Adam et le Christ
15) La proposition générale, Adam est le type du Christ, ne saurait être entendue a priori d'une ressemblance parfaite entre les deux personnes, car il peut y avoir entre elles ressemblance ou opposition, et, même dans le cas de ressemblance, supériorité d'un côté [Phodus cité par Cornely). Paul passe aussitôt à la supériorité du Christ, sur le point de la propagation ; l'opposition est marquée par hXk&. Après oùy^ (bç, sous-entendre ia-zi. — rtapanTwjxa est le péché personnel d'Adam, au moyen duquel le péché, rj (SfjiapTfa, est entré victorieusement dans le monde. Dans ce sens il est le fait d'un seul. A cette déviation par mode de chute (TrapaTttTtTu), Paul oppose to y^d^pitrjjia, le don gracieux, le bienfait purement gratuit. — ot noXXoî sont tous les hommes, donc Toùç TtoXXoiSç signifie aussi tous, comme l'explique le v. 18, Tuàvxaç. L'opposition n'est pas entre un petit nombre et un grand nombre, mais entré un seul homme et la masse des autres. — àTtâOavov ne signifie pas la mort spirituelle; c'est la mort naturelle^ mais telle que Paul l'entend ici, comme une pénalité due au péché. Si le péché d'un seul a eu une efficacité aussi sinistre en fait, il faut affirmer qu'en fait aussi la grâce de Dieu a abondé sur tous. C'est bien un fait, puisque ÈTtepîoasuaev est à l'aoriste, comme aTclôavov. Mais on eût pu le conclure d'avance, parce que la bonté de Dieu l'emporte sur la faute de l'homme. noXXw [xàXXov est donc au sens logique : combien plus doit-il être vrai! La grâce de Dieu est considérée d'abord dans sa source, vj ydtpcç Toû 6£ou, la bonté, la bienveillance de Dieu. Mais avant d'être communiquée aux hommes, cette grâce est celle de Jésus-Christ; c'est par lui qu'elle devient un don dont les hommes peuvent faire l«ur profit, t\ Swpsà h x^P'"^'- Si Jésus-Christ est qualifié toU £vôç àvOptî>7îou, c'est par opposition à Adam. D'un côté le péché d'Adam, de l'autre la grâce de Dieu en Jésus-Christ; d'un côté le châtiment de la mort, de l'autre côté le don de cette grâce; il eût été plus clair d'écrire ^ Swpeà ^ h /.aptri, mais l'article n'est pas nécessaire dans la koinè (SH.). Rattacher èv x.'^pnrt à àrtepi'uaeoaev reviendrait au même pour le sens, mais atténuerait le parallélisme.
ÉPITIIE AUX ROMAINS, V, 16. 109
Christ, se sont répandue sur tous en abondance. ^^ Et il n'en est pas du don comme du fait d'un seul pécheur, car le jugement porté sur un seul pèse comme une condamrxation, tandis que le don gratuit,
Si Paul avait voulu seulement comparer le champ d'action du péché et de la grâce, il y aurait seulement parité. Sa pensée est donc que la grâce en se répandant détruit le péché; c'est ce qu'il suggère ici, et qu'il prouvera par ce qui suit, selon le procédé de v. 12 par rapport à 13 s. L'Apocalypse d'Esdras (iv, 30 ss.) oppose la graine funeste du péché aux riches moissons du monde à venir : Quoniam granum seminis mali seminatum est in corde Adam ab initia; et quantum impietatis generavit usque nunc et generabil usque cum veniet area! Aestima autem apud te, granum mali seminis quantum fructum impietatis generaverit; quando seminatae fuerint spicae, quarum non est numerus, quam magnam aream incipient facere! Sur le texte du Sifrâ, cf. Le Messianisme... p. 243 ss.
On ne sait pourquoi les Latins ayant traduit multi ont mis ensuite plures au lieu de multos; Augustin a protesté qu'il fallait lire multos [C. Iulian. opus imperf. II, 148), en faisant appel au grec, non comme témoin des mss. latins (contre Corn.). — in gratia d-e Vg.-Clém. est plus conforme au grec que in gratiam (WW.).
