FAUTES, ENTRERA A SON TOUR DANS LA VOIE DU SALUT
L'Apôtre a achevé d'exposer sa conception de la vie chrétienne, née d'une justice nouvelle acceptée par la foi, animée par l'Esp rit-Saint, et qui doit être consommée dans la gloire. Et ce n'est point là pour lui une idée spéculative; il s'adresse à ses frèi'es, déjà purifiés du péché, destinés à être un jour groupés autour du Christ; il a entonné pour tous un chant de victoire. Alors son regard se porte vers un autre peuple, celui qui fut jadis le peuple des enfants de Dieu. C'est à lui que le salut avait été promis et il l'a inauguré en donnant le Christ à la terre (ix, 1-5). Pourquoi est-il, en grande majorité, réfractaire au salut? Grave question qui n'a pas cessé d'être angoissante! Paul l'aborde sous son double aspect, dans les desseins de Dieu (ix, 6-29) et selon les contingences humaines où s'est développée la responsabilité des Juifs (ix, 30-x, 21). Il annonce cependant que cette déchéance n'est que temporaire et qu'à la fin les Juifs se convertiront (xi, 1-32). Quel sujet de glorifier la sagesse de Dieu (xi, 33-36) !
IX, 1-5. Douleur profonde de l'Apôtre au sujet des Juifs.
Point de liaison extérieure avec ce qui précède. Les poètes de nos jours écriraient : Silence.,
Aux sonorités triomphales du chap. viii succèdent sans transition les accents d'une profonde tristesse. Pour quelle cause? Paul ne l'indique même pas, mais, puisqu'il s'agit des Juifs, dont l'hostilité au christianisme était notoire, chacun comprenait aisément que Paul déplorait leur infidélité. S'il a ainsi ouvert son âme aux Romains, c'est pour qu'ils sachent bien quel cas il faisait de son peuple et des prérogatives dont Dieu l'avait entouré. Ce n'est point par légèreté et ensuite par entêtement qu'il a rompu avec un passé qu'il aimait, mais par conviction. C'est ainsi que Newman etManning ont pu faire un retour mélancolique et attendri sur le temps qu'ils avaient passé dans l'Église anglicane, car on savait assez leur, joie d'appartenir à l'Église catholique.
1) La môme affirmation, sous une double forme, dans I Tim. ii, 7 àXr^Oc'.av X^Y^) û''^ irJooaai. L'ancienne attestation solennelle consistait à prendre Dicii à témoin, à cause de son omniprésence; elle paraît encore II Cor. i, 23; XI, 31; Gai. u, 20. Mais ici Paul s'unit au Christ, qui est plus qu'un témoin intérieur, an priDcipe de vérité; cf. II Cor. ii, 17; xii, 19, C'est de cette
épitre; aux romains, ix, 2-3. 225
oience rend témoignage avec moi dans l'Esprit-Saint, 2 que j'ai une grande tristesse et une douleur incessante au cœur. 3 Car je souhaiterais être moi-même anathème du Christ, pour mes frères, pour mes
manière qu'il affirme ce qui ge passe en lui. En même temps, sa conscience, qui est avec l'Esprit-Saint dans les mêmes rapports d'union que lui-môme avec le Christ, rend, témoignage. Ce n© sont point trois témoins {Chrys., Jér. etc.), mais une affirmation confirmée par un témoignage; le co-témoignage (auiifiapiupoiSariç) s'explique parce que l'affirmation est déjà un témoignage rendu à la vérité. Les hommes disent ordinairement : je parle en conscience. Paul a voulu ajouter qu'il agissait en union avec le Christ, conformément à une conscience dont l'Esprit-Saint était le principe intérieur.
2) Sti se rapporte à Xi^t» plutôt qu'à où i{/ei58o(ji,ai qui est une parenthèse, ou qu'à ou[jLjj.apT;upoiSa7iç qui se rapporte aussi à Xlyw- — Xiinï) douleur de l'âme ; Ô8i5vr) douleur en général, plus souvent du corps que de l'âme : avec -rfî xap8(a c'est une émotion qui n'est pas sans une angoisse physique. Paul est surtout en proie à une douleur spirituelle en voyant les Juifs s'écarter de leur salut ; d'ailleurs aucun peuple n'a eu davantage le sentiment du deuil national; aujourd'hui encore, à Jérusalem, les pleurs des Juifs chaque vendredi soir; la ruine du temple est aussi pour toute la nation «tStdlXstTrroç ôôiiv?].
