‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 102 sur 110 · Prendre garde aux perturbateurs · texte numérisé non relu

Prendre garde aux perturbateurs

Ce passage a donné lieu à plusieurs difficultés.

1° On est étonné de trouver après les salutations aux Romains, et avant les salutations des compagnons de Paul, un avis dirigé contre des semeurs de discorde qui sont des judaïsants. Le contexte n'est assurément pas naturel. — Cependant cette brusque sortie paraîtra moins étrange si l'on se souvient (avec Jûl.) que le même Paul, après avoir salué les Corinthiens de sa main, a ajouté un anatlième contre qui n'aime pas Jésus-Christ (I Cor. XVI, 21 s.). Aussi Lietzmann a conjecturé que, en cet endroit, comme dans Gai. VI, 11, Paul prit lui-même la plume des mains de Tertius pour ajouter ■une recommandation importante, écrite dans un style plus vif. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, la traduction manuscrite étant unanime sur la place de ce passage, on ne saurait le retrancher ou le changer de place, d'autant qu'en somme il n'est pas tellement extraordinaire que Paul, après avoir recommande certaines personnes, mette en garde contre certains agitateurs.

2° Mais il y a une difficulté spéciale à regarder ce passage comme authentique dans l'Épître aux Romains. Quelques critiques [Lipsius, encore Kûhl) estiment qu'une semblable exhortation est en contradiction avec le ton général de l'épître. Si les Romains étaient en proie aux dissensions sur un sujet si grave, fallait-il traiter le thème d'une façon purement spéculative, pour en venir à la question de fait dans une sorte de post-scriptum? Ou plutôt la manière dont le sujet est traité et les éloges donnés aux Romains excluent la situation supposée par cette petite péricope (17-20).

— A cela on a répondu [Corn., SH., Zahn) qu'en effet cette situation serait incompatible avec le reste de l'épître, mais que, en réalité, Paul entend seulement mettre les Romains en garde contre un péril futur. Ayant prononcé ce mot « toutes les églises » (v. 16), il lui est venu en mémoire qu'il avait rencontré partout ou à peu près des agitateurs judaïsants ; aussitôt il a prévenu les Romains de les regarder venir et de se défier d'eux.

Mais cette réponse ne nous paraît guère qu'une échappatoire, parce que, à prendre le texte tel qu'il est, on voit que les agitateurs sont présents à Rome et à l'œuvre. Seulement il ne faut pas non plus supposer que le mal, qui existe, soit déjà très redoutable. Avant de suspecter la péricope, il faut voir si elle ne peut s'expliquer très naturellement et là où elle est. A prendre les textes comme ils sont, on conclura que la communauté, comme telle, n'était point encore troublée, encore moins partagée. Les judaïsants ont commencé leurs manœuvres. Paul les démasque sans hésiter, mais il est persuadé que les Romains ne se laisseront pas prendre. Nous reconnaissons donc que, dans une certaine mesure, l'avis est prophylactique. Fallait-il interrompre pour quelques intrigants le cours des développements doctrinaux? Une question de personnes avait sa place parmi d'autres recommandations personnelles.

La doctrine exposée nettement, il n'y avait plus qu'à signaler ceux qui, sans s'y opposer directement, cherchaient à gagner la confiance des Romains par de bonnes paroles. On peut même ajouter, sans paradoxe, que c'est précisément dans une épître très calme, parce que très spéculative, que cet avei*tissement devait être renvoyé à la fin. S'il dépeint les adversaires sous des couleurs assez vives, il ne témoigne d'aucune inquiétude.

Ces adversaires, on le verra dans l'explication du texte, sont des judaïsants. Mais si nous avons eu raison de regarder les faibles du ch. xiv comme de simples fidèles qui se laissaient mener, les meneurs seront sans doute ces mêmes judaïsants. Peut-être avaient-ils jugé habile de commencer leurs manœuvres sur le terrain des abstinences, où il était facile de prendre des attitudes de dévotion, xp^^o^oY^* et eùXoYfa. Le reproche de l'Apôtre qui les traite d'esclaves de leur ventre prouverait qu'il n'était pas dupe de ces manières.

17) U a sa valeur adversative ; après tant de salutations adressées à des personnes amies, Paul en dénonce d'autres qui sont dangereuses. Thom. : Postquam apostolus mandavit quos salutarent, hic ostendit eis quos deheant vitare.

— (îzoTîEî'v, regarder avec attention, mais non pas toujours de loin ; ici le contexte, comme dans Phil. m, 17, montre que les Romains ont ces personnages sous les yeux. Ils ont pour spécialité de créer les dissensions et les scandales, xoùç ràç St)(^oaTacrtaç... 7rotot;v7«ç (noter les deux articles) non pas dans l'ordre des choses indifférentes à la foi, comme par exemple ces abstinences du ch. XIV, mais en opposition avec la doctrine que les Romains ont reçue. Il n'est pas douteux que Paul fasse allusion à ses adversaires ordinaires, les judaïsants, qu'il a combattus ouvertement dans l'épître aux Galates, auxquels il fait allusion II Cor. x, 7 ss.; xi, 12 ss., et qu'il désigne presque dans les mêmes termes qu'ici aux Philippiens (m, 18. 19). Ce sont spécialement les

ment que vous avez reçu, et évitez-les ; ^^ car ces gens-là ne sont point au service de Notre-Seigneur le Christ, mais de leur ventre, et par des discours édifiants et des paroles flatteuses, ils séduisent les cœurs des simples.

