‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 24 sur 110 · CRITIQUE TEXTUELLE · texte numérisé non relu

CRITIQUE TEXTUELLE

Nous ne saurions, à propos de la seule Épître aux Romains, traiter en détail la question très difficile de la critique textuelle des Épîtres de saint Paul. Nous devons cependant indiquer quelle méthode nous avons suivie, et pourquoi.

Il ne fallait pas songer à reprendre tout le travail des collations. A chacun sa tâche. Mais il fallait faire choix d'un texte. Nous avons songé à prendre pour base celui de von Soden, établi après de si longues et si minutieuses recherches. Cependant nous avons gardé celui de Nestlé, si répandu, et qui, à tout prendre, ne paraît pas inférieur.

Les leçons de Soden sont indiquées dans le commentaire. Ne pouvant reprendre l'étude proprement diplomatique des manuscrits, versions et textes de Pères, nous nous sommes borné à ce qui est le rôle d'un commentaire, à indiquer la portée des leçons pour le sens, pensant que la critique textuelle ne saurait sans inconvénient faire abstraction des probabilités qui en résultent.

Aussi bien les variantes entre Nestlé et von Soden sont peu nombreuses; celles qui affecteraient l'interprétation d'une manière sensible sont fort rares. Rien de plus consolant que ce résultat, puisque la nouvelle édition a été établie sur de nouveaux frais, sans tenir aucun compte des systèmes critiques antérieurs.

Pourtant il est certain qu'elle se rapproche assez sensiblement du texte reçu.

C'est, dans saint Paul, autant que dans les évangiles, une réaction contre la préférence accordée aux anciens onciaux ; il suffit de jeter les yeux sur son apparat pour s'en convaincre. Voici un passage choisi par hasard. Dans xi, 13-36, Soden s'écarte de Nestlé neuf fois (1).

15 irpoçXYuj^iç au lieu de Tipo(;Xr,pn|<tç, Soden n'indique rien dans son apparat; dans Tischendorf pour 7rpo(;Xr,iA(|;iç Bi4A-|-D*FG.

17 add. )cai secundo loco contre B k G.

(1) Pour compléter la physionomie de ce passage, on notera que Soden est dix fois d'accord avec Nestlé contre le texte reçu (éd. d'Oxford, 1891), mais il revient huit fois au texte reçu contre Nestlé. Deux mots sont entre crochets, l'un omis par Nestlé, l'autre par lo texte reçu. Une seule leçon est nouvelle.

INTRODUCTION. LXVII

20 u'|>ïiXo(ppov8i 1. ut|/r(Xa çpovei contre B >} A.

22 et 23 eTri(ji.6ivïiç et eitijxeivwaiv 1. eTCi(jLev»)ç, eTtifAsvwaiv contre Bt^W-f-D' 25 ir«p' sautoiç 1. ev eauTotç contre BA, mais avec kGDL. — «xpi 1. «j^piç contre B.

31 om. vïïv avant riTreiOyicrav contre Bu.

33 avî$€peuvï)Ta 1. aveÇepauvYiTK contre B i< A. De plus Soden met deux leçons entre crochets : 13 ouv ajouté par B hj G A est dans Nestlé.

21 (JI.Ï5 wwç omis par B n G A est omis par Nestlé.

On le voit, la divergence du procédé ne peut être plus frappante. Nous ne prétendons pas que les plus anciens onciaux ont toujours raisou, par exemple la leçon wap' eauToiç au v. 25 est même admise par Tiscliendorf (1). Mais dans l'ensemble il est clair que les divergences entre Soden et Nestlé, qui représente la moyenne des éditions critiques, viennent de la dépréciation des anciens onciaux.

Quel est le critérium qui dirige le choix de Soden? C'est, comme on sait, le principe majoritaire. De même que pour les évangiles et pour le groupe Actes-Épîtres catholiques, il reconnaît trois recensions : H qui représente TÉgypte, I qui a dominé en Palestine, K qui est la recension antiochienne de Lucien. Le fond commun de ces trois recensions est un texte I-H-K qu'on doit retrouver en choisissant la leçon préférée par deux recensions contre une. Elle a en effet chance d'être la plus répandue au début du m® siècle, lors de la formation des recensions, et par conséquent de représenter le texte 1-H-K qui est, ou peu s'en faut, le texte primitif.

Quoi qu'il en soit de la valeur de ce raisonnement, on voit combien les anciens onciaux sont sacrifiés dans ce système, puisque, étant tous dans la classe H, ils n'auront qu'une voix sur trois.

En effet la recension H comprend B et n, G A W parmi les manuscrits qui contiennent tout le Nouveau Testament; de plus, parmi les manuscrits qui contiennent les Actes et les Épîtres, le manuscrit P ono. du ix" siècle, quelques minuscules et des fragments.

Il est vrai que, dans le domaine paulinien, B n'a pas la môme supériorité que dans l'Évangile. D'après Sanday-Headlam, il a plus d'une leçon franchement occidentale ; mais les savants anglais n'ont pas hésité à reconnaître qu'il a, seul ou presque seul, des leçons qui s'imposent à l'attention.

Son frère n remonte, d'après Soden, au môme archétype, mais — à l'inverse de B — M est meilleur que dans les évangiles; il a peu d'omissions; il est moins influencé par K. Tous deux ont des leçons origéniennes. J'en crois volontiers Soden quand il dit que le texte de

(t) wpO(jX*nAvj/iç est une forme dialectale d'Egypte, de même peut-être «vsÇep«vvif|TC«

Page 1