‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 47 sur 110 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

* Que dirons-nous donc qu'a trouvé Abraham, notre père selon la

Chapitre iv. Le cas d'Abraham. — Il faut toujours répéter que le génie de s. Paul, les lumières qu'il reçut de Dieu ne parurent jamais mieux que dans l'accord qu'il perçut entre les deux Testaments. Si préoccupé qu'il soit de montrer l'origfinalité du christianisme, il ne le détache jamais complètement des anciens desseins de Dieu, ou plutôt les desseins de Dieu, toujours les mêmes, sont seulement aujourd'hui mieux connus et réalisés par l'œuvre de Jésus-Christ. Aussi a-t-il eu soin de maintenir la prérogative des Écritures (m, 2), et, en révélant la nouvelle justice, il a eu soin de dire qu'elle avait été attestée par la Loi et par les Prophètes (m, 21). C'était s'obliger à la retrouver dans l'Écriture, non point à l'état de chose réalisée, mais à l'état de chose promise, obtenant déjà ses effets par la foi. Abraham, le père des croyants, était tout indiqué comme objet de cette démonstration. Elle remplit tout le chapitre iv. II n'y est point traité directement de la manière dont Abraham reçut la justice, ni du changement qui dut se produire alors dans l'âme d'Abraham. L'essentiel est qu'Abraham, dont personne ne contestait qu'il eût été juste, a été reconnu juste par l'Écriture à cause de sa foi. Il n'est donc pas arrivé à la justice par les œuvres (1-3). Sur quoi Paul, comparant la formule dont la Genèse se sert pour Abraham et celle dont s'est servi David dans les psaumes à propos du pécheur pardonné, montre qu'elles excluent les œuvres et supposent que la justice vient de Dieu (4-8). Mais il ne s'arrête pas à la considération du comment qui n'est qu'en marge de son sujet principal. La justice d'Abraham, qui ne vient pas d' œuvres personnelles, serait-elle le fruit de la circoncision? Non, car il la possédait avant l'institution de la circoncision, qui n'en est que le signe, de telle sorte qu'Abraham est le père des croyants, même des incirconcis, pourvu qu'ils participent à sa foi (9-12).

Cettepaternité universelle d'Abraham rappelle à l'Apôtre la promesse faite, au père des croyants, et à sa postérité, d'être l'héritier du monde. Avant de montrer quelle fut alors la foi d'Abraham, il faut encore écarter un scrupule. Si les œuvres ne sont pas la source de la justice,

chair ? ^ En effet, si Abraham a été reconnu juste d'après des œuvres, il a sujet de se glorifier; mais [ce n'est] pas [le cas] devant

ne seraient-elles pas une condition pour que la promesse soit réalisée? Non, répond l'Apôtre, la promesse ne peut dépendre de la Loi, ni de l'observation de la Loi, sans cela elle n'aurait jamais été réalisée. La promesse est complètement gratuite. Elle est l'objet de la foi, et par conséquent antérieure à la foi, mais la foi y adhère et elle est par là utile à ceux qui croient (13-16). Paul s'étend maintenant avec admiration sur cette foi d'Abraham, si parfaite, qui amena l'expression satisfaite de l'Écriture, que « cela lui fut compté ». Nous revenons ainsi au point acquis au chap. m, étant démontré que c'est toujours la même justice par la foi que Dieu se propose, si bien que les expressions employées pour Abraham sont vraies aussi de nous. Mais tandis qu'il eroyait en la promesse, nous croyons en Jésus livré pour nous (17-25).

1-8. La. justification par la foi fut déjà le fait d'Abraham.

