La foi d'Abraham et la circoncision
9) Cornely regarde ce verset comme la conclusion des précédents, posée sous forme d'interrogation : ne ressort-il pas des paroles de David, qui parle de l'homme sans distinction, que la doctrine de la justification s'applique à tous, sans distinction de Juifs et de non-circoncis? Mais c'est une interrogation véritable, et la solution est fournie par ce qui suit {Estîus). La question n'est pas de savoir si la félicitation, s'appliquant de droit en cas de circoncision, peut s'appliquer aux gentils, mais simplement : cette félicitation qui s'est rencontrée historiquement, comme le prouve le psaume, dans la circoncision, pourrait-elle aussi s'appliquer à des non-circoncis? C'est dans l'Écriture qu'il faut chercher la réponse. Or elle est contenue dans le texte cité de Gen. xv, 6. yap s'explique comme au v. 3, quand il s'agit de faire une preuve par l'Écriture.
La Vg.-Clém. ajoute tantum manet [om. WW.); cf. pvov dans D E etc.
10) En fait la justice fut marquée à Abraham avant la circoncision. Dès lors il était juste et la circoncision n'y était pour rien. Paul suppose que ses auditeurs connaissent bien les textes de la Genèse, où la circoncision ne paraît que dans notre ch. xvii, 10.
Ce texte suggère que Paul a eu en vue de quelque manière la justification
ÉPITRE AUX nOMAlNS, IV, 11. 89
Était-il alors circoncis ou incirconcis? Il n'était pas circoncis, mais incirconcis. *^ Et il reçut le signe de la circoncision comme sceau de la justice de la foi, justice qu'il avait avant d'être circoncis, de façon qu'il devînt le père de tous ceux qui croient, sans être cir-
d'Abraham, Quelques anciens Pères, s'attachant aux textes de la Genèse selon leur portée historique, ont refusé de croire que Paul ait fait allusion à sa première justification. Il est en effet impossible de supposer, quand on lit la Genèse selon l'ordre des faits, qu'Abraham soit demeuré pécheur jusqu'au moment marqué par Gen. xv, 6. Ghrysostome a donc distingué nettement le cas d'Abraham de celui du pécheur : que celui, dit-il en substance, qui n'a rien fait de bon, soit justifié par la foi, cela n'est pas tellement admirable; mais que cet homme si grand par ses actes ne soit juste que par sa foi, voilà i'éloge suprême de la foi. Euthym. : xb 8è tov xo[ii,(5vTa Iv xaTop6o5[j.a(ii \Lr\ âx roti- Tcjv 8txaiito9ï)va[, àXX' inh iriatetoç, touto îjv To 9«u[JLa(JTbv xa\ [i,dcXi<JTa xîjç k(<ïtî«oç tt)v iT/hv l[x<patvov. C'était aussi l'opinion de s. Jérôme que la foi d'Abraham était animée par la charité {Ad Gai. m, 6). Estius pensait encore que la justification dont parle Paul fut un progrès dans la justification. Or s. Thomas n'a rien dit dans ce sens, et en«. effet l'argumentation de Paul n'aurait plus sa portée s'il ne parlait de la justification d'Abraham. Mais il a soigneusement évité de la situer à un moment de sa vie, si ce n'est qu'elle fut antérieure à la circoncision. Il s'agit moins de la vie mortelle d'Abraham selon le développement des contingences que de son existence scripturaire. Il apparaît comme le type de la justice par la foi au moment où il est encore incirconcis, voilà l'essentiel. Paul eût sûrement reconnu qu'Abraham était déjà l'ami de Dieu quand il quitta la Chaldée. Peu lui importait le moment de sa première ju.stification dans l'histoire; celle dont il parlait était la première mentionnée par l'Écriture, et elle était antérieure à la circoncision.
11) Que fut donc la circoncision? un signe, et d'après Gen. xvii, IG, le signe de l'alliance : zaî ^atat h aYi[j.efco BiaOTJxYiç. Corn, affaiblit l'expression en traduisant : signum, id est circumcisionem, car Paul a entendu sans doute insister silr le caractère extérieur de la circoncision. A la circoncision on reconnaissait qu'un homme appartenait à lahvé. Sur le caractère religieux de la circoncision et son rapport avec l'initiation, cf. ERS. 2^ éd p. 242-246, Dans cet ordre d'idées, il était naturel de regarder la circoncision comme un sceau. Un contrat était rendu définitif par l'apposition d'un sceau, signe extérieur qui garantissait l'accord. Ou encore les sceaux d'argile attachés a , des objets étaient une marque de propriété. A la circoncision on reconnaissait qu'un homme était la propriété de lahvé, que son peuple était lié à son Dieu par un contrat. Aussi la tradition juive est arrivée à cette métaphore : « il scella ses descendants du signe de la sainte alliance » [Chabbath, 137^); « le sceau de la circoncision est dans notre chair, comme il fut scellé dans la chair d'Abraham » [Targ. Gant, ni, 8); cf. Barnabe, x, 6 : jîeptTÉ-cjxYiTat ô Xaoç EÎç <ïcpp«Yt8a. Paul ne méconnaît pas ce caractère, mais il voit dans la circoncision quelque chose de plus que le sceau de l'alliance, c'est le sceau de la justice de la foi. On en vint de très bonne heure [Hermas] à prendre tj ocppaY^?
