Les Juifs refusent de croire a l'Evangile
Nous commençons ici une nouvelle péricope (avec Corn., SH., Lietz., Kûhl, contre Lips., Jûl. qui rattachent les vv. 14 et 15 à ce qui précède), comme c'est souvent le cas avec ouv (v, 1; vi, 1; xi, 1; xii, 1), parce qu'il est impossible de séparer l'idée de la prédication (14-15) de la résistance que les Juifs y ont opposée (16-21). Le lien entre 13 et 14 est beaucoup moins étroit; il y a seulement transition sur- l'idée d'invocation. Les Juifs ont méconnu (àyvoouvtîç V. 3) la justice de Dieu, et cependant elle était à leur portée, n'exigeant que la foi (6-13) ; il faut maintenant prouver (Qu'ils auraient pu faire cet acte de foi, et que s'ils ne l'ont pas fait, c'est manifestement leur faute. La foi exige une prédication autorisée (14-15"), mais eWe a eu lieu, comme le prouve Je texte d'Isaïe (15b). Seulement tous n'ont pas obéi (16-17). Mais comme ils avaient entendu (18) et compris (19-20), c'est leur faute s'ils n'ont pas cru (21).
Pour cette partition, comme pour le sens général de la péricope, nous avons
tendu? et comment entendraient-ils, si personne ne prêche? ^^et comment prêcheraient-ils s'ils n'avaient été envoyés? selon qu'il est écrit : « Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent [tous les] biens ! »
suivi Ghrysostome (SH., Lietz.). D'après Cornely, la première citation d'Isaïe (v. 15) est seulement la preuve scripturaire de la nécessité d'une prédication autorisée; les vv. 16 et 17 montrent que l'obéissance est libre, quoique exigée, et le refus d'obéir ne serait constaté qu'au v. 18.
14-15») Gradation ascendante (xXt[AaÇ), qui procède ici par interrogations. L'interrogation est une autre figure de rhétorique (avec des subjonctifs), plutôt qu'une objection. L'ensemble est clair : le point de départ est l'invocation, dont la nécessité pour le salut est constatée au v. précédent. Pour invoquer il faut croire, pour croire il faut avoir appris; on apprend par la prédication, et la prédication autorisée exige la mission de qui de droit; dans ces conditions, on a tort de ne pas croire. Mais il y a une difficulté sérieuse sur la seconde question. Corn, (avec Lips., Lietz.) l'entend : quomodo autem credent in eum, de quo non audierunt? « Gomment croire en celui dont on n'a pas entendu parler? » paraît tout à fait en situation dans la gradation, mais on ne peut citer aucun exemple dans la prose hellénistique où àxoiJEiv -rivdç serait synonyme de àxoiSeiv Tiepi xtvoç, aussi toutes les anciennes versions ont traduit comme Vg., dont tous les témoins sont unanimes : aut quomodo credent ei, quem non audierunt? Donc Paul se demande comment on peut croire au Christ sans l'avoir entendu [SH., Zahn, Kûhl). Et c'est précisément parce qu'il sait bien que très peu de personnes encore vivantes l'ont entendu, qu'il demande ultérieurement comment on a pu entendre sans quelqu'un pour prêcher. Il fallait pour cela des prédicateurs envoyés : àTtocjTaXâjaiv est une allusion aux apôtres envoyés par le Christ. C'est donc bien à lui comme Révélateur que remonte notre foi dont il est d'ailleurs l'objet; c'est son témoignage qui nous sert de règle.
D'après l'explication que nous avons donnée, il n'y a rien à changer à la Vg. (contre Corn.), si ce n'est que quomodo autem serait plus littéral que aut quomodo, destiné à varier le style.
