Les gémissemeïnts di- l'Espiut
23) 'i^u.iXq a été placé soit au début : àXXà -/.al T\]xziç, aùxot Vg., soit après 'é-/ovT6ç, soit après à'/^ovtsç y.a.l. soit omis. Cela n'importe que si on tirait de la première leçon le sens de Zahn : « mais nous aussi, ayant reçu en nous-mêmes les prémices de l'Esprit-Saint, nous gémissons ». Mais ce sens est exclu par le rythme d'opposition avec ce qui précède : au gémissement de la créature en dehors de nous, se joint celui que nous éprouvons en nous-mêmes. Le sens de Zahn exclu, la leçon qui le permet, sans l'exiger, pourrait être préférée comme plus facile, mais outre que ce n'est pas une garantie, elle est trop restreinte aux Latins pour être admise. Entre les autres on peut choisir sans changement sensible de sens. rjjjLstç après 'éyovTE? paraît le plus appuyé (6'oden, Nestlé). Il faut d'ailleurs éliminer toute insistance sur ^etç comme si Paul faisait des apôtres, dont il était, une catégorie distincte des fidèles (avec Corn, contre certains anciens). — aù-cot... lymxze, non pas « quoique nous ayons », mais simplement « nous qui avons », puisque l'Esprit est plutôt une raison de gémir, en nous unissant à lui. — àTtapx^rjv, non pas une première communication de l'Esprit, en attendant une autre plus abondante, mais l'Esprit qui est un gage du don de la gloire, selon le concept de II Cor. V, 5.
— utoOeata serait en contradiction avec v. 15, s'il ne signifiait ici la plénitude de l'adoption, l'adoption par Dieu s'étendant jusqu'à notre corps. La délivrance du corps ne s'entend pas de l'âme délivrée du corps, mais du corps délivré de ses éléments charnels au sens paulinien, ut sicut spiritus noster redeviptus est a peccato, ïta corpus noslrum redimatur a corruplione et morte [T/iom.).
La Vg. a ajouté illa (la créature) pour la clarté, mais sans raison sufïi-saute. Dei est à retrancher (WW.). Si l'on voulait conformer le latin au texte qui nous paraît le plus sûr, on aurait : sed et ipsi primitias^.. nos et ipsi in nobis ipsis geinimus...
24 et 25) Les variantes n'ont pas d'importance pour le sens. On choisira entre 8 yàp pjKzi, xt'î D-SCv.; la plus élégante, mais appuyée seulement par B,
ÉPITIUÎ AUX UOMAINS, VIII, 26. 21.1.
patience. ^^De môme aussi l'Esprit vient en aide à noire faiblesse. En effet nous ne savons comment demander pour prier comme il faudrait, mais IMIsprit lui-môme intercède souverainement par des
et la leçon la plus chargée, o yàp p^émi iiç, xf -ml klrd'Cti; iSoden ; Nefdle om. xat).
Le datif -rj IXjrfôt n'est pas instrumental, car nous n'avons pas été sauvés par l'espérance, mais, dans la doctrine de Paul, par la foi. Il n'est pas non plus un datif commocU, « en vue de l'espérance », c'est-à-dire en vue de la chose espérée, ce qui serait peu naturel. C'est plutôt un dalif modal, comme hù IXTrfSi, « en espérance » ; c'est-à-dire que nous savons très bien que notre salut ne sera complet que plus tard. C'est une loi de la foi que nous avons acceptée. Dès lora nous n'avons qu'à attendre avec patience. C'est ainsi que l'idée se termine au v. 25. Cependant Paul explique auparavant qu'ayant Maccepté cette condition de l'espérance, nous ne pouvions avoir la prétention do A^oir. Car la chose espérée (jXtui'ç), si on la voit déjà, on n'a plus à l'espérer. Loin donc que notre situation présente nous décourage, nous attendons, et les désirs que nous éprouvons nous sont une certitude que notre espoir ne sera pas confondu.
On voit que l'interpi'i talion par le dalif commodl donnerait plus rigoureusement toujours le même sens à èXîîfç, mais, en revenant à l'espérance subjective, iX-î'CoiJsv, Paul nous autorise à la prendre aussi pour point de départ. C'est parce que nous espérons que les biens futurs peuvent être qualifiés èXjtt'ç.
26) waajTwç, comme la créature et comme nous-mêmes- Le rapprochement se fait sur l'idée des gémissements, quoique le parallélisme, et avec raison, lie soit pas exprimé trop strictement. Ce n'est pas tout à fait un troisième personnage qui entre en scène; l'Esprit est en nous et nous aide.
— TÔ 7tV£U[Aa d'après le contexte est évidemment F Esprit-Saint, distinct de nous, qui habite en nous. Si quelques Pères l'ont méconnu, c'est que les adversaires de la divinité du S. -Esprit avaient abusé de ce passage où il prie <i, intercède. C'est pput-ôtre pour mieux résoudre celte objection assez vaine (|ue quelques mss. ont ajouté ûrà^ rjjxôiv (Vg. pro nobis) après G-epevTuy/^âvei.
— àv-tXajj.6dv£a0at signifie soutenir, venir au secours et guv indique encore mieux la collaboration. En quoi consiste notre faiblesse? Quelques anciens l'ont reconnue en deux points : on ne sait que demander, ni comment demander; cf. Orig. De orat. II, 1 Trepl tou Ttva Tpdîrov EÙ'yEaOat Seï, /.ai tfva £7:\ xr;? ;•>/% Xéyeiv Trpbç Os6v, mais Zahn note bien que ce serait : -b xf xal tiûç npoasu- ?(jL)fi.£Oa. D'autres ne voient qu'un point : nous ne savons pas ce que nous devons demander ^( Corn.). Mais, d'après ce qui précède, nous savons très bien que nous devons demander l'adoption; et en fait nous l'attendons en gémissant. Il n'est point ici question de ces chrétiens qui demandent ce qui leur serait nuisible. Pour éviter toute difficulté, on a joint -/.aGb Seî à oix ol'oa(j.£v : « nous ne savons pas, dans la mesure où nous devrions le savoir, ce que nous devons demander » [Zahn, Kûhl), mais c'est peu naturel et trop subtil. Donc le sens est plutôt : « nous ne savons comment demander ».
