‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 70 sur 110 · La loi de l'esprit · texte numérisé non relu

La loi de l'esprit

1) Quelques mss. et Vg. ajoutent : [j,i) xara ff«px« jjgptjtaTouffiv, et le texte reçu a encore en plus : aXXa xara 7tveu[A«, La leçon courte des critiques [WH., Tisch., Nestlé, Soden) n'est guère appuyée que sur des autorités égyptiennes, mais elle se recommande par son admirable concision; d'autant que lo reste paraît emprunté au v. 4.

oî>8év est très général : « il n'y a plus aucune raison ». Xpa indique toujours une conclusion. Mais cette conclusion ne peut se rattacher à 25*, qui est plutôt la conclusion de la situation fâcheuse (vn, 13-24), ni même à 25» (trop éloigné), à moins qu'on ne se décide à placer ailleurs 25''. Môme dans ce cas, une simple exclamation serait mal faite pour servir de base à une conclusion aussi positive. Il faut donc regarder ce début comme la conclusion de ionl ce qui précède, depuis le chap. vi, et qui montrait le péché vaincu, ainsi quo

en le Christ Jésus t'a délivré de la loi du péché et de la

la mort, par l'union au Christ : la Loi elle-même avait été abolie par sa mort (vu, 6). C'est à ce point que se rattache viii, 1, comme base doctrinale; ce qui suivait (vit, 7-24) ne fait que résoudre une objection; cependant les traits de cette situation ne seront pas oubliés, de sorte qu'en somme 5p« s'entend de tout ce qui précède {Corn.).

— xaTixpijjia signifie condamnation, non peine infligée (contre Corn.}. Il s'agit de la condamnation menaçant ceux qui n'observaient pas la Loi. Elle tombe avec la Loi elle-même. Corn, objecte le Concile de Trente, alléguant ce passage pour prouver que rien n'empêche les baptisés d'entrer au ciel. Mais le Concile ne cite ce texte que pour prouver la rémission complète par le baptême de tout ce qui est péché, et, après avoir cité plusieurs autres textes, il conclut : ita ut nihil prorsus eos ab ingressu coeli remoretur. Et c'est bien ainsi qu'on doit entendre la pensée de Paul, qui s'exprime d'une façon absolue, sans qu'on soit obligé pour cela de changer le sens de xaTdcxpt[xa, qui peut s'entendre ; damnatio et quantum ad culpam et quantum ad poenam [Thom.].

— Toîç sv Xptatû 'ÏYiffoC (cf. VII, 12. 23). L'expression, d'un raccourci admirable, désigne ceux qui ont été baptisés dans le Christ (vi, 3), qui vivent en lui (vi, 11. 23). Ils sont désormais (vî3v) bien en lui, et le moment est venu de parler de cette vie de l'esprit.

Dans la Vg. on pourrait omettre qui non secundum carnem ambulant avec Orig.-int. et Aug. pour se conformer au texte grec critique.

2) Soden est revenu à la leçon (as du texte reçu et de Vg. au lieu de ae, après ^Xauôiptoasv. Elle est plus coulante, à cause de kydi du ch. précédent, mais par cela même un peu suspecte, et, si elle est plus appuyée par des Pères, elle l'est moins par les mss. On garde ae avec WH., Tisch., Weiss.

Ce verset prouve le précédent. En effet, ceux qui sont dans le Christ Jésus agissent d'après l'esprit qui les a délivrés de la loi du péché. Nous supposons avec Thom., Lips., Ktihl, que èv Xpiatto 'I. se rapporte à la « vie •>•> (non à ^X«u9ipa)a8v), car c'est le mot pi*incipal du v. 1 que démontre le v. 2; il doit donc se retrouver dans l'argumentation du v. 2, au lieu d'être un simple incident de la libération ; désormais les fidèles demeurent dans le Christ. Outre que l'expression « délivrer » iv Xp. est moins naturelle que Ç«r) Iv Xp. (vi, 23).

Paul a opposé la loi du péché et la loi de la raison. Cette dernière était impuissante à vaincre la première sous le régime de la Loi. Le résultat menaçant était la condamnation. Maintenant tout est changé. Il n'est plus question de la loi de la raison, mais de la loi de l'esprit. En effet on ne peut prendre v6[jloî dans le sens de loi positive, la loi de la foi [Ambrst.) opposée à celle de Moïse. Ce ne peut être que la loi de l'Esprit-Saint, ou comme tel, ou comme communiqué à l'homme (la grâce). Thomas propose les deux sens; le premier [CIu^s. etc.) est préféré par Cornely. L'Esprit-Saint est esprit de vie (génitif d'apposition ou d'explication); il est vie et il vivifie. C'est le système des protestants. Mais ceux qui interprètent « la vie dans le Christ » et non « nous a délivrés dans le Christ » ne sont point en cela très censé-