15'') Suit une citation d'Isaïe lu, 7, plutôt d'après l'hébreu que d'après les LXX, simple renvoi écourté à un passage bien connu : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager de bonne nouvelle qui proclame la paix, qui annonce la bonne nouvelle, qui proclame le salut! qui dit à Sion : Ton Roi règne. » Paul se contente de la bonne nouvelle, et met le messager au pluriel, parce qu'il pense aux apôtres. Mais dans quel but cette citation? Est-ce seulement pour prouver que le régime des messagers du salut était déjà prévu par l'A. T. (plus ou moins Corn., Zahn, Kû/d)? ou est-ce pour affirmer dans les termes du prophète Isaïe la réalisation du fait dont la convenance vient d'être établie (SU., Clirys.)1 La seconde opinion est préférée 1) parce que si Paul a mis le pluriel au lieu du singulier, c'est donc qu'il faisait allusion à ce qui s'était accompli, plutôt qu'au simple mode par message;
^^' Mais tous n'ont pas obéi à l'évangile. Car Isaïe dit : « Seigneur, qui a cru à notre prédication? » ^'''la foi [dépend] donc de la prédication, et la prédication de la parole du Christ,
2) parce que sans cela le fait du message ne serait pas mentionné du tout, puisque le v. 16 parle déjà du refus de l'entendre; 3) parce que ce refus d'obéir à l'évangile, xfi) e.ia.yyù.iw, se rattache à eiaYYeXtÇofjiivtov. Le texte d'Isaïe avait trait au retour de la captivité, ou plutôt à l'arrivée de Dieu à Jérusalem (Is. XL, 9). Paul applique ce texte à la manifestation du Sauveur de la même façon que le Seigneur de Joël (v. 13) est le Christ.
Dans la Vg. evangelizantium pacem est à supprimer; c'est un complément d'après Isaïe qui ne se trouve pas dans les meilleurs mss. grecs.
16) L'affirmation de 16^ est tout à fait générale, mais, d'après l'ensemble, il s'agit des Juifs. Il en coûte tant à Paul de constater leur situation qu'au lieu de dire : « peu ont cru », il dit par une figure qui adoucit la triste vérité : « tous n'ont pas cru ».
Ce fait déplorable est confirmé par l'autorité d'Isaïe (lih, 1), cité d'après le grec, qui a bien traduit, mais a ajouté xipie. Le prophète, d'après Zahn parlerait comme représentant des Juifs qui ont méconnu le Messie et se repentent à la fin des temps. En réalité (Duhm etc.), il prend la parole comme organe d'une révélation inouïe ; il pressent et annonce d'avance que le peuple méconnaîtra le serviteur souffrant de lahvé. Paul pouvait donc très bien l'entendre d'une plainte sur l'incrédulité des Juifs relativement à son message. Dans Isaïe, nVlDty, àxoij, peut signifier soit l'audition prophétique perçue par le prophète, soit sa prédication. Paul le prend dans ce second sens. La citation était très bien choisie pour prouver qu'un message envoyé par Dieu n'obtient pas toujours la foi, d'autant que ce message avait pour objet le serviteur de Dieu souffrant , objet de scandale pour les Juifs; cf. Jo. XII, 37.
Dans la Vg. lire oboedierunt avec WW. au lieu de obediunt {Vg.-Clém.), conformément au grec.
17) Plusieurs rattachent ce verset à ce qui a été dit plus haut (8-14), le mot d'àxoTl servant seulement d'occasion pour revenir sur la théorie des rapports entre la foi et la parole [Lietz., cf. SH.). Mais c'est surtout sur iw-f^ que Paul insiste, et à'pa se rapporte au texte d'Isaïe. Isaïe, prophète, avait une mission, il a prêché, on eût dû le croire. On peut donc conclure de son texte la confirmation de ce qui a été dit plus haut sur la chaîne des actes qui conduisent à la foi : la foi dépend de la prédication, la prédication de la mission, et, en fait, la mission dont il s'agit vient du Christ. Le mot p%a a été choisi probablement à cause de l'allusion du v. 8 à la parole rapprochée. Plusieurs [Corn., Lietz., Ml.) l'entendent d'un mandat, d'une commission, d'un ordre donné par le Christ, comme Le. v, 5. Je crois plutôt que c'est la parole révélée parle Christ (cf. v. 14). La parole « au sujet du Christ » serait en dehors du contexte.
*^ Mais je dis : Est-ce qu'ils n'ont pas entendu? Bien plutôt : « Leur voix s'est répandue sur toute la terre, et leurs paroles aux extrémités du monde habité. »
19 Mais je dis : Est-ce qu'Israël n'a pas compris? Le premier Moïse dit : « Je vous rendrai jaloux d'une nation qui n'en est pas une^
18-21. Le fait de l'incrédulité constaté, elle devient coupable, d'après la plainte d'Isaïe, si la prédication a été entendue, si elle apparaissait comme venant de Dieu. Or ces deux conditions ont été réalisées pour Israël.