TÔ gouverne toute la phrase (cF. xni, 9; Gai. v, 14; Eph. iv, 9; I Thess. iv,
212 ÉPITllE AUX IlOiMAINS, VIII, 27.
gémissements ineffables, ^^et celui qui sonde les cœurs sait quels sont les vœux do l'Esprit, qu'il intercède pour les saints ^eion Dieu.
1) et TÎ sigaific pkitôt la manière de prier que l'objet de la demande (Sff.). II s'agit d'une prière impuissante (r7) àaOcveta), et qui senti son impuissance sans ignorer le but, prière qui est déjà celle du chrétien conscient de sa fin, comme l'exige le contexte. Mais que dire à Dieu pour toucher son cœur, comment l'aborder, dans quelles dispositions? Jésus l'avait enseigné par le Pater, qui est la prière officielle des fidèles, mais cela ne dissipe pas toujours l'angoisse de la prière mentale. Fatiguée de ses efTorts, mécontente de ce qu'elle trouve à dire, l'âme ne dit plus rien de précis et c'est l'Esprit qui prie en elle. — u;:epevTUYX,avet : comme èvTUYy^âvstv signifie déjà intercéder (pour quelqu'un), on peut se demander si Paul n'a pas ajouté uTiep pour marquer le surnaturel, une surintercession, plutôt qu'une intercession pour d'autres; on s'expliquerait ainsi que le mot ne se trouve pas ailleurs. Le résultat, ce sont des gémissements indicibles, (JXaXrîxotç, non pas muets, mais qui ne sauraient s'exprimer par des paroles et qui par conséquent ne correspondent pas à des idées claires de l'ordre naturel. On voit bien ici que l'intervention de l'Esprit a rapport au mode de la prière plutôt qu'à son objctJ S. Antoine disait : Non est perfecta oratio in qua se monachusi i>el hoc ipsum quod orat intelligit (Qkssvm, Collât. IX, 31, cité par Corn.). I/'action de l'Esprit- Saint dans l'âme fidèle répond à la parole de Jésus : « ce n'est pas vous qui parlez, c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous » (Mt. x, 20). S. Augustin a expliqué comment elle se concilie avec notre liberté : Sed dictum tst interpellât, quia interpellare nos facit noblsque interpellandi et gemendi inspirât a/fecium, etc. (ad Sixt. ep. CXGIV, n. 16). Mais ce serait aflàiblir le sens des paroles de l'Apôtre que de nier une véritable action de l'Esprit-Saint présent dans l'âme. Quoi de plus consolant et de plus propre à donner l'assurance du salut? On a- vu [Orig., Chrys.) et on voit encore [Zahn, Kûhl etc.) ici une allusion à la glossolalie (I Cor. xiv, 2-39). Mais il n'y à pas parité complète. Le don des langues a disparu de nos jours, tandis que l'Esprit mspire toujours la prière dont Paul parle aux Romainsi
Dans la Vg. il y aurait lieu d'effacer pro nohis qui ne répond à rien dans le grer.
27) Sonder les cœurs, formule de l'A. T. pour caractériser la science de Dieu (I Sam. xvi, 7; I Reg. viii, 39; Ps. vu, 10 etc. I^ips.) admirablement placée ici où il fallait deviner les soupirs d'un cœur impuissant à: traduire en l'ormules humaines ses désirs surnaturels. — oT^ev, Dieu « sait », répond à la situation, et il est tout à l'ait inutile d'y ajouter l'idée « et; approuve » [Kitlil). — To 9po'vr,ij.a un goût, une aspiration, des désirs qui ne sont même pas exjn'jraés d'une façon intilligible pour d'auti-es; ce sont ceux de l'ICsprit, en tant qu'ils sont inspirés par l'Esprit. L'union de l'Esprit-Salut à notre esprit est si intime, que Chrysostome a cru qu'il s'agissisit ici de l'esprit de l'hoiiime. C'est bien toujours i'Espril-Saint, dont l'action nous met en branle. — '6pourrait signifier « parce que «, mais seulenienl dans le cas où otoev soroii « approuva" )) ; autrement la piu'use n'aurait pas de sens, car Dieu saii, siuis
28 Or nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux:
que ce soit pour une cause quelconque. Donc Srt est simplement explicatif {Corn., Zahn etc.). — ■/■a.ih. Oeov, non pas « devant Dieu » (encore Lîetz.), ce qui ne serait pas grammatical, ni parce que l'Esprit s'exprime en Dieu, à la manière divine {Kil/il), ce qui n'ajouterait rien de précis, mais parc© qu'il demande ce qui est « selon Dieu » (cf. II Cor. vu, 9-11), conforme à ses desseins (Corn., Zahn etc.). C'est une preuve, non pas que le fidèle ignorait ce qu'il fallait demander [Corn.], mais simplement que ses soupirs inexprimables étaient bien en réalité dirigés vers l'accomplissement de la volonté de Dieu. La prière qui demande ce que Dieu veut est sûrement exaucée; elle est pour les saints, terme qui renferme déjà l'assurance du salut promis.
Cette fois la Vg. a rendu tô ç)pdvr)[j.a par quid desideret, aussi bon que quid sapiat [Aug. II, 393).