1) EGpvjx^vai placé après T]ji.5jv dans la tradition syrienne (K etPesh.) a amené l'exégèse : « qu'a trouvé Abraham selon la chair? » qui s'est maintenue chez les latins. Mais eupri'/.Éviyi avant 'kSpixd^ est attesté par l'accord des autres textes. L'omission dans B et deux autres mss. n'est pas assez appuyée (contre Lietz.) et s'explique par la difficulté du mot. D'après Lipsius, SH., c'est un objectant qui prend la parole, et Paul répond au v. 2 hlV où, xtX. Mais il serait trop dur de couper l'argumentation du v. 2 (cf. infra). C'est donc Paul qui parle tout le temps, se posant à lui-même des questions, comme depuis m, 27, et, spécialement ici, au point de vue juif. Cependant même un juif n'aurait pas demandé ce qu'Abraham avait trouvé selon la chair, voulant dire « en recevant la circoncision ». A la question : « Quel est donc l'avantage d'Abraham selon la chair? » on répondrait : « aucun ! mais Abraham n'a pas cherché cela ». Il faut donc très naturellement joindre « notre père selon la chair » ; cf. Rom. I, 3; ix, 3. 5; I Cor. x, 18. « Selon la chair » n'est pas inutile; nous ne sommes pas encore au thème de la paternité spirituelle d'Abraham. Paul se met bien dans la pensée d'un juif. Abraham, type le plus accompli de la justice, a sûrement trouvé grâce devant Dieu. Comment lui appliquer le nouveau mode expliqué au chapitre précédent?

Nous mentionnerons seulement pour mémoire la construction proposée par quelques exégètes allemands et encore soutenue par Zahn. Il lit : « Que dirons-nous donc? Que nous n'avons trouvé dans Abraham un ancêtre que selon la chair? » Il faudrait sous-entendre ^[^.aç, et pour aboutir à une impasse, car on ne peut rattacher cette phrase à ce qui suit. Dans les trois cas où Paul détache un t( oÎv lpoiî[ji.8v suivi d'une proposition invraisemblable, il répend par un ^-h yévotTo (vi, 1 ; vu, 7 ; ix, 14).

2) Les mots ont leurs difficultés, puis la construction.

rdJp, de l'aveu général, ne lie pas d'une causalité stricte. Ce n'est guère plus que « en effet » : une simple liaison du discours.

sSixait69ï) ne se rapporte évidemment pas au moment où Abraham a comparu devant Dieu pour être jugé, non plus qu'à un jugement d'entrée dans les biens messianiques. Il s'agit d'un moment de la vie d'Abraham caractérisé par l'Écriture. Le sens de déclaré juste dans un jugement solennel qui convenait à II, 13 est donc exclu ici. On peut l'entendre au sens de reconnu juste, à savoir par l'autorité de l'Écriture. Justin : oùSê yàp 'A6pa2c[i. 8tà -criv nepiTO[XTiv Sfxaioç eTvai bnh tou 0£ou è(j,«pTup7Î8ï), àXXà hià ttjv ntaiw [Dial, xcil, 3). Cependant nous prouvons plus loin, p. 125 ss., que otxaioua6at peut avoir le sens de « devenir juste » et ce sens conviendrait peut-être ici ; on peut se glorifier d'être reconnu juste, mais combien plus d'être devenu juste! d'autant que IÇ ïp-^uiv aurait aussi son plein sens, devenir juste en accomplissant des œuvres. — xau)(^r)[Aa peut signifier glorification, presque comme %n\iyr\(s\.ç, (m, 27). Cependant il est incontestable que cette dernière forme exprime mieux l'action. Il est donc possible que Y.o.<iyr\\i.a. signifie seulement un titre à l'honneur. Cette nuance n'a pas grande importance pour le sens.

Venons à la construction de ce verset qui suppose nécessairement qu'on pressent déjà le verset suivant. D'après Origène, Chrysostome, Augustin, Thomas etc., le raisonnement est celui-ci, très clairement énoncé par Aug. : Ait apostolus : Certe notum est nobis et manifestum quia Abraham ad Deum habet gloriam; et si ex operihus iustificatus est Abraham, habet gloriam, sed non ad Deum : ad Deum autem habet gloriam; non ergo ex operibus iustificatus est. Voilà pour le côté négatif de la question. Voici pour le v. 3 : Si -ergo non ex operibus iustificatus est Abraham, unde iustificatus est? Loquitur, et dicit unde : Quid enim Scriptura dicit? id est, unde dicit Scriptura iustificatum Abraham ? Credidit autem Abraham Deo, et reputatum est illi ad iustitiam. Ergo ex fide iustificatus est Abraham [In psalm. xxxi, P. L. XXXVI, 259).