Le premier point est censtaté a,u v. 18, le second de 19 à 21.
IS) Le début n'est pas une objection, mais bien plutôt Paul prévient l'objection. Diront-ils qu'ils n'ont pas entendu? Allons donc! (jlevoîjvys, immo vere, cette fois très sérieusement; cf. sur ix, 20. La preuve est faite dans des termes empruntés au Ps. xviii (xix), 5, d'après le grec qui rend bien l'hébreu. Ces termes signifient que les cieux annoncent partout la g:Ioire de Dieu. Paul le sait sans doute et ne cite pas l'Écriture comme autorité, ni pour le sens littéral, ni dans un sens prophétique typique (Corn., Zahn) précis. Il a dû y voir cependant je ne sais quel pressentiment. Cette belle phrase, dont l'expression métaphorique — les paroles des éléments inanimés! — doit s'entendre proprement à propos de prédicateurs, les montrait faisant rayonner la gloire de Dieu jusqu'aux extrémités du monde. L'emprunt d'une phrase toute faite et la transposition du sens primitif suggèrent de ne pas prendre les choses trop à la lettre quant à l'étendue de la prédication. Le christianisme était en train de se répandre partout dans le bassin de la Méditerranée, les Juifs ne pouvaient décemment affecter l'ig-norance.
19-21. D'après de nombreux auteurs anciens (encore Godet), Paul reprocherait aux Juifs de n'avoir pas compris la vocation des gentils, clairement indiquée par l'Écriture. Cornely rejette avec raison cette opinion. Paul reproche aux Juifs de n'avoir pas cru à la prédication, qu'ils ont certainement comprise. Pourquoi devaient-ils comprendre? D'après Cornely, parce que l'Écriture a prédit que les gentils comprendraient, donc à plus forte raison les Juifs. C'est insister sur le caractère de prédiction des textes relatifs à la vocation des gentils. Or il est très difficile de voir dans Is. lxv, 1 une prophétie de la vocation des gentils au sens littéral.
L'argument de Paul est donc plutôt parallèle à celui du v. 18. Israël a compris, puisque les gentils ont compris; ce qui est prouvé par des textes entendus de la situation actuelle (vv. 19. 20). — Un autre texte prouve de la même façon l'obstination coupable d'Israël (v. 21). Citer l'origine des textes n'équivaut pas à dire qu'ils étaient des prophéties directes.
19) àXXa, coordonné à àXkâ v. 18, réfute d'avance une autre objection que les Juifs pourt'alent hasarder. Cette fois Israël est nommé; mais cela ne prouve pas qu'auparavant il n'était pas en scène. Il s'agissait bien de lui; si son nom paraît enfin, c'est que son attitude contraste avec celle des autres, sur un point où sa supériorité paraissait bien marquée. Dépositaire des dessoins de Dieu, comment n'en aurail-il pas compris l'accomplissement?
ÉPITUE AUX ROMAINS, X, 20. 263
j'exciterai votre dépit contre une nation dépourvue de sens. » '^"^ Et- Isaïe dit hardiment : « J'ai été trouvé par ceux qui ne me cher-chaient pas ; je me suis fait voir à ceux qui ne m'interrogeaient^ pas. »
— o5x ïy^ui n'a pas de régime exprimé parce qu'on peut le sous-entendre sans obscurité : il s'agit de comprendre ce qu'on avait entendu, c'est-à-dire l'évangile. Nous avons ici la preuve que à^vocuv-ceç du v. 3 s'entendait d'une^ ignorance coupable. On peut méconnaître par obstination ce qu'on comprend assez. — TcpSto? est rattaché à ce qui précède par Zahn (après Bentley,, Wettstein) : « Est-ce qu'Israël n'a pas connu le premier? » Mais cette penséeest hors de saison. Il s'agit de convaincre Israël de méconnaissance coupable. 'Pour cela Paul cite d'abord Moïse. rpwToç n'indique pas la dignité de Moïse, mais que déjà le législateur était obligé de menacer les Juifs qui s'obstinaient à ne pas comprendre.