16) Deuxième opposition, entre le péché de l'homme et le don de Dieu. C'est bien le péché qui est en cause, mais Paul tient à le présenter comme l'acte d'un seul pécheur, Si' Ivbç «{lapTrî^avioç... IÇ ivd{ (masculin), quoiqu'il n'ait pas, cette fois, opposé le Christ à Adam. La phrase est elliptique ; suppléer i<szl avec xô 5ajpY)[xa, et ây^vETO avec xp;'jj.a. — -/.p(ji.a et xaTây.pi[j.a sont entre eux comme jugement et condamnation. Cornely donne déjà à xpîjjia le sens de sententia damnatoria, et est obligé de postuler pour xaT«y.pt[j.a le sens de condamnation exécutée, comme viii, 1. Ce sens est admis par Deissmann [Neue Bibelstudien, p. 93), qui cite Hésychius, xaxajcpiixa* xaxay.piffiç, ■A.axa.hiy.r,, et surtout plusieurs papyrus où xaTaxpi[jLaTa (au pluriel) lui paraît avoir le sens de « servitude légale », ou, comme je croirais, d' « hypothèque judiciaire » à la suite d'une condamnation, ou d'amendes, xaxdtxptfxa peut donc ici signifier la peine comme prononcée. Le jugement est naturellement ce qu'exigeait la circonstance, une condamnation portant sur le péché d'un seul, et aboutissant au châtiment, tandis que le don de la grâce porte sur plusieurs péchés, celui d'Adam et les péchés personnels des hommes, et aboutit à la justification. 8[xaico(jLa, comme forme nominale, indiquerait un jugement d'absolution, mais l'opposition au v. 18 entre xaTaxpt[j.a et oixatcoai: indique plutôt le sens actif de ôixafwai;, Sixaituf^ia a été choisi de préférenoe à cause de l'allitération avec les autres substantifs en -[j.a (Lîelz.). L'opposition est donc au fond entre le châtiment et la justification, ou la justice conférée ; l'explication viendra plus loin.
La Vg.-Clém. est allée au péché, sans passer par l'intermédiaire du pécheur, per unum peccatum, comme s'il y avait à;j.apTr;aa-:oç ; ensuite ex une (se. pcccato) au neutre. Le sens est sensiblement le même. Mais on lira avec
110 ÉPITUE AUX ROMAINS, V, 17-18.
après de nombreuses fautes, [aboutit] à la justification. ^"^ Si, en effet, parla faute d'un seul, la mort a régné par le fait d'un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront dans la vie, par le seul Jésut- Ghrist. *^ Ainsi donc, comme par la faute d'un seul la condamnation a pesé sur les hommes, de même aussi la justice exercée pyr un seul [procure] à tous les hommes la justification qui donne la
WW. j>er unum peccantem, indiqué par le' codex de Carafa. Quidem est rayé par WW.
17) Les termes de ce v. rappellent le v. 15, si bien qu'on serait tenté de prendre le v. 16 pour une parenthèse. Mais le v. 16 avait fait avancer la pensée en introduisant l'idée de justilication. Le tout est maintenant repris et conduit au terme final du règne dans la vie. C'est une explication qui sert de preuve. Elle est conçue comme le v. 15, mais le parallélisme en est encore moins rigoureux. Un enchaînement mathématique eût exigé tîoXXw [j.àXXov tôî Tou Évôç 8[xatti)(jiaTt ^ Çturj (3aatX£ÛaEi oi« tou ivoç XpiaxoSS (Zietz.), mais, suivant les vraies règles du parallélisme qui exige de la variété, Paul remplace la royauté métaphorique de la vie par le règne réel des élus. Le contraste est saisissant, des esclaves d« la mort qui deviennent des rois !