La difficulté de ce système, c'est qu'on doit sous-entendre qu'Abraham a de quoi se glorifier auprès de Dieu, ce qui n'est guère en harmonie avec III, 27. Dans le système de la foi, la glorification est exclue.

Tous les modernes (sauf Zahn), même Gornely, Prat, Toussaint, aboutissent à la même conclusion essentielle que les anciens, mais en expliquant la construction autrement. L'objectant suppose comme une chose évidciite que tout le monde rend gloire à Abraham pour ses œuvres. Paul ne le nie pas, et c'est pourquoi il emploie la forme positive 'r/et x«ûyj,[j.a au lieu de l'hypothétique : il^Ev ccv xai5}(7)fjia. Mais il ajoute cette restriction ; hlV où 7cp6; 0cdv.

Quelques-uns (Soden) mettent un point après ■/.ctiyjni.oi. On supposerait que le début du verset appartiendrait à un objectant : Paul prendrait ici la parole et dirait vivement : mais il n'a pas lieu de se glorifier auprès de Dieu ! Cette tournure assez compliquée ne s'impose pas. 'AXXa est l'apodose de la conditionnelle d, dont il restreint le sens, comme dans Platon [Lach. 183 a) : e? 8' ly.sfvouç eXeXyîôei, àXX' où Totitouç ye... XsXyjSêv. On sous-entend naturellemenl £X.5t. Corn, a répondu par un syllogisme à celui de saint Augustin : Si Abraham ex operibus iustificatus est, habet unde glorietur; at non habet unde glorietur apud Deum... ergo ex operibus iustificatus non est.

Dieu. 3 Que dit en effet l'Écriture ? « Abraham a cru en Dieu, et

L'argument tient sans une confirmation que Corn, a cru devoir y ajouter et qui ne porterait pas. A la place où nous avons mis des points, il y a dans son texte : (jtpoç ôso'v S. Aug. l. c. significantius : ad Deum, i. e. adversus JDeum). Mais on a vu qu'Augustin ne donnait nullement à ad le sens d'adçersus; ce n'est point non plus le sens de Tîpo'ç avec x«ux.«a6ai, et si ces mots ne sont paa synonymes de xocuy^Soôat Iv 0£w, ils disent la même chose que KMjiisQKi héjiio'i To8 6eou. On peut donc entendre îtpo'ç favorablement; cf. 8ot(^v) 001 4 Sapant; x«\ t) "'lutç 2n«çpoSiaîav yà^i'* , [xop^^v npôç tov ^aaiXIa xal tv]V PafflXioaav {Pap. D Leid. 11 ; cf. K Leid. 10, apud Hkrwerden, Lexicon, verbo fjiopyTÎ), De même dans Xénophon [Comm. I, n, 61) : SwxpccTTjç xal npoç -coùç JIXXouç àv9p(I>nou{ xdc[i.ov tî) TtdXet jtapet)(E.

On peut donc préférer apud de la Vg. au ad de saint Augustin, et, en tout cas, ce dernier ne doit pas être synonyme de adversus. Mais gloriationem ©u unde glorietur rendrait mieux xa\ix,^[i.a que gloriam.

3) Ici Y^p a toute sa valeur ; qu'Abraham n'ait pas de glorification auprès de Dieu, cela résulte d'un texte formel.