Le texte est le grec de Dt. xxxii, 21, bien traduit de l'hébreu; Paul a seulement mis deux fois ufxas au lieu de aÙToùç, les griefs de Dieu contre son peuple lui vont ainsi plus directement. Dans le cantique de Moïse, Dieu est jaloux des hommages que les Israélites rendent à des idoles qui sont des non-dieux; pour les punir il les rendra jaloux d'un non-peuple, d'un peuple inférieur à Israël en valeur religieuse et morale. Gomment s'y prendra-t-il pour exciter cette jalousie? Le texte ne le dit pas. Mais on peut déjà juger par la comparaison que ce n'est pas l'intelligence religieuse qui manque à Israël, et n'est-il pas le premier à la revendiquer? A la lumière de la conversion des gentils, chacun comprend que les paroles de Moïse expriment bien la situation.
Dans la Vg., în iram vos mittam a le sens de in iram vos inducarri [Orig.int.), de irritabo vos [Aug.), exacerbabo vos [Ilil. apud WW.).
20) Probablement, dans la pensée de Paul, Isaïe a éclairci ce qu'il y avait d'obscur dans la menace de Moïse. C'est pourquoi il se sert de l'expressium dcTcoToXfjLa : « Isaïe ose dire » cette chose étonnante, et souverainement odieuse aux Juifs, que leur Dieu a été trouvé par d'autres ou plutôt s'est manifesté lui-même à ceux qui' ne le cherchaient pas. Voilà bien de quoi "exciter leur jalousie, en même temps les convaincre de mauvaise volonté, puisque ces autres ont reconnu la manifestation de Dieu alors qu'ils ne le connaissaient pas auparavant. Je joins donc le témoignage d'Isaïe assez étroitement à celui de Moïse. Si l'on en fait deux arguments complètement distincts, il faudra dire avec Jtilicher que, d'après Isaïe, la bonne volonté antécédente elle-même n'est pas nécessaire; ce qui nous reporterait au sujet du ch. IX. Mais en liant les deux arguments il n'est pas moins clair que Paul a en vue d'autres que les Juifs, comme l'exige absolument l'opposition du V. 21. Isaïe parlait-il donc des gentils? Cornely croit nécessaire de l'affirmer, alors que précédeminent (x, 6-8. 18) il admettait l'usage accommodatice de l'A. T.
Le texte est Is. lxv, 1, d'après le grec : è;j.«)avTji; èyîVT^OTiv toïç èp.è )ù\ iTrepcoTôS-
264 ÉprruE aux homains, x, 21.
2' Mais à Israël il dit : « Tout le jour j'ai étendu les mains vers un peuple incroyant et rebelle. »
(jiv, £5p£0r)v Totç k\iÀ [J.TJ ÇrjToîJatv. L'hébreu a le môme ordre : « J'étais prêt à répondre à qui ne « me consultait » pas, je me laissais trouver par qui ne me cherchait pas » (Trad. Condamin), indiquant que Dieu s'offrait et se montrait, étendait les mains chaque jour etc. de sorte qu'il est impossible de douter que les deux premiers versets visent les mêmes personnes, qui sont les Juifs comme Paul le dit expressément du v, 2 (v. 21). S. Thomas l'a reconnu du v. 1 : Hactenus vos ludaei non quaerebads a me, sed ab idolis. E<c que quaeritis respondeho. Mystice de conversione geniium, Hom. x, 20 (Commentaire d'Isaïe); cf. Condamin, Toussaint.
Si Paul a interverti les deux membres de phrase, c'est sans doute dans un intérêt littéraire logique : qui a apparu n'a pas besoin d'être trouvé, tandis que qui est trouvé peut être plus ou moins manifesté ; de même on cherche avant d'interroger. Dana l'ordre de Paul il y a une gradation satisfaisante.
Mais comment a-t-il appliqué aux gentils ce qu'Isaïe avait dit des Juifs? Cela serait choquant s'il prêtait à Isaïe une vraie prophétie sur la conversion des gentils, mais il lui emprunte seulement des termes qui, dans la traduction grecque reconnue authentique alors par les Juifs, caractérisaient très bien leur situation. Au lieu de marquer une bonne disposition de Dieu, comme l'hébreu, le grec marque que Dieu a déjà été trouvé. Par qui? par un k'ôvoç, tandis qu'au v. 3 il appelle en vain le Xa6ç qui est son peuple. Donc Dieu se trouvait par rapport à une certaine nation et par rapport à son peuple dans une situation qui devait couvrir de confusion et remplir de jalousie ce même peuple. Le peuple était donc gravement coupable, lui qui était beaucoup mieux à même de comprendre. Encore faut-il noter que les termes d'Isaïe ne peuvent s'appliquer simplement aux Juifs, mais à des Juifs qui ont apostasie; M. Duhmdit : les schismatiques de Samarie. Ils sont donc devenus étrangers à Israël véritable, et dans un état religieux analogue à celui des gentils. Si bien que la difficulté n'est pas tant que Paul ait appliqué Is. lxv, 1 aux gentils ; c'est plutôt qu'il ait séparé si nettement les deux versets d'Isaïe. Isaïe parlait d'un Israël qui n'était plus Israël. Paul a fait un choix en appliquant le v. 3 aux gentils, le second à Israël.
