la clarté domo, rayé parWW. Ds môme au v. 11.
11) 'HptpStcov n'a pas été trouvé ; mais le nom désigne un affranchi d'un Hérode ; si Paul le cite après la famille d'Aristobule, n'est-ce pas un indice qu'il y était rattaché de quelque façon, et n'est-ce pas une confirmation de l'hypothèse qui rattache Aristobule à la famille des Hérodes ?
— Ni^pxtoaos, nom grec d'une fleur, mais célèbre dans la mythologie ; a-t-il été porté par des Juifs? Depuis très longtemps ce Narcisse est identifié avec le célèbre affranchi et ministre de Claude qu'Agrippine fit périr à l'avènement de Néron (oct. 54), environ trois ans avant que Paul écrivît aux Romains. Sa maison, très considérable, devint sans doute la propriété de l'Empereur, mais ce n'était pas une raison pour qu'elle perdît son individualité, et l'on retrouve plus tard des Narcissiani. La restriction Tobç ovtoç Iv Kupt'w dit plus explicitement ce qui est déjà indiqué à propos de ceux d'Aristobule, que tons n'étaient pas chrétiens, sans insinuer pour cela que la maison de Narcisse fût plus considérable. D'ailleurs quoique Napxiaaoç soit grec, Narcissus fut beaucoup répandu. On citera CIL. VI, 9492, mari d'une Prisca : T. Cloelio Narcisse lanari» de vico Caeseris (sic), Mareia Prisca uxor fecit (Rome).
12) Tptiifxtva et Tpuçpôîcra, noms grecs, indiquant la délicatesse et même la mollesse. Formés d'après la même racine, ils ont probablement été donnés à deux sœurs. Tpuçaaa, qui passe pour plus rare [Lietz.], a été trouvée trois fois à Magnésie du Méandre. Les deux noms sous leur forme latine ont été trouvés à Rome dans les columbaria du temps : CIL. VI, 4866, D. m. Varia Tryphosa; 5035, D. m. Tryphaena Valeria; 5774 etc. Ces deux personnes prenaient encore actuellement (xonioSaaç) beaucoup de peine pour les intérêts de la foi.
— IIIpoi? est un nom grec d'esclave ou d'affranchie, originaire de Perse. Le nom est rare. SH. citent CIL. VI, 32959 : Dis manib. Persidi L. Vedus Mithres uxori. C'est surtout à Rome qu'affluaient les esclaves d'origine étrangère; dans un seul columbarium on trouve Dardanus, Afra, Siculus, Cappadoca, Gilicissa, Sura {quater), Thraecida, Bilhynicus, Medus, Suebus, Germanus [CIL. VI au n® 6343). Cette Persis semble avoir été connue personnellement de l'Apôtre ; ses travaux, qui avaient été considérables, remontaient à une époque antérieure.
pPITRE AUX ROMAINS, XVI, 13-l'5. 369
le Seigneur. ^^ Saluez Rufus, cet élu dans le Seigneur, et sa mère, qui est aussi la mienne. ** Saluez Asyncritos, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas, et les frères qui sont avec eux. ^^ Saluez Philologos et Julia, Néreus et sa sœur, et Olympas, et tous les saints qui sont avec eux.
13) Toîicpoç est le latin rufus; Toîîcpoç se trouve en Orient, mais ordinairement associé à des prénoms ou à des noms latins. Rufus est extraordinairement fréquent comme nom de personne humilis, d'esclaves ou d'affranchis. Paul connaissait la mère de ce Rufus depuis longtemps puisqu'il la nomme sa mère. La mère et le fils étaient donc venus d'Orient. On sait que Simon le Cyrénéen était père d'Alexandre et de Rufus d'après Me. xv. 21. Si l'on songe que l'évangile de Marc fut très probablement écrit à Rome, on jugera très vraisemblable que le Rufus de Marc, nommé à cause de sa notoriété dans la communauté chrétienne, est le même que celui de Paul, qui occupait un rang distingué (èxXexTov). D'après nos usages occidentaux, on supposerait que la Mère de Rufus a quelque peu servi de mère à Paul, donc dans son enfance ou sa jeunesse; mais l'Oriental donne plus aisément le titre de mère à une femme plus âgée.
14) Les cinq noms qui suivent sont grecs.
'Adûvxpt-coç « incomparable » (?) est fort rare ; Asyncretus est le nom d'un affranchi d'Auguste, CIL. VI, 12565 : D. M. Asyncreto Aug. lib. fecit Flavia Successa patrono bene merenti. Le nom de Flavia suggère une époque un peu postérieure, du moins pour les funérailles d' Asyncretus (S H.).