3) 7)&x<5[*iv serait mieux rendu par optarem que par opiabam. Dans le grec classique il eût fallu ajouter «v pour donner à l'imparfait le sens de l'optatif, mais cela n'est pas nécessaire dans la kainè; cf. Gai. iv, 26, et il est assez clair ici que le sens n'est pas : « J'ai fait décidément une prière » mais « je souhaiterais », à savoir : si cela était possible, ou si ce souhait était à faire. Lequel des deux? et que signifie àv46E(j.a eTvai ino xoti Xpia-rou.' D'après Corn, c'est être séparé du Christ extérieurement, c'est-à-dire être condamné aux tourments éternels, 'sans cesser d'être uni au Christ par la grâce. Mais Paul n'avance rien qui suggère cette distinction, d'autant qu'il ne s'agit pas du futur, Y^veaOai, m'àis du présent, ïIvki. Les Juifs sont séparés' du Christ; l'Apôtre volontiers sacrifierait son salut au leur, accepterait d'être sépaié du Christ pour qu''ils ne le fussent pas. Mais cela ne veut pas dire qu'il accepterait nettement cette situation si Dieu lui laissait le choix. Il sait très bien que l'hypothèse n'est pas sérieuse. Tout ce qu'il veut dire, c'est qu'il se compte pour moins que son peuple,, qu'il se sacrifierait volontiers pour lui; donc : « je souhaiterais, si on pouvait former un pareil vœu ». Ce ne serait donc pas un désir saltem ineffîcax et hypotheticum rei intrinsece malae (contre Corn.); ou plutôt c'est un langage de sentiment qu'on ne doit point juger d'api'ès la pure logique. Paul s'inspirait probablement de Moïse (Ex. xxxii, 32). — àvc{6ïpL«, hellénistique, au lieu de àvà6rui« (attique), dans le sens d'objet consacré. Chez les Hébreux, la consécration livrait l'objet à Dieu, soit pour lui être offert, s'il en était digne, soit pour être détruit. Qin qui exprimait la consécration de destruction a été rendu par «vies^ta, Lev. xxvfi, 28-29 ; Dt. vu, 26; Jos. VI, 17; de même dans le N. T. (Gai. i, a-9; I Cor. xvi, 22), le mot indique une violente réprobation, sans aucune nuance de séparation seu-
parents selon la chair, * eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l'adoption, et la gloire, et lest alliances, et la législation et le culte, et les promesses, *à qui appartiennent les patriarches, et de qui est issu le Christ, pour ce qui est de la chair, lequel est, audessus de toutes choses, Dieu béni dans les siècles, amen.
lement temporaire comme ce peut être le cas dans l'excommunication. D'ailleurs le mot àvdt6e[ji.a a été trouvé dans le grec hellénistique païen av. J.-G. dans le sens de malédiction {Moulton et Milligan).
Tfflv ooyYivœv (iôu explique qtiels sont lés frères; ce sont ceux qui lui sont unis selon la chair (il était inutile de répéter xCjv devant xaià ofdpxa) ; cf. iv, 1 ; sans préjudice de la fraternité qui lie l'Apôtre aux Romains chrétiens selon 4'esprit.
Si on lisait dans Vg. optarem au lieu de optabam, le souhait paraîtrait moins positif et la difficulté théologique disparaîtrait.
4) Se sacrifier pour les Juifs, c'était aussi en quelque sorte continuer le plan divin qui leur avait attribué tant de prérogatives, o?tiv6î, quippe qui, « eux qui ». — 'Iapaï)XsïT«t, titre d'honneur. Il n'y avait plus politiquement que des 'lôuèaïoi, mais qui espéraient toujours la restauration d'Isi^aël; c'était un nom donné par Dieu à Jacob (Gen. xxxii, 29), gage de bénédiction pour sejs descendants; cf. Eph. iij 12 et Ps. Sal. xiv, 3 : 8ii ^ [Asplç xal ^ xXr)povop.ia tou ©20U lativ ô 'IspaïjX; le Messie devait être le roi d'Israël (Ps. Sal. xvii, 23. 47).
î) uto0îo(«, donc eux étaient déjà fils de Dieu par adoption avant les chrétiens; Ex. IV, 22; Dt. xiv, 1; cf. La paternité de Dieu dans VA. T., dans RB. 1908, 481 ss.
Tj S6Ça la manifestation sensible de la présence de Dieu dans le tabernacle et dans le Temple, Ex. xl, 34; III Regn. viii, 10. 11, que les Rabbins nommèrent Chekhinah.
cà Si«8^<ai les alliances, au pluriel, parce qu'il y avait eu plusieurs alliances
— sans parler de celle de Noé (Gen. ix, 9) qui ne regardait pas les Israélites
— avec Abraham (Gen. xv, 18; xvn, 2 etc.), avec Abraham, Isaac et Jacob (Ex, II, 24), avec Moïse et tout le peuple (Ex. xxiv, 7 s.). ~ ^ vo(i.oOeo{«, cf. II Macch. VI, 23, « la législation sainte et fondée par Dieu ». Paul l'envisageant en elle-même pouvait la compter parmi les privilèges d'Israël, d'autant qu'elle réglait la Xatpete, le seul culte qui, dans l'antiquité, fût rendu au vrai Dieu.
— at ÈTïaYYêXfœt « les promesses », terme qui n'est pas dans l'A. T., et que Paul emploie aussi bien que le singulier pour désigner tout ce que contenait la promesse messianique; cf. Gai. m, 16 tw h\ 'A6paà[;. îppéGïidav aï InaYyeXiai et Rom. IV, 13.