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mort. 3 Car ce qui était impossible à la loi, parce qu'elle était sans force à cause de la chair, Dieu, ayant envoyé son Fils dans une chair semblable à celle du péché et au sujet du

quents, car l'esprit de la vie dans le Christ n'est pas l'Esprit- Saint, mais l'esprit que nous tenons de notre union au Christ. De toute façon il paraît plus naturel de reconnaître ici cet esprit communiqué. L'opposition est avec la loi du péché qui était en nous, c'est-à-dire dans la chair, et en partie avec la loi de la raison (vu, 28 ; cf. v. 25) qui était aussi en nous. Par la vie dans le Christ, la loi de l'esprit a remplacé ou plutôt fortifié la loi de la raison. Il ne s'agit pas de la rémission des péchés, qui est supposée, non exprimée, mais d'une délivrance concomitante qui a été opérée aussi par l'acte du baptême (^Xeue^pwoev, aor.), et qui porte sur la loi du péché. Cornely concédera au v. 9 que h 7:vE\5(jL«Tt a trait à la grâce, en opposition avec la chair. Or cette opposition commence dès le v. 4, où xatâc nveîJtJia s'entendra donc aussi de la grâce. Dès lors c'est la situation créée au v. 2 et le même jcv6S(jt«. Quand l'Esprit-Saint paraît, au v. 9, il est nommé l'Esprit de Dieu. Thomas {2° loco) : Âlio modo lex spiritus potest dici proprius effectus Splritus sancd, scilicet fldes per dilectîànem operans.

Cette façon d'entendre spiritus est conforme à l'orthographe de la Vg.-Clém. qui ne met de majuscule qu'à partir du v. 9.

Paul a voulu reprendre la situation où elle était au chap. vu, et la transformer en suivant le parallélisme des « lois ». Rien de plus hardi que de joindre la Loi, tout à l'heure vieille lettre opposée à l'esprit (\ii, 6), et l'esprit lui-même. L'esprit est communiqué d'une manière stable, il est désormais comme une respiration, une chose régulière, une loi. Le moi, au lieu d'être impuissant, est délivré de la loi du péché et de la mort. Nous ne prétendons pas que le chrétien soit délivré de la concupiscence ; ce serait trop contraire à la foi et à l'expérience, et Paul n'a pu tomber dans cette illusion. Mais il faut donc constater que « la loi du péché » n'était pas la concupiscence. Cette dernière était seulement « l'autre loi » (vu, 23) qui s'opposait à la raison. La loi du péché c'était la doriiination, le régime du péché. Nous en sommes délivrés par la loi ou le régime de l'esprit, la vie spirituelle. Nous sommes avant tout délivrés du péché lui-même par le baptême ; mais la rémission du péché est plutôt rattachée à la justification. Maintenant il s'agit de l'état de vie. Aussi est-on en même temps délivré de la mort, en tant que la mort temporelle serait en même temps la mort éternelle.

Dans la Vg., le changement de me en te est subordonné à l'acceptation de la leçon que nous avons préférée; il ne s'impose donc pas.

3) Le V. 2 disait comment les chrétiens unis au Christ sont délivrés de la loi du péché; le v. 8 va plus au fond et dit comment Dieu a condamné le péché par l'Incarnation de son Fils. L'explication du détail est fort difficile. — TÔ à8\5vai:ov toîî vdpu, si l'on prend le sens actif et le génitif dans son sens normal, signifie « l'impuissance, l'infirmité de la loi ». Tertullien : quod invalidum erat legis {De res. carn. 46); cf. Act. xiv, 8; Rom. xv, 1 et Épître à Diognète ix, 6 xo <J5uv«tov 1% -^[AST^paç ougeuç eîç tô T:{iim Çw^, « l'incapacité de

notre nature d'atteindre la vie » (cité par Corn., mais en faveur de la seconde opinion).