— Bià TOU Ivdç après xcjj xoû ivoç 7uapa::Ttijj.ocTi est pour marquer plus fortement le rôle d'Adam comme cause de la mort pour tous les hommes en suite de son propre péché; c'est une nouvelle indication dans le sens du péché originel. L'abondance de la grâce répond à la grâce de Dieu du v. 15, et le don de la justice répond au don dans la grâce de Jésus du même verset. L'homme reçoit cette abondance, figurée comme une chose extérieure. SH. prenant l'image à la lettre disent que cette chose n'est pas opérée en l'homme, mais vient à lui, imputée, non infusée. Mais l'essentiel est que cette chose conçue comme extérieure en tant que don soit réelle et pénètre dans l'homme, soit reçue en lui; de même la justice, donc infusée, non imputée. C'est à la théologie d'expliquer comment cette justice ne peut exister objectivement en dehors de Dieu et en dehors de l'homme, et qu'elle naît dans l'âme par l'action de Dieu; ce n'est pas moins un don. Il va sans dire que cette justice est acquise par le sang de Jésus et la foi en Jésus. Mais Paul renvoie la mention du Sauveur à la fin de la phrase comme étant la cause de la vie. Par lui les fidèles sont justifiés, par lui ils régneront (II Tim. ii, 10 ss.).
Le texte de Vg.-Clém. : unius delicto rend mieux le grec que in unius delicto de WW. La conformité au grec demande qu'on retranche et devant iustitiae.
18) On dirait d'une conclusion générale qui remonte au v. 12 ; cependant c'est surtout le développement du v. 16, en prenant pour point de départ non pas xp(^j.a, mais seulement viaTd/.piiJ.a. La phrase est vive, comme les précédentes; les verbes ne sont pas exprimés. On peut sous-entendre lyiveTo et ytveTai. àpa o3y est fréquent en grec comme interrogation en tête de la phrase. Paul l'emploie à cette place sans interrogation vu, 3. 25; viii, 12; ix, 16. 18;
vie. *9 En effet, de même que par la désobéissance d'un seul homme tous ont été constitués pécheurs, de même, par l'obéissance d'un seul, tous seront constitués justes.
XIV, 12. 19; Gai. vi, 10; Eph. n, 19; I Thess. v, 6; II Thess. ii, 15, contre l'usage classique qu'il suit cependant quelquefois (vu, 21) ; o3v renforcs apa. 5t' évoç TtapanroifiaTOî pourrait être per unum delictum, mais tout le contexte indique plutôt per unius delictum (Vg.), «t il en sera de même de 8i' évôç 8txaia5[j.aToç [Lipsius, Corn. etc.). xaTdcxptjjLa, dans ce contexte, suppose le sens de condamnation prononcée, presque de châtiment, condemnationem, quae pertinet ad poenam {Thomas); cf. v. 16. — 8txaîto(i.a est difficile. D'après SH., c'est la sentence par laquelle Dieu déclare les hommes justes à cause de la mort du Christ. Dans ce cas hôc, s'accorderait avec Stxatt&tjiaToç, « à cause d'une seule sentence »; mais comme ces auteurs entendent de la même façon Stxai'toatç, ce serait la sentence rendue qui irait vers la sentence. Ils supposent aussi que 8ixat'co[ia est opposé à xaTàxptjxa, ce qui n'est pas le cas. Et pourquoi cet unique acte d'absolution? Dès le v. 19 nous revenons à l'opposition entre Adam et le Christ. Il est donc certain que évds signifie « d'un seul » qui est le Christ. Son Sixai'cojjLa doit être quelque chose comme l'obéissance du v. 19, l'accomplissement de la justice, opposé au péché. SH. objectent que ce sens n'existe pas ailleurs; on peut cependant citer- Baruch ii, 19; Apoc. xix, 8 (Corn.). Dans II Regn. xix, 25 (26), Sixai'wfia (rendant nplï) doit signifier aussi une action méritoire. Le sens normal de 5txa»jo[;.« est précepte divin; ici un précepte observé. Les justes juifs possédaient devers eux les préceptes observés comme un trésor. Sans adhérer à cette idée, Paul a pu se servir du mot dans ce sens.