La citation est empruntée à Gen. xv, 6, 'textuel sauf 'A5p«a[j. pour 'ASpâp. et U dans Paul au lieu de x«t dans nos éditions; mais' comme 81 convient moins au contexte de Paul, c'est donc qu'on a corrigé dans les mss. des LXX le texte primitif grec pour obtenir plus de ressemblance avec l'hébreu. De plus, dans l'hébreu, le second verbe est à l'actif, non au passif : « et il crut lahvé {grée, syr. Vulg. en Dieu), et il lui compta cela comme justice ». C'est presque l'expression de satisfaction que lahvé accorde à ceux qui observent la loi (Dt. VI, 25 ; xxiv, 13) ; il n'est pas directement question de la justification première d'Abraham, mais du mérite de son acte de foi, mérite tel qu'il équivaut à une œuvre parfaite. L'acte de foi porte sur la postérité d'Abraham qui doit posséder le pays de Canaan. Depuis longtemps déjà il se conduisait en fidèle serviteur de lahvé. La traduction grecque rend assez bien le sens, malgré le passage de l'actif au passif, sîs Btxaiooûvrjv n'est point une locution hébraïque (contre Cornely); on trouve dans Xénophon : y^pTJ- [AaT«... eîç àpyiSpiov XoyiaO^VTa (Cyr. III, i, 33) « biens... valant en argent... ». La préposition eîç pourrait paraître un simple équivalent de l'hébreu b après awn> comme dans les cas suivants : êXo^^saxo aCiTïiv 'HXïI eîç [Asâùouoav (I Regn. I, 13); IXoyicftTo «Suaaev tlf mpinentov (Job, xli, 28 [24]); IXoyfoGr) aù-tô tlç Sixatooivrjv (Ps. cv [cvi], 31); xo XepfxèX eîç 8pu(j.bv XoytaBïîaeTai (Is. xxix, 17; xxxil, 15), mais tîç se trouve aussi sans S, tant la tournure paraissait exacte pour indiquer une équivalence, par exemple : xà vdjjLt|jLa a&Ttov eîç àXXoTptoc âXoyîaôï)- ««V, où eîç remplace 1523 (Os. vni, 12), et eîç oôôiv àXoyîoOyjoav, où rien ne représente lîç (Is. XL, 17).

Dans aucun des textes qu'on vient de citer, la mise en compte, l'enregistrement d'une valeur ne suppose un défaut de proportion entre ce qui est fourni ou qui paraît tel et l'estimation. On peut se tromper, comme dans le cas d'Héli, mais nulle part le déficit de la prestation n'est constaté pour être eomblé. La même formule est appliquée à Phinéès pour un acte de zèle (Ps.

iPITRE AUX ROMAINS, IV, 3. 85

cv, 31). Le sens de la Genèse n'est donc certainement pas que la foi a permis d'imputer une justice absente, ni que la justice a été donnée en retour de la foi. Mais le texte n'aurait-il pas pris un sens différent dans le contexte de Paul? On sait que les Luthériens appuient sur ce verset leur justice imputée : Abraham crut en Dieu et cette foi suffit pour que Dieu le déclarât juste sans qu'il le fût. C'est insérer ici un système aussi contraire au bon sens qu'à la doctrine de Paul. Le P. Cornely, lui, introduit dans le texte une doctrine catholique ©t paulinienne, quand il dit en parlant de la foi d'Abraham : id est a benignissimo Deo ita acceptata, ut illias respectii altius donum {iustitiam) ei conferret et in eius rationes inferret. Cette doctrine, si juste qu'elle soit en elle-même, est trop étrangère à la Genèse pour être le premier sens que Paul a vu dans ce verset. On s'appuie pour l'établir sur le sens de XoY^ÇsaOat plus loin. Mais ceci appartient aux vv. 4 et 5, qui commencent par SI, non par ydcp. Nous avons le droit de prendre le verset 3 comme ayant une double portée : c'est la preuve qu'Abraham a été dit juste à cause de sa foi, non à cause de ses œuvres ; c'est aussi le point de départ d'un raisonnement qui cherche dans les termes mêmes de l'Ecriture l'explication de la manière dont la justice a été acquise. Mais puisque la pensée de Paul est en mouvement, le devoir de l'exégète est de fixer avec précision chacun des moments de cette pensée. Au v. 3 nous n'avons aucune explication sur la manière dont Abraham a acquis ou reçu la justice, nous savons seulement que lorsque Dieu l'a déclaré juste, ce fut en suite de sa foi, non en suite de ses œuvres. Si Paul s'était arrêté au v. 3, on ne pourrait dire rien de plus. L'explication la plus exacte de la portée de son texte comme preuve de sa thèse principale est dans des textes analogues des Jubilés, à propos de l'action de Siméon et de Lévi à Sichem. Cette action « leur fut (comptée) pour justice, et cela est consigné en leur faveur par écrit pour justice... ». Et spécialement de Lévi : « Ainsi on écrivit comme un témoignage en sa faveur sur les tables divines, bénédiction et justice devant Dieu » [Jubilés, xxx, 17 et 19). Seulement Paul remplace l'action par la foi. C'était donc la foi qui comptait, non les œuvres. La thèse du chap. m s'appliquait donc à Abraham. Mais en même temps un problème était soulevé : d'où venait cette justice qui ne s'était pas faite par les œuvres? C'est le problème qui occupe Paul dans les versets suivants, et pour la solution duquel il se sert, en les glosant, des termes mêmes du v. 3.