Mais «JWvaxov peut aussi signifier au sens passif : ce qu'il est impossible de faire, et c'est même son sens normal dans l'A. T. Dans ce cas tÇ vd(it}) sérail plus naturel que tou vo[xow. Cependant Paul a écrit xo BuvaTbv aù-uoîS (ix, 22), et. Xénophon : àno toï t;% TucJXatog Buvatoîî [Hellen. I, iv, 6 cité par Corn.), « ce qui était possible à la ville ». Le contexte exige ce second sens, car il est certain que la phrase demeure suspendue après aapxdç. On ne peut en effet la considérer comme un accusatif dépendant d'un verbe qui n'existe pas. C'est donc ou un nominatif ou un accusatif absolu, mais en tout cas un point en vedette au début de la phrase. Pour que l'anacoluthe ne soit pas trop dure on dira donc : « ce que la Loi ne pouvait pas faire. Dieu l'a fait, à savoir il a condamné », plutôt que : « l'impuissance de la Loi, Dieu y a remédié, car il a condamné », qui est beaucoup moins naturel, toîj v6i^.ou sera donc un gén. de capacité, èv S, si l'on prend àSiivatov au sens actif, devra nécessairement se traduire « ce en quoi », in quo [Vg.], indiquant quel est le point faible de la Loi ; elle est impuissante en ce qu'elle est affaiblie par la chair. La même traduction est possible si l'on prend àBûvarov dans le sens passif; mais dans ce cas h S est plus naturel dans le sens de èv toiîto) Sti, comme l<p' «S, v, 12 (cf. I Cor. IV, 4, èv toiSto) « pour autant »), donc quia ou tout au moins quaîenus. Toujours soucieux de ne pas condamner la Loi en elle-même, Paul reprend d'un mot ce qu'il a déjà expliqué (vu, 14 ss.).

— 6 6krf{, c'est Dieu qui paraît comme auteur principal ; ce serait un indice que Paul pense plutôt à l'Incarnation qu'à l'action du Christ incarné.

— Tt^p-ij/aç peut se prendre soit comme un part, modal, sans notation de temps : « Dieu a condamné... en envoyant » (cf. Act, i, 24 Y,oà TrpoasuÇafxEvoi tlzav); soit comme un part, au sens d'aoriste : « ayant envoyé d'abord... il condamna ». Le choix dépendra du sens de •/caTÉxpivEv.

— èv ôfAoït&fjiaTt. Le datif avec h indique normalement en grec que le Fils est envoyé étant déjà dans la ressemblance de la chair. Mais dans le N. T., Iv est quelquefois pour tt$, par ex. Le. ix, 46; Jo, v, 4; Act. xi, 11. Cf. Blass-Debrunner (§ 218) pour des exemples dans la koinè. Et ce point aussi dépend du sens de xaxtxpivsv.

— La pensée exprimée par « la ressemblance de la chair de péché » est aujourd'hui comprise de la même façon par les exégètes {Corn, et les catholiques, mais aussi Lips., Weiss, SH., Zahn, Kûhl, et presque Jûlicher). Il s'agit du Fils de Dieu au sens propre et métaphysique, nullement d'un fils adoptif. Le mot « ressemblance » ne jette aucun doute sur la réalité de la nature humaine de Jésus dont personne ne doutait alors, du moins parmi les chrétiens. Paul voulait dire que le Fils avait pris notre chair; mais notre chair était, depuis Adam, une chair dominée par le péché. C'est sur ce point que le Christ ne pouvait nous ressembler (II Cor. v, 21). La ressemblance de la chair de péché est donc notre chair, mais sans le péché.

— xa'i 7tep\ à[jLapT(aç est rattaché à ce qui précède. Cornely réfute les anciens qui l'ont lié à xaxixptvsv. Ces. mots ne sont pas superflus (contre Jûliclier, qui admet une glose, d'après Gai. i, 4) ; ils indiquent que la mission était relative au péché, et par conséquent avait pour but de le vaincre.

iPITRE AUX ROMAINS. 13

— xaTlxpivEV est le mot difTicile. Comme sens, on peut concéder à Gornely qu'il sig-nifie une condamnation accompagnée de certains effets; par le fait même qu'on est condamné, on est souvent déchu de tels ou tels droits; mais c'est plutôt par voie de conséquence, qu'en interprétant xaxaxpfvetv de l'exécution de la peine. Le péché est condamné, son domaine sur la chair est atteint. Mais à quel moment Dieu a-t-il porté la sentence, et pourquoi? Plusieurs [Lips., SH. etc.) l'entendent de la mort du Christ, véritable cause de la destruction du péché (vi, 6-11). Dans ce cas, comme miiv.^v^i doit se rapporter à un moment précis, on devrait traduire le tout : ayant envoyé à la passion son Fils qui était dans la chair, Dieu a condamné... au moment de sa mort. Mais si le principe théologique de la rédemption par la mort du Christ est certain, il faut avouer que Paul n'y fait ici aucune allusion directe. Il ne s'agit plus de la justification, mais de la vie du chrétien, délivré de la loi du péché. Ne pouvait-on donner comme preuve de cette délivrance l'Incarnation elle-même [Zahn, Kûhl)? En envoyant son Fils dans la chair, par le fait même. Dieu a condamné le péché. Il était condamné en droit, car Dieu savait déjà tout ce que le Christ ferait pour le vaincre, et déjà il était vaincu en fait, parce que Jésus prenait une chair sans péché. Il est difficile de penser que r.ip\ à[xapTtaç désigne toute espèce de péché, et tïjv «[xapriav seulement le péché originel. Ce doit être la même entité personnifiée qui est toujours en scène, qui a établi son règne par la chute d'Adam; èv r^ aap/.i doit être la chair du Christ, comme premier objet de la victoire qui de là se répand sur les autres ; cependant, à défaut de aùroî», on peut y voir la chair en général, la nôtre [Thom.). Ainsi l'Incarnation, par elle-même, et parce qu'elle était destinée à vaincre le péché, et parce qu'elle était une présence du Fils de Dieu dans la chair, sans le péché qui dominait partout ailleurs cette chair, était déjà la preuve que Dieu avait condamné le péché.