— f^lé-^m « ardent », nom de chien dans Xénophon {Cyn. VII, 5), et nom d'esclave. On le trouve dans la maison de César, CIL. VI, 8965 : Phlegon ex paedagogio Caesaris.
— 'Epfjiîiç, nom mythologique ultracommun, columbaria, Priène, Magnésie, etc.
— IIaTpo6aç (pour II«Tpd6toç) ne se trouve que CIG. 6864 venant de Venise, mais d'origine inconnue. Dans IG. XIV, 1741, un IIaTp66toç à Rome. On a en latin Ti. Claudius Patrobius, donc affranchi de Néron à Rom, CIL. VI, 15189. Un affranchi de Néron qui portait ce nom fut mis à mort par Galba (Tac. Hist. I, 49; II, 95). .
— 'EpfAôcç, soit forme secondaire d"Epp.^ç, soit abrégé de noms commençant par 'Ep[ji. — Fréquent comme nom d'esclave en Orient, et à Rome sous la forme Herma plutôt que Hermas ; on peut citer CIL. VI, 8121, dans les columbaria, parce qu'il réunit deux noms de cette liste : L. Abuccius Nereus L. Abuccio Hermae lib. suo dédit ollas duas.
On dirait que ces cinq personnes formaient un groupe, puisque d'autres étaient spécialement avec eux, moins connus. Etaient-ils esclaves ou affranchis de la même personne?
W W. lisent Phlegonta, Hermen et Hermam.
15) t^tXoXoYoç, nom grec; on peut citer des columbaria CIL. VI, 4116 et 6215 : Philologus cellarius ex conlegio commorientes ; cf. 6308.
*6 Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Toutes les églises du Christ vous saluent.
— 'louXfa, nom romain, extrêmement courant à Rome, columbaria etc. et très répandu même en Orient.
— Nvipeûç, nom mythologique, cité au v. 14 dans les columbaria; de même CIL. VI, 4344, un Germain.
— 'OXuiJLTtas, forme contractée, peut-être de 'OXufiTtioScopos, et rare sous cette forme courte. On peut citer un Olympas affranchi de l'empereur [CIL. VI, 536 et 30786 [la même], Rome?). Le nom eût pu être porté par un Juif, ayant à peine une saveur mythologique; '0Xu|j.7ct!{s était le nom d'une fille d'Hérodele Grand (Jos. Bell. I, xxvni, 4 etc.).
On dirait encore ici d'un groupe; Philologos est peut-être le mari de Julia, Nérée et sa sœur leurs enfants ; d'autres leur étaient associés d'une certaine façon.
La Vg. Olympiadem peut être l'ace. d'Olympias, nom féminin, mais aussi A' Olympiades, masc.
16) Cf. I Cor. XVI, 20; II Cor. xiii, 12; I Thess. v, 26; et I Pet. v, 14. Le moment tout désigné pour se donner une marque de charité fraternelle était la réunion liturgique. Aussi voyons-nous le baiser échangé régulièrement après les prières dès le temps de s. Justin {Apol. 1, 65 ; àXXrp.ouî «piX»j[j.aT[ ia7raÇd|ji.£8a jiaucjiiAEVoi tCiv eù^ç^Siv).
La deuxième phrase du v. est propre à l'épître aux Romains. Paul parle au nom de toutes les églises. La meilleure explication de ce fait, c'est que l'église de Rome était pour toutes les autres l'ohjet d'une vénération pai'liculière.
Note sur les no?ns des personnes saluées par Paul (5-15).
A la suite de Lightfoot, Sanday-Headlam, Zahn, Lietzmann, et en les mettant largement à contribution, nous avons indiqué des rapprochements entre ces noms et ceux des inscriptions de Rome. D'après Deissmann [Llcht (^om Osten, p. 201, note 1), cela n'a pas plus de portée que si Ton tenait les noms de Wilhelm, Friedrich, Luise, pour spécifiquement berlinois (l'après les pierres tombales de Berlin, car les noms de l'épître se trouvent partout sur les bords de la Méditerranée. Mais personne sans doute ne les a donnés pour spécifiquement romains.
L'argument est tout autre. Pour l'établir, il n'est même pas nécessaire de parcourir les inscriptions au nombre de plus de 30.000 qui sont contenues dans le vol. VI du Corpus inscriptionum latinarum, toutes d'origine romaine. Sans un index — et l'index manque toujours — ce serait un travail énorme et sans grand intérêt. Les recherches de Lightfoot se sont concentrées avec raison surtout sur les numéros 3926- 8397 recueillis dans des columbaria appartenant tous au i" siècle. On
jâPITRE AUX ROMAINS, XVI, 5-15. , 371
y trouve presque tous les noms cités par Paul . C'est assurément remarquable. On peut cependant élever deux objections.