L'action du Christ, observant toute justice, s'oppose au péché originel; tandis qu'il a entraîné le châtiment, elle conduit à la justification de la vie, c'est-à-dire qui est la vie ou plutôt qui cause la vie, ce qu'on ne peut dire de la simple sentence d'absolution. Dans les deux cas la cause posée s'étend à tous. Pour le châtiment de la mort, cela est évident, mais la justification? D'abord Paul ne prétend pas qu'elle ait un effet rétroactif sur tous les hommes déjà morts. Peut-être veut-il dire que la justice acquise par le Christ est suffisante pour sauver tous les hommes, s'ils l'acquièrent par la foi. Ou bien, s'il s'agit de l'action exercée par la justice, il faut comparer ceux qui descendent d'Adam d'un côté, et de l'autre ceux qui sont nés spirituellement dans le Christ {Thomas).
19) C'est dans ce verset que le parallélisme de parité est le plus exact. Il s'agit toujours de la justification parle Christ; elle n'est plus prouvée comme dans le v. précédent ex posteriori, par le règne qui en est la conséquence, mais ex priori, par sa cause : causae enim similes sunt suis effectibus : inobedientia autem primi parentis, quae habet rationem iniustitiae, constituit peccatores et iniustos : igitur obedientia Christi, quae habet rationem iusti' tiae, constituit iustos {Thomas).
Le péché d'Adam, indiqué dès le début comme la transgression d'un pré-
2"^ La Loi est intervenue afin que la faute abonde; mais, où le
cepte sous peine de mort, est une désobéissance, Ttapaxonj, à laquelle s'oppose l'obéissance du Christ, unaxor{ (sur laquelle cf. Phil. ii, 8). La notion du péché originel est de nouyeau affirmée, car xaGtaxcfvai, « instituer, constituer, établir », indique plus qu'une appréciation juridique. Les anciens protestants le concédaient du péché qui n'est qu'une privation, ils eussent dû le reconnaître aussi de la justice. Le futur (-/aiaa-aôiîaovTat) ne s'entend pas du jugement dernier, comme Gai. v, 5 (contre Lips., Lietz.), car Paul dans tout ce passage considère la justification comme actuelle; il s'explique parce que la source de justification qui est dans le Christ sera encore ouverte pour de nombreux fidèles en ouLre de ceux qui l'ont déjà reçue fcf. m, 30).
20-21. Ces deux versets sont comme un appendice, nécessaire cependant à l'intelligence de tout le morceau. Entre Adam et le Christ, il y avait la Loi. Quel avait été son rôle ? Il était d'autant plus indiqué d'en parler, que, pour prouver l'existence du péché originel, Paul avait argué de la situation entre Adam et Moïse. On pouvait donc se demander si la période de Moïse à Jésus ne se distinguait pas par un caractère particulier; si elle avait atténué le péché ou procuré la grâce. Paul répond qu'elle n'a servi qu'à mettre la grâce dans tout son jour par rapport au péché.
20) vd[j.oç, même sans article, est bien la Loi de Moïse, sans distinction de loi morale et de loi cérémonielle.,7:apÉp7^Ea8ai n'est pas subintrare, entrer en cachette, puisque la Loi a été donnée si solennellement; ce n'est pas non plus suivre un chemin de côté [Diodore], la Loi n'étant qu'un compartiment dans l'humanité. C'est simplement entrer pour jouer son rôle, comme un orateur (Thuc. II, 59), un joueur de flûte (Ath. 538) entre momentanément en scène. La Loi a occupé la scène de Moïse à Jésus-Christ.