Lire testamenta{WW.), au lieu de testamenlum [Vg.-Clêm.].
5) ol nat^peç, les patriarches. Les Israélites comptaient beaucoup sur les mérites et l'intercession des patriarches; ils étaient une très sérieuse chance de salut pour la nation, et ainsi lui appartenaient (Sv)j mais, dans la pensée do Paulj les pères figurent plutôt ici comme les premiers dépositaires de la
promesse qui se termine au Christ. Le Christ appartient à Israël, non pas seulement comme précédemment (v. 3) xarà adtpx* ainsi que Paul lui-même, mais TÔ xatà o(!<px«, « pour ce qui regarde la chair » ; l'article indique donc déjà qu'il y a autre chose dans le Christ, et c'est ce que Paul va expliquer.
On sait que depuis le iv« siècle un certain nombre d'exégètes a regardé la phrase ô ôv — atovaç comme une doxologie bénissant Dieu pour ses bienfaits envers les Pères. Cette opinion ne tient ni quant à la langue, ni quant au fond. Quant à la langue, elle exigerait un arrêt dans la ponctuation, soit avant é ^v, soit avant 0£(5ç. Dans les deux cas la doxologie commencerait asyndeton et par le sujet, non par le prédicat. Or les doxologies de Paul se rattachent toujours à ce qui précède : 8ç iuriv (Rom. i, 25); ou h &v (II Cor. XI, 81); ou t^ (Gai. i, 5; II Tim. iv, 18; cf. I Pet. iv, 11; Heb. xiii, 21); «ÙT<a (Rom. XI, 36; Eph. m, 21; cf. I Pet. v, 11; II Pet. m, 18) ; tÇ %\ %t& (Phil'. IV, 20; I Tim. i, 17) {Za/in). D'autre part le prédicat précède toujours, non seulement dans la Bible, mais aussi dans les inscriptions sémitiques; le seul cas contraire qu'on ait allégué est une double traduction dans le Ps. Lxvii (lxviii), 20 [Wpioç ô ©eôç EÙXoyvjTéç qui est venue s'ajouter à la formule normale EiXoYVjiôç IWptoç. Ces deux raisons sont décisives, surtout la première. Si en effet on ne met qu'une virgule après aapxa (Soden), ce que concèdent Lietz. et Jûl., on ne voit vraiment pas que ô &^ puisse se rapporter à un autre qu'au Christ. Quant au fond, il y a le contexte et la doctrine. On ne nie pas qu'une doxologie puisse avoir sa raison d'être après l'énumération des privilèges d'Israël, mais elle n'est pas dans la tonalité du morceau qui est la tristesse, non l'action de grâces. Et surtout elle est beaucoup moins à sa place qu'une explication sur le Christ, destinée à compléter ce qui est dit To xatà cd[px«c, sur le même rythme que i, 4. Toute la difficulté est dans la doctrine. D'après les partisans de la doxologie, Paul n'a jamais dit que le Christ était Dieu, le seul vrai Dieu qui est au-dessus de tout; car alors que deviendrait Dieu, le Père du Christ? Mais aussi bien n'est-ce pas la pensée de Paul que le Christ est Dieu à l'exclusion du Père, ou au-dessus du Père, mais seulement de dire qu'il a vraiment la nature divine, ôsoç étant ici attribut, d© sorte que Inl juavTwv se rattache plutôt à 6 fiiv qu'à ôeos, de façon que la phrase, appliquée au Christ, n'est point tant une doxologie qu'une glorifî- . cation de sa nature divine. Paul qui a dit du Christ ha. ©sSi (Phil. ii, 6) et qui le regarde comme objet du culte des fidèles, a très bien pu le dire Dieu ; ^, puisque c'est le sens grammatical de la phrase, il n'y a pas à hésiter. On peut voir dans ce sens Durand S. J. (La divinité de Jésus-Christ dans s. Paul, Rom. ix, 5; RB. 1903, p. 550 ss.), Corn., Weiss, Godet, Zahn, Ktihl; et, avec plus ou moins d'hésitation, SH., Lietz., Toussaint; au contraire, pour la doxologie, Lips., Jtil. La tradition ancienne a donc vu avec raison dans ce verset l'affirmation par Paul de la divinité du Christ (cf. Durand, 1. 1.). On ne citera ici que Tertullien [Prax. 15) : christum autein et ipse deum cognominavit, quorum patres, et ex quibus christus secundu/n oarnein qui est super oninia deus benedictus in aevum,
La nuance de xb mth. odpm est bien rendue par Érasme : quantum attinct ad carnem.
6 Ce n'est pas que la parole de Dieu ait failli. Car tous ceux qui descendent d'Israël ne sont pas Israël; ''' et ce n'est pas parce qu'ils sont la postérité d'Abraham qu'ils sont tous enfants, mais « c'est la