La première, c'est que ce nombre d'inscriptions est encore considérable, et que nulle part ailleurs on n'a chance de tomber sur un pareil choix de rapprochements. Mais précisément les inscriptions sont l'image de la réalité. Si l'on en trouve plus à Rome, c'est que nulle part ailleurs la population n'était aussi dense, comprenant des personnes venues de tous les points du monde romain et d'au delà. La liste de Paul contient en effet des noms juifs comme Maria peut-être et sûrement llérodion; des noms grecs en grand nombre, et des noms latins comme Aquila, Prisca, peut-être Maria, Junia, Ampliatus, Urbanus, Rufus, Julia. Elle contient aussi des noms rares, comme Persis, Asyncritos, Patrobas, Olympas. Où avait-on chance ailleurs qu'à Rome de trouver tous ces éléments réunis?
Mais ici la seconde objection se présente. Si Paul salue ces personnes, c'est qu'il les a connues. Or il n'a pu les connaître qu'en Orient; c'est là qu'elles ont pris leur nom ; qu'importent les analogies romaines ? Elles importent comme indice d'un confluent. D'abord rien ne prouve que Paul ne salue pas des personnes célèbres à Rome pour leurs bonnes œuvres, dont il aurait entendu parler sans les avoir encore rencontrées. C'est même le plus grand nombre, si l'on range dans cette catégorie tous ceux dont il n'indique pas les rapports avec lui. Mais supposons qu'il les a tous connus ; il est tout à fait probable que ce n'est pas au même endroit. Toutes les villes évangélisées par Paul ont pu fournir ces noms, mais le problème se pose de nouveau : est-il vraisemblable qu'ils ont été réunis dans une ville autre que Rome? Voici, à titre d'échantillon, les noms que fournissent les inscriptions de Priène : 'AvSpo'vwoç, 'A-ke^X^ç, 'Âpi<j7o6ouXoç, 'Eiraiveroç, 'EpfAÎiç, OiXôXoyoç : aucun des noms rares, aucun des noms latins. Magnésie du Méandre donne 'IouX(a 'E'f(e<jîa), Stoc/uç, 'AptcTToêouXoç, Napxiffffoç, Tpu^wffa, 'Ep[y.^ç et PoZ'foç, le seul nom latin, d'ailleurs très commun ; ixàpç est relativement rare. Les Inscriptiones graecae de l'Italie et de la Sicile (t. XIV) sont plus riches, justement à cause de Rome : 'AxuXSfç (Naples), npeiffx« (Rome), Junia, PrisciUa (Naples), EirafvETqç (Taormine), Mapta (Rome), 'AvSpovtxoç fréquent, 'Iouv(a (Rome), 'A|xirXiaToç (Rome), 'AtceXXîîç (Sicile), 'ApiaroêouXoç (Taormine), Nap>cit:<ioç fréquent, TpucpaTva (Capoue), 'Poûcpoç souvent, 'Epfx^ç et 'Ëpi^aç souvent, HaTpoêioç (Rome), 'louXi'a très fréquent; 'AcruvxpiToç ne figure dans V index que par erreur, c'est un nom commun (1318).
Éphèse contenait assurément une population plus dense et plus mélangée que Priène ou Magnésie; mais était-elle autant que Rome apte à devenir le point de réunion de ces Grecs, de ces Latins, de ces Juifs, dont quelques-uns ont des noms rares? C'est quelque chose que de les montrer presque tous en fait à Rome à la même épociue.
'■''Je vous recommande, frères, de prendre garde à ceux qui causent les dissensions et les scandales, à l'encontre de l'enseigne
A ces vraisemblances indirectes se joint l'argument direct tiré des noms d'Ampliatus, des maisons d'Aristobule et de Narcisse, et de Rufus. Pour chacun de ces personnages il y a une raison de le retrouver à Rome, Ampliatus comme chrétien ayant laissé un certain souvenir, Aristobule et Narcisse comme personnages ayant eu à Rome des maisons, Rufus à cause de l'indication de Marc. Pris isolément, ces rapprochements ne donnent qu'une probabilité minime. Mais cette probabilité augmente si l'on met les quatre cas dans la balance. La solution romaine est en harmonie avec tous les quatre. C'est quelque chose.
Mais pourquoi tous ces Orientaux ont-ils afflué à Rome? D'abord, répétons-le, rien ne prouve qu'ils étaient tous orientaux. Et si l'on admet que Paul ne les a pas tous connus dans la même ville, ce qui paraît très clair pour Epaenetos, Andronique et Junie, Rufus et sa mère, c'est à Rome qu'ils avaient le plus de chance de se rencontrer, les uns à cause de son attraction, pour divers motifs, les autres parce qu'ayant été chassés de Rome sous Claude comme Juifs, ils s'étaient empressés d'y rentrer sous Néron.