Avant d'y arriver, disons un mot de la traduction latine : et reputatum est illi ad iustitiam. La tournure grecque XoYt'Çîffôat sîç ne pouvait pas sans inconvénient être traduite trop littéralement en latin. Par exemple Gen. xv, 6 eût dû être rendu et computavit id ei pro iustitia ou iustitiam. S. Jérôme semble avoir évité ailleurs une transcription trop littérale. Dans les textes cités ci-dessus il a traduit : aestimavit ergo eam Heli temulentam [Regn.); aestimabit abyssum quasi senescentem (Job) ; quae oelut alienae computatae sunt (Os.); quasi niliilum... reputatae sunt (Is. XL, 17), mais cependant : in saltum reputabitur {ïs. XXIX, 17 et xxxii, 15). Le traducteur de la Sagesse : sîç x(68rjXoy iXoYiaOr)[XEV auTô), tanquam nugaces aestimati sumus ab illo (Sap. ii, 16). Ordinairement cependant elç est représenté dans l'ancienne latine par in, Ps. cv (cvi), 31; Sap. m, 17; ix, 6, sauf précisément dans le cas de Gen. xv,

cela lui fut compté comme justice. » ^Or, à celui qui a des œuvres, le salaire n'est pas compté par faveur, mais selon ce qui est dû, ^ tandis que celui qui n'a pas d'œuvres, mais qui croit en celui

6, reproduit I Macch. v, 52 et imité pour Phinéès, Ps. cv (cvi), 31, où l'ancienne latine a employé ad. C'est probablement parce que la tournure avait acquis droit de cité, surtout pour Abraham, et à cause de l'usage du N. T., que Jérôme a traduit Gen. xv, 6, credidit Abram Deo et reputatum est illi ad iustitiam, en serrant l'hébreu beaucoup moins qu'il ne le faisait d'ordinaire. L'ancienne latine, du moins dans son état primitif, portait, soit dans la Genèse (contre Sabatier), soit dans Romains : deputatum... ad iustitiam et non reputatum (de même le traducteur d'Irénée [IV, v, 5}; s. Gyprien, Ep. LXIII). On peut regretter le changement, d'autant qu'on a abusé de ce reputatum dans le sens luthérien : Reputatio enim eius non in nobis nec in potestate nostra est. Ergo nec iustitia nostra in nobis est nec in potestate hostra (Luther, Commentaire de 1515, II, p. 104), Reputare suggère l'idée de « regarder comme », tandis que deputare même avec ad signifie « mettre au compte de » : sanctae animae ad glorîae augmenta députant quidquid contra earum meritum accusator ingesserit (Ennodius, Opusc. 7, 4, dans Thés.). Tertullien a toujours employé deputare et Jamais ad : Abraham Deo credidit, et iustitiae deputatus ai illo est (De patientia, vi); quando credidit Abraham Deo, et deputatum est ei in iustitiam (Monog. vi); Si enim Abraham Deo credidit et deputatum est iustitiae {Adf^. Marc, v, 3).