On interprète donc iv ô[Aotc&[jLan oapxdç comme s'il y avait eîç ô(j.o{co(jia. Et de fait on ne s'explique guère que Dieu envoie son Fils déjà dans la chair. Quand l'en verrait-il? au moment de son ministère public? au moment où il est allé à la mort? Mais nous avons déjà dit qu'il n'en est pas question. Tout est naturel si Dieu l'envoie pour s'unir à la nature humaine. L'emploi de h s'explique soit parce qu'il devait demeurer dans la chair, soit pai'ce que ce tei'me s'imposait avec b^xo'm^a : être envoyé eîç aapy.dt eût pu se dire, mais non £Îç ôp.o(top.a, parce que la ressemblance est comme une apparence extérieure dans laquelle on est.

En somme, le verset dit : primo necessitatem incarnationis, secundo modum incarnationis ... tertio incarnationis fructum [Thom.).

Il est donc inutile d'expliquer comment le péché, ayant abusé de ses droits en faisant mettre Jésus à morlj, a été justement condamné, ou comment la mort qui, pour les autres hommes, est la peine du péché, a été, dans le cas du Christ innocent, la mort du péché lui-même. Ces considérations sont étrangères à notre passage.

Ce n'est pas une raison d'ailleurs d'exclure la mort du Christ de la perspective de Paul, et peut-être regardait-il la défaite incontestable du péché dans l'Incarnation comme un fruit anticipé de la mort du Christ, qui devait mettre le sceau à tout. C'est dans un sens analogue que l'Immaculée Concep-

péché, a condamné le péché dans la chair, * afin que la justice de la loi fût accomplie en nous, qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l'esprit. ^ Car ceux qui sont selon la chair tendent aux choses de la chair, et ceux qui sont selon l'esprit, aux

tion de Marie était une victoire sur le péché, victoire préservatrice qui découlait par avance de la Rédemption.

Gornely entend par âv ô[xoi(j!)[xaTt que le Christ est envoyé étant déjà dans la chair. C'est donc lui qui par sa vie sainte a condamné le péché; l'Apôtre pensait aussi à la mort du Christ.

Tandis que, d'après nous, c'est Dieu qui en exécutant le décret de l'Incarnation avec toutes ses conséquences au sujet du péché, condamnait le péché. Et cela paraît plus près du texte.

Le texte de la Vg. suppose les interprétations que nous avons suivies : impossibile erat legi prend (iôuvatov au sens passif et met legi au datif pour plus de clarté; in quo doit, signifier quia, ou quatenus, qui serait plus clair; mittens est le participe modal; in siinilitudinem l'end Iv 6[jLotci)(i.aTt en lui donnant le sens du mouvement. Corneiy propose naturellement d'écrire in similitudine. La leçon de WW. quod impossibile erat legis avec l'apparence d'une traduction littérale est, pour le sens, une cote mal taillée; impossibile indique le sens passif, mais legis suppose le sens actif. Il faut choisir entre invaliduvi legis et impossibile legi.

4) To 8ixa(a)[xa est l'ensemble des commandements de la Loi; cf. n, 26 (Lips., Corn., SU., Jûl., Kûhl, etc.). Il s'agit naturellement de la loi morale, la seule en question dans la lutte de la chair contre la raison. On voit comment Paul rejoint ici la pensée des Pèreâ à partir de Justin, que la Loi n'est pas abrogée dans ses exigences morales. Le bienfait du christianisme est de donner ia force d'y satisfaire. Le passif JtXriptoO^ indique l'action de Dieu; on pourrait croire qu'elle s'opère en nous sans nous (âv ïnj.tv), si Paul n'avait soin d'ajouter Totç ... jîepiTiarouCTiv, marquant plutôt le fait de notre collaboration [Corn., Kûhl) qu'une condition requise pour que les commandements soient remplis [Lips.). TiveufjLK, opposé à crdpÇ, ne peut signifier que le principe spirituel de nos actions, la grâce, et non l'Esprit-Saint (contre Corn.).

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