— ïva a été pris par Ghrys. dans le sens d'une conséquence : xô 8È 't'va lvTaî39a oOx aJtioXoYt'aç naXiv àXX' èxSdaEtiç êaxiv. Où y^P ^'à touto èSéÔT] îva nXeovaarj, iXX' èS69ri [aèv SiaTe [/.etioaai %aX àvsXefv tb napânTiofia" IÇéSr) Se xoùvavxfov, où 7:apà xïiv xoù vd[xou ^ûcnv, àXXà jtapà xy)V xCiv SsÇajiévtov pa9u[jt.iav. De même Thomas, primo loco : prime quidem ut dicamus quod \y ut non ponitur causaliter, sed consécutive. — D'après Gornely, il s'agit d'un dessein de Dieu; cf. vu, 7. Dieu, en donnant la Loi, avait en vue la multiplication et l'aggravation du péché, plus nombreux puisqu'il y avait plus de préceptes, plus grave parce qu'il violait une loi positive. Cependant ceux qui admettent ce sens, Aug., Thomas (3° loco), Estius, Cornely, ne l'entendent pas comme si Dieu s'était proposé pour but de développer le péché : le but de Dieu était d'obliger les pécheurs, connaissant mieux leur faiblesse, à demander pardon. De sorte que ces auteurs admettent la finalité, mais en dépassant les termes de Paul. — On peut noter que Dieu n'est pas ici directement en scène. La Loi est un épisode dans l'histoire de l'humanité; c'est un incident du drame, destiné à amener la péripétie. Il y a donc bien finalité, mais la finalité dont il est ici question est inhérente à la nature de la Loi, de toute loi. Paul ne se demande pas quel but Dieu se proposait en donnant la Loi, qui fut certainement un bienfait en elle-même , et accompagnée de lumières et de
ÉPIÏRB AUX ROMAINS, V, 21. 113
péché a abondé, la grâce a surabondé, ^^ afin que, comme le péché a régné dans la mort, ainsi la grâce régnât par *îi justice pour la vie éternelle, par Jésus-Christ Notre-Seigneur.
grâces. Il isole la notion de loi. Par le fait même, une loi, en multipliant les défenses et les ordonnances, multiplie les péchés, au moins intérieurs. Il s'agit de la Loi mosaïque, mais toute nue, considérée comme une loi prohibitive. Gela n'empêchait pas la Loi d'être utile aux individus, car elle suggérait aussi le repentir et organisait l'expiation. Toute loi en effet est donnée dans l'intérêt de ceux auxquels elle est imposée, et il est difficile de prétendre que les Israélites, surtout depuis le retour de la captivité, n'étaient pas plus agréables à Dieu que les gentils. Mais si la Loi pouvait être utile à chacun en particulier, elle avait dans l'histoire de l'humanité ce résultat — voulu par Dieu — de mettre le péché plus en relief; ïva êv Toïs Ô7I0 v6[t.o^ rtoXù (pafvotTo xo 7taparïTco[i«... ■ziQtixa.i Tot'vuv ô vd[AO{ IXey/.o? oïâ ttç T^ç (jcTcàvTcov àaOsvEt'aç (Cyrille, Catena; Thomas, 2° loco). D'ailleurs le sujet sera traité de nouveau par Paul (chap. vu).
— Tb TiapdtTtTtojjLa, non plus le péché personnel d'Adam, mais le péché qui se commettait sous l'économie de la Loi. — o3 doit se traduire par « où », dont le sens est local, mais le domaine est dans le temps, plutôt que dans l'espace. — ■?! à[Aaptta, le péché, comme une entité puissante. C'est d'abord le péché d'origine, mais, comme un fleuve, il se grossit de tous les péchés actuels. C'est à ce moment que la grâce a surabondé.
Au lieu de subintravit, on proposerait volontiers obiter subiit [Érasme] ; le second delictum (aussi dana WW.) serait avantageusement remplacé par peccatum, plus conforme au grec, et qui a des appuis dans la tradition ms. de la Vg.
21) Précédemment (v. 17) c'était la mort qui régnait. Ici c'est le pèche ; il régnait dans la mort, temporelle et spirituelle, qui était son œuvre. Le péché, personnifié comme un monarque, est plus que le napàji;TW[j.a isolé qui était opposé à l'acte sauveur du Christ; il est opposé à la grâce. La grâce règne déjà au moyen de la justice, préparant à la vie éternelle.
