ÈPITRE AUX ROMAINS, LE PÉCHÉ ORIGINEL
comme le péché de l'humanité, et, en hébreu, l'assimilation est toute naturelle. La théologie juive se rapproche naturellement de la théologie chrétienne lorsqu'elle considère Adam comme le chef de l'humanité, et lorsqu'elle touche aux effets salutaires de la circoncision. Cependant elle n'a.jamais affirmé ni enseigné que le péché d'Adam ait été transmis comme péché à sa postérité. Tout ce qu'on a cité du mauvais penchant ne prouve pas l'existence dans chaque âme du péché d'origine, puisque Adam, même avant son péché, avait en lui ce mauvais penchant. Tout homme est placé entre un bon et un mauvais penchant ; il choisit librement.
Mais quoi qu'il en soit de la théologie rabbinique, on doit constater que la théologie juive du i" siècle contenait ce principe : Du fait d'Adam le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort. L'homme était donc dépourvu des privilèges dont avait joui Adam; cependant on n'avait pas déterminé — du moins à notre connaissance — si la perte de ces privilèges avait la nature d'un péché.
Pour l'affirmer, il fallait avoir une idée nette de ces privilèges, qui consistaient essentiellement dans l'amitié de Dieu, et savoir que Dieu avait résolu d'en investir tous les hommes, de telle façon que l'absence de sa grâce fût dans les fils d'Adam une véritable privation. Il fallait de plus concevoir Adam comme le chef responsable de l'humanité, constitué par Dieu dépositaire des biens surnaturels, de telle sorte que sa faute soit la faute de tous. Or ces notions de grâce, de vie divine, de Providence surnaturelle sur tous les hommes, ne furent bien connues qu'à la lumière de la Rédemption. C'est en opposition avec le Christ, source de la grâce, qu'Adam fut mieux compris comme source du péché; c'est parce que le salut de tous les hommes dépendait de la grâce du Rédempteur, que la situation des enfants morts sans baptême apparut plus lamentable.
La doctrine complète du péché originel est donc une doctrine chrétienne, que l'Ancien Testament ne pouvait que suggérer dans un sens large.
Était-elle commune dans l'Église primitive avant l'intervention de s. Paul? On peut en douter, et en tout cas il n'y en a pas de trace ailleurs que chez l'apôtre. La révélation n'a été close qu'avec le N. T. ; Paul a pu être chargé d'éclairer sur ce point les fidèles. Ce qui pourrait le suggérer, c'est qu'après avoir énoncé le fait, il en fournit la preuve par un véritable raisonnement (v, 13, 14), ce qu'il ne fait pas pour les grandes lignes de la foi chrétienne, connues de tous. Peutêtre aussi pourrait-on distinguer, et attribuer en propre à Paul seulement la formule explicite qui rattache le péché, dont tous les hommes sont infectés, à Adam, en tant que type, par contraste, du Christ Sauveur.