4 et 5). Nous avons tenu à laisser au v. 3 son sens propre. Du verbe XoY(Ç£o9at on ne fera jamais sortir le don de la justice. Car ni en lui-même, ni dans l'emploi qu'en fait Paul, ce verbe ne signifie marquer à l'acquis plus qu'on n'a reçu; cf. Rom. ii, 26 : « son prépuce vaudra circoncision », sera vraiment l'équivalent de la circoncision; Rom. ix, 8 : « ceux-là sont estimés pour la race », sont la vraie race; Act. xix, 27 : « sera réduit à rien ». Mais ce qui ne sortait pas du verbe lui-même pouvait sortir du verbe employé dans une certaine circonstance, c'est-à-dire quand il n'y avait pas d'œuvres. Paul ne se livre pas à un puéril midrach sur un mot, il table sur la conclusion déjà acquise : la justice mise au compte d'Abraham sans qu'il ait fait d'œuvres... Que doit-on dire en pareil cas? U indique à sa façon qu'il s'agit moins d'expliquer le texte qui précède (ce qui exigerait -(dp), que de tabler sur tout ce qui précède. Paul distingue deux façons de mettre au compte, soit qu'on ait rempli des obligations contractées, et c'est XoyfÇedôat xarà ô(pe(Xyi|jia, soit que le maître ou le patron tienne quitte, et alors c'est XoytÇsciÔai xarSi x«P^^- La comparaison parallélique est parfaitement satisfaisante, et ce serait introduire arbitrairement une idée nouvelle que de suppléer SfSoTai après ôtpsfXrijia. Il y a parabole et non pas allégorie; il est inutile de se demander si la récompense représente la justice ou le bonheur céleste. Nous savons seulement que dans le cas des œuvres il y a règlement de rigueur. Mais nous savons aussi que ce n'est pas le cas d'Abraham.

Le verset 5 amène un cas qui est précisément celui d'Abraham, puisqu'il ne comporte pas d'œuvres. Si l'antithèse eût été poussée selon un parallélisme

qui rend juste l'impie, sa foi lui est comptée comme justice ; ^ c'est ainsi que David proclame heureux l'homme auquel Dieu compte une justice qui n'a pas d'œuvres :

exact, on allait à cette conclusion : mais, quand l'ouvrier n'a pas travaillé, le compte est reconnu juste par une pure faveur, Mais,, comme il arrive souvent, Paul a déjà en vue l'acte qu'il avait voulu éclaircir par une comparaison, il quitte le terrain de la comparaison pour expliquer que celui qui n'a pas les œuvres, c'est quelqu'un qui ne peut que recourir à Dieu pour obtenir le compte de faveur. Il semble qu'en même temps sa pensée s'éloigne d'Abraham pour aborder le cas le plus scabreux, celui qui par conséquent mettra le mieux en relief les traits de sa doctrine. Oui, l'impie lui-même, s'il croit en celui qui peut rendre juste l'impie, on pourra dire de lui que sa foi lui est comptée comme justice, ce qui revient à dire, si Dieu ne ment pas, que Dieu a donné la justice. On voit que nous donnons à Stxatouvxa le sens « rendant juste ». Il s'impose en effet. Car Stxato'w à l'actif ne peut signifier pardonner : il faut que ce soit déclarer juste ou rendre juste. Que Dieu déclare juste celui qui est impie, c'est une proposition blasphématoire. Mais de plus quand se ferait cette déclaration? dans quel jugement solennel? Si on disait que Dieu déclare juste l'impie, non pas en lui-même, mais parce qu'il le voit couvert par la justice de Jésus-Christ, ce serait toujours contraire à la doctrine de Paul, qui admet une justice intrinsèque, mais où y a-t-il le moindre indice de cette doctrine dans ce chapitre relatif à l'A. T.? Il faut donc comprendre que Dieu a le pouvoir de rendre juste celui qui ne l'est pas, et qu'il en use. Pour mieux établir l'accord des deux Testaments, Paul a choisi une formule qui rappelle m, 26.