Dans Vg. au lieu de mortem, lire morte (WW.).
Toute cette péricope est donc une suite d'anthèses. Deux acteurs, Adam et le Christ. Le péché actuel d'Adam, -cb 7:«pà;tTfioja.a, et le don de la grâce, tô )(^àp[a[j.a (v. 15), le jugement de condamnation conduisant au châtiment, le don de la grâce conduisant à la justification (v. 16). Le péché d'Adam amène le règne de la mort, le don de la justice amène le règne de ceux qui l'ont reçue (v. 17). Un péché actuel d'un seul procure le châtiment, l'acte méritoire d'un seul procure la justification (v. 18). La désobéissance constitue des pécheurs, l'obéissance fait des justes (v. 19). Le péché, grandi par les péchés actuels, règne et tue; la grâce par la justice règne et prépare la vie éternelle (20, 21).
Note sur saint Paul et le péché originel (cf. R. P. Fret, L'état originel et la chute de l'homme d'apj'ès les conceptions juives au
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temps de J.-C.^ dans Reçue des Sciences philos, et théol. 1911, p. 507- 545).
Le péché originel était-il un point reconnu par la théolog-ie juive au temps de s. Paul? Le R. P. Prat semble le croire (I, 306); d'autres le nient. Peut-être n'est-ce qu'une question de définition, aussi importet-il de préciser.
Dans son traité du péché originel, Hurter [Theologiae dogmaticae compendium, l, 289 ss.) établit d'abord une thèse très générale : Adam, en transgressant la loi qui lui avait été posée, n'a pas nui seulement à lui-même, mais à toute sa postérité. Cette thèse se trouve très clairement, comme on le verra, dans les Apocalypses d'Esdras et de Baruch ; mais ce n'est point encore le péché originel. Parmi les dommages causés par Adam, il y a certainement la mort, mais cette mort est-elle la peine, pour chacun, d'un péché qui s'attache à lui?
La deuxième thèse résout la question : Le tort causé au genre humain par le péché d'Adam consiste en cela qu'il leur transmet non seulement la mort et les peines du corps, qu'il a encourues, mais encore le péché ; car tous naissent affectés par le péché.
Cette thèse est bien celle de s. Paul, mais on ne la trouve expressément ni dans l'Ecriture de l'Ancien Testament, ni dans la théologie juive ancienne, ni dans la littérature juive qui commence à la Michna.
Le péché originel n'est pas enseigné clairement dans l'A. T. On a cité souvent Job, xiv, 4 : Quis potest facere mundum de immundo conceptum semi/ieP Nonne tu, qui solus es? mais l'hébreu dit seulement : « Qui peut tirer le pur de l'impur? Personne. » Le grec suppose le même texte, glosé par une réflexion : « Qui sera pur, venant de l'impureté? Mais personne, quand il n'aurait vécu qu'un jour sur la terre. » On cite encore Ps. l, 7 : ecce enim in iniquiiatibus conceptus sum, et in peccatis concepit me mater mea. Ce texte est plus signifîca:tif. Le psalmiste a conscience d'appartenir à une génération pécheresse. Pécheur, il descend de pécheurs. Mais son intention n'est pas de regarder comme coupable l'union de ses parents, et si l'on ne presse pas sur ce point le sens littéral, il ne reste rien de clair sur l'origine de cette déchéance.
On peut donc dire tout au plus de ces textes avec Hurter qu'ils sont une allusion au dogme du péché originel surtout quand on les lit à la lumière de la doctrine du N. T. et de la tradition {TheoL dogmaticae compendium, II, p. 292); et Hurter ne s'en sert pas comme d'arguments théologiques rigoureux. Ce qui surtout en diminue la portée, s'il s'agit de l'enseignement courant du judaïsme, c'est qu'on ne trouve rien de semblable quand il est question de la faute d'Adam. Le Siracide dit seulement : « De la femme vient le commencement du péché^ c'est à cause d'elle que nous mourons tous » (Eccli. xxv, 24), et la