1^ Car votre conversion est arrivée aux oreilles de tous; je me réjouis donc à votre sujet, mais je veux que vous soyez avisés pour

adversaires de l'évangile de Paul, mais Paul a conscience que son évangile est celui des Apôtres, et c'est aussi celui que les Romains ont appris. Les usages particuliers de l'église de Jérusalem n'ont rien à voir ici. Il faut observer attentivement ces personnages et les fuir. Donc ils sont présents, mais ils ne se sont pas démasqués; il n'est pas exact de dire que Paul craint seulement qu'ils ne viennent à Rome {Corn., SU.); mais il serait exagéré dans l'autre sens de conclure que les dissensions sont déjà flagrantes [Ambrst., Lips., Kûhl). C'est du moins ce qu'on peut conclure des procédés employés par ces dangereux docteurs (cf. v. 18).

Sod. lit lîc/.Xfva-ce au lieu de IzxXfveTe. L'aoriste indiquerait un groupe de ces particuliers, plus nettement en vue, tandis que le présent se prêterait davantage à l'idée d'une prophylaxie générale. Nous lisons le présent, avec i< BC.

18) Les adversaires reçoivent trois notes : 1) ils ne sont pas les vrais serviteurs de notre Seigneur le Chi^ist. Et cela s'entend assez des Judéo-chrétiens. L'attachement qu'ils ont pour la Loi diminue évidemment l'œuvre du Christ ; ils servent même la Loi plutôt que le Christ, subordonné par eux à la Loi. Avec quelle assurance Paul parle aux Romains de leur commun maître ! il sait qu'il est d'accord avec eux; 2) ils servent leur ventre, cf. Phil. III, 19; ici nous sommes étonnés. Ces agitateurs judéo-chrétiens, ardents,, zélés, n'hésitant pas à s'imposer le joug de la Loi, ne font guère eff'et de voluptueux, affamés de bonne chère. La description de II Cor. xi, 20 semble leur convenir mieux; de même Tit. i, 10 s. Et c'est sans doute dans ce sens qu'il faut entendre SouXeûouotv... x^ éauT&v xoiXta, de la tendance à amasser de l'argent pour ensuite en jouir à son aise. D'ailleurs VAssumptio de Moïse caractérise des adversaires, probablement les Pharisiens : amantes convivia, devoratores gulae... [pauperj^m honorum comestores, dicentes se haec faoere propter misericordiam eorum... queruli et fallaces, celantes se ne possint cognosci [vu, 4-7) ; 3) la )(^pT)(sroXo-^(a ou paroles d'édificatiop, par antiphrase, et eùXoYt'a les paroles doucereuses qui séduisent et trompent ceux qui sont sans malice ; ce trait prépare bien l'allusion à Satan, car c'est lui qui a séduit la femme (II Cor. xi, 3) ; il n'a pas besoin de commentaire.

19) yap suppose quelque idée intermédiaire sous-entendue : je vous avertis, et il suffit devons avertir, car... ou encore : je vous avertis, car si j'admire vos dispositions actuelles, j'entends qu'elles demeurent intactes.

irtaxor) (cf. XV, 18) est la docilité à recevoir la foi, cf. uTîay.oY) lîiarewç i, 5 et XVI, 26. Ce passage montre clairement que la situation à Rome n'est pas encore troublée; Paul, satisfait des Romains (ecp' u[j.ïv, après ^ u[j.ô3v [unaxoyî]),

le bien et à l'abri du contact du mal. 20 Or le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds.

La grâce de Notre- Seigneur Jésus soit avec vous !

** Timothée, mon coopérateur, vous salue, et Lucius et Jason et

les oppose aux semeurs de bonnes paroles dont il suffit de pénétrer les intentions pour que le mal soit écarté. Ainsi les fidèles seront-ils avisés pour discerner le bien à faire, étant mis en garde contre des discours trompeurs, et ne seront point contaminés par le mal qu'on insinuait sous les fleurs.

Sod. insère (jiév après aoçouç, ce qui accentue l'opposition.

La V^. a traduit un peu largement. Au lieu de in omnem locum divulgata est, lire : ad omnes permanavit (Erasme), et, ce qui est plus nécessaire, de çobis au lieu de in vobis; bonum, maliim, au lieu de bono, malo.

20=») Ainsi les mauvais desseins des adversaires ne pourront aboutir. Les fauteurs de dissensions, inspirés par Satan, seront vaincus en sa personne, par le Dieu de la paix. Allusion à Gen. m, 15, d'après l'hébreu. Paul est sûr du fait, ouvTptttei. — sv si^ei n'est pas une allusion à la parousie [Lips.), que rien n'indique, mais à la rapidité de la lutte; démasqué, l'adversaire ne pourra pas tenir et sera promptement vaincu [Zahn, Kûhl etc.).

Lire conteret avec WW. au lieu de conterai.

20'') Pieux souhait final.

C'est la formule par laquelle Paul termine ses épîtres, avec quelques <rariations de détail (I Cor. xvi, 23; II Cor. xiii, 13; Gai. vi, 18; Eph. vi, 24; Phil. IV, 23; Col. iv, 18; I Thess. v, 28; II Thess. m, 18; Heb. xiii, 25; ITim. VI, 21; II Tim. IV, 22; Tit. m, 15; Pliilem. 25). Il est donc très étrange de la trouver avant les salutations des compagnons de Paul. Mais comme les meilleurs mss. et les versions ne permettent pas d'hésiter sur la place du souhait avant le v. 21, il faut conclure que les textes qui l'ont au v. 24 (ou après le V. 27) ont fait un changement à la tradition manuscrite pour se conformer à l'usage paulinien ; tandis que ceux qui l'ont aux deux endroits comme la Vg.-Clém. ent combiné les deux leçons {Corn., SH. etc.). Dom de Bruyne a trouvé [Revue bénédictine, 1911, p. 133 ss.) Gratia cuin omnibus sanctis, comme texte de certains mss. de l'ancienne latine, leçon qu'il regarde comme émanant de Marcion.

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