concis, de sorte que leur justice leur soit comptée, ^^ et le père des
pour le nom du baptême, mais dans Paul ce n'est encore qu'un nom métaphorique, comme I Cor. ix, 2 : ^ y^P ^?P«Y^s V-^^ 1^% «J^todToXïjç uixetç laxs. h xupt'w. Le choix de cette métaphore est si naturel d'après l'usage profane qu'il n'y a pas lieu de supposer un emprunt d© Paul aux mystères. D'ailleurs le baptême est si bien, beaucoup mieux que la circoncision, le sceau de la justice de la foi, que l'expression chrétienne a pu venir de s. Paul, comme aussi venir directement de l'usage profane. Il est d'autant moins probable que les chrétiens aient emprunté aux mystères païens qu'on ne trouve l'idée (exprimée par le verbe) que chez des auteurs chrétiens qui pourraient bien avoir exprimé le rite païen d'une façon qui leur était familière : Tertullien, Ado. Valent, i, à propos des mystères d'Eleusis : diutius initiant quant consignant; Apol. ix : hodie istic Bellonae sacratus sanguis de femore prosoisso in palmulam exceptas et esui datas signât; De praescr. haer. lxx : Mithra signât illic in frontibus milites sues; Clém. d'Alex, Protrept. XII, cxx, 1 : kpoçavxei 8à è xtSptoç xal tbv [AÙffTriv a^pay^CeTat (pajTaYtoyffiv xtX.
A tout le moins les usages sacrés ont pu naître parallèlement des usages profanes (cf. Heitmûller, dfpay'Çi dans les Mélanges dédiés à Heinrici, Leipzig, 1914).
— ir^e, cv Tij àv-poSuoTia dépend de 8ix«tooi5vr)ç plutôt que de jtîaTstoç, car c'est de la justice qu'il s'agit surtout, et la foi n'en est que le principe.
— eîç To elvat gouverne tout ce qui suit, 1° la situation des fidèles justifiés incirconcis, et 2° la situation des circoncis. La sens final, généralement admis, convient très bien à la seconde situation, car le verbe principal est : il reçut la circoncision. Mais on ne peut pas dire : il reçut la circoncision afin d'être le père des incirconcis. Il s'agit donc d'un résultat, qui porte sur toute la situation antécédente : ayant reçu la circoncision comme sceau d© la justice, il pouvait être le père des incirconcis (s. Thomas : id est, ex praedictis consequitur). En effet eîç t6 avec l'infinitif, locution presque propre à Paul dans le N. T., a fréquemment perdu chez lui son sens final. Il en est encore ainsi dans d<; to XoYtaô^vat, parallèle et non dépendant de nto-ceuévriov. On voit bien ici que Paul n'avait pas en vue au v. 6 de compter par faveur la foi pour la justice, mais de mettre à l'actif la justice, celle de la foi, la seule qui compte à ses yeux, et qui est aussi celle des incirconcis, la leur, tîjv (avec Soden) StxaiooiivTîv. — Ka( devant «ùtots (entre crochets dans Soden), montre aussi qu'à Abraham lui-même, dans la pensée de Paul, c'est la justice qui fut comptée; on peut admettre cette leçon [Vg.) comme plus difficile.
Dans la Vg. au lieu de quae est lire quae fuerat [Érasme) ; car le verbe doit être suppléé au temps convenable; lire ut eaaet, au lieu de ut sit, et surtout : ut deputaretur et illis iustitia, au lieu de ut reputetur et illis ad iustitiam, qui ramène la teneur du v. 6 tandis qu'il est ici modifié extérieurement et fixé dans son vrai sens.
12) Abraham demeure le père des circoncis (jrèpiTO[x% sans article, comme une catégorie connue), mais à la condition qu'ils ne se contentent pas de la circoncision, et suivent les traces de la foi d'Abraham avant la circoncision.
circoncis, qui n'ont pas que la circoncision, mais de plus ( ) marchent sur les traces de la foi qu'avait, étant encore incirconcis, notre père Abraham.
** Car ce n'est pas moyennant la Loi, mais tnoyennant la justice de la foi, que fut faite à Abraham et à sa postérité la promesse