Notons aussi que cette fois XoYîÇsoOat suppose à lui seul une faveur, mais c'est en raison du contexte, et avec le sujet « la foi ». « La foi est comptée comme justice », signifie : la foi est tout ce que demande Dieu en donnant la justice. Aussi bien la pensée va toujours en avant, au lieu de remonter en arrière, et ces mots sont moins l'explication du v. 3 qu'ils ne sont une proposition prouvé» par ce qui suit pour son sens particulier.

Dans la Fg-. on préférerait que XoYfÇssSai soit toujours rendu par deputari, au lieu de imputari, reputari. Effacer secundum propositum gratiae DeiÇWW.).

6) Ce verset se lie étroitement au précédent. David ne vient pas là pour son exemple personnel, mais comme auteur inspiré, parlant au nom de Dieu, et auteur des psaumes. Le {laxocpto-fids n'est pas « le bonheur », mais presque « une déclaration de bonheur, une félicitation » ; cf. Clém, R. l, 7. Paul aurait dit aussi bien [iaxapfÇet; sa tournure est seulement un peu plus solennelle, — Les protestants ont appuyé sur ce verset leur justice imputée. S. Paul établit simplement que l'on peut être juste sans les œuvres, par le cas sans réplique de celui qui vient d'être pardonné. Puisque Dieu par la bouche de David le déclare heureux, c'est donc qu'il est juste, ou, d'après les termes de la citation de la Genèse, qu'il lui compte justice où il n'a pas d'œuvres.

Le Vg.-Clém. met un point avant sicut (de même WW.); c'est rompre

■^ « Heureux ceux dont les iniquités ont été remises, et dont les péchés ont été recouverts; * heureux l'homme auquel le. Seigneur ne compterait pas de péché! »

^ Cette félicitation donc s'applique-t-elle aux circoncis ou bien aussi aux incirconcis ? en effet nous disons : « la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice ». ** Gomment donc a-t-elle été comptée?

l'enchaînement de la phrase. Elle a rendu cette fois XoyîÇsTai par accepta fert, « il porte en compte » comme suffisant.

7 et 8) Ps. xxxi (xxxii), 1 et 2. Soden lit S où et non o5 où, qui est moins euphonique, mais a pour cela même plus de chances d'être original,

Cornely tient beaucoup à mettre en scène David pécheur repentant. Mais la théologie enseigne qu'après le pardon les anciennes oeuvres revivent. L'argument de Paul serait-il meilleur ainsi? En réalité, David, comme psalmiste et au nom de Dieu, déclare heureux celui dont les péchés sont pardonnés. C'est donc qu'il est juste aux yeux de Dieu, sans les œuvres. L'exemple d'Abraham prouvait mieux le côté positif de la question, que Dieu déclare juste celui qui a la foi, sans tenir compte de ses oeuvres comme telles; l'exemple du pécheur justifié prouve mieux le côté négatif, qu'on peut être juste sans les œuvres. Cependant la foi est supposée, au v. 5, ce qui prouve la liaison des idées de 5 à 8.

Les péchés remis, les péchés couverts, les péchés non imputés, sont différentes manières de dire que le péché n'existe plus aux yeux de Dieu. Dire avec les luthériens qu'il existe encore, c'est supposer que Dieu use d'une fiction pour ne pas en tenir compte ou le recouvre pour ne pas le voir !

Imputabit (WW). est plus près du grec que imputavit; lire imputaret.

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