WW. ont supprimé a après inventus sum; il est inutile pour le sens.
21) Le coup est direct Si une nation qui ne connaissait pas Dieu l'a reconnu à ses manifestations, Israël eût dû le connaître (vv. 19. 20). Pourquoi ne l'a-t-il pas reconnu? parce qu'il est incrédule et qu'il résiste aux offres de Dieu. Ce qui se passait au temps d'Isaïe nous donne la clef de la situation.
Ainsi, de la part de Dieu, les invitations les plus tendres ; le refus vient d'Israël. Paul ne rétracte pas ce qu'il a dit au ch. ix des desseins de Dieu. Il envisage ici le problème sous l'aspect de la responsabilité encourue par des volontés humaines sourdes à l'appel de Dieu.
Selon nous, tous les emprunts faits à l'Ecriture dans ce chapitre l'ont élé dans le même esprit, sauf celui du v. 5 qui a toute sa valeur littérale.
ÉprrnE aux romains, x, 21. 2G5
Dans les autres cas, les paroles dei'A. T. expriment les desseins de Dieu dans le Nouveau. Très évidemment dans trois cas où l'Écriture ancienne n'est pas nommée (vv. 6-8. 13. 18), il n'y a pas d'argumentation proprement dite. Faut-il en juger autrement quand l'Écriture est nommée (vv. 11. 15) ou sans indication de l'auteur sacré, ou en nommant Moïse (v. 19) ou Isaïe (vv. 16. 20. 21)?Cornely qui admet une simple accommodation dans le premier cas, prétend niaintenant que Paul a entendu se servir dans les autres cas d'une prophétie littérale. Cette différence . de traitement méconnaît les usages de l'exégèse juive. Il ne faut, ni voir dans ces derniers cas une prophétie directe, ni prétendre que dans les premiers cas Paul emploie des termes de l'Écriture simplement parce qu'ils rendent sa pensée d'une façon expressive et qu'ils frappent davantage étant connus. Bien plutôt, l'Écriture étant supposée connue, elle est citée implicitement mais très volontairement, sans aucune indication, selon la manière très courante des docteurs d'Israël, aussi bien que quand elle est alléguée avec le nom de l'auteur. Mais d'autre part, même quand les auteurs sacrés sont cités, c'est moins une exégèse du sens propre et historique de leur oracle qu'un appel à l'autorité de la parole de Dieu qui domine tous les temps. Ce qui a été dit autrefois trouve dans l'Évangile une véritable réalisation, parce que les anciennes paroles comme les anciens faits étaient des figures dont le Christ donnait le sens. Il n'y a pas pure accommodation, ni prophétie exclusivement propre à l'Évangile, mais emploi d'une parole ancienne applicable au temps présent d'après la portée qu'il avait plu à Dieu de lui donner, sans même que l'objet direct de cette parole soit le type précis de l'objet qu'elle atteint; par exemple les cieux ne sont pas le type des Apôtres. Paul admet que l'Écriture était figurative et l'allègue dans ce sens. On peut donc qualifier cette manière de citer : accommodation figurative. Elle n'exclut naturellement pas dans d'autres textes une argumentation plus stricte.
Dans la Vg. ad rend assez bien Ttpéç. Adversus {Erasme) serait trop caractérisé. La nuance exacte serait quoad. Non credentem pour à7:£t9ouvTa serait à remplacer par inobedientem. Le sens de aTtEtGéto est désobéir : Moulton et Milligan donnent de nombreux exemples d'après les papyrus et les inscriptions. Aucun texte ne l'entend comme l'antithèse de -laieuw.