‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 83 sur 110 · La réprobation des Juifs n'est pas totale · texte numérisé non relu

La réprobation des Juifs n'est pas totale

1) Plus haut (ix, 27-29), Paul avait insinué qu'Israël n'était pas réprouvé tout entier, mais cette pensée n'était qu'un éclair fugùtif. Après avoir traité du droit absolu de Dieu (ix, 6-29), il avait tenu à montrer la responsabilité d'Israël. Celait une triste page (ix, 30-x, 21). Par opposition aux gentils, l'attitude d'Israël était telle qu'on eût pu le croire réprouvé tout entier. C'est ce qui jusiilie la particule ouv, cf. xi, 11 : je le demande donc. Les termes de

et en effet je suis moi-même Isra^élite, de la race d'Abraham, de la

aux gentils d'y entrer. Après les gentils, Israël aura son tour (xi, 25-29). Il fallait qu'il désobéît pour être.lui aussi l'objet de la miséricorde, qui est le dernier mot de la richesse et de la sagesse de Dieu (xi, 30-32).

On dirait que Paul a hésité à révéler ce mystère. Du moins tenait-il à y préparer les gentils. Bénéficiant d'une grâce vraiment gratuite, ils étaient peut-être peu enclins à comprendre que les Juifs y fussent admis après l'avoir refusée. Aussi Paul les dispose en leur montrant que s'ils ont profité de la réprobation des Juifs, ils auront encore bien plus à gagner à leur conversion (x, 11-15). Attaquant plus ouvertement ce penchant à l'égoïsme qui paraît moins odieux aux groupes parce que chaque particulier peut s'en excuser pour son compte, il rappelle aux gentils l'avantage que donne aux Juifs l'antique promesse faite aux patriarches (xi, 16-24). Chute des Juifs dans l'intérêt des gentils, conversion des gentils qui excitera l'émulation des Juifs, Dieu n'a-t-il pas tout ordonné pour que les fidèles s'aiment entre eux, sans distinction de Juifs et de gentils, et ne voudront-ils pas imiter l'Apôtre qui pense à convertir les Juifs, même quand il travaille pour les gentils?

Un hommage rendu à la bonté et à la sagesse de Dieu termine ce chapitre et toute la partie dogmatique (33-36).

cette question sont empruntés au Ps. xciii (xciv), 14 8ti où/, àxrwae-rai Kuptoç tôv X«ôv aùtou (cf. I Regn. xii," 22), ce qui faisait déjà prévoir une réponse négative, car Paul ne pouvait s'inscrire en faux contre la promesse du livre inspiré, et en effet il s'écrie : i>.r\ yîvmxeï avant de répondi-e négativement (v. 2) par les propres paroles du psaume mises au passé. Entre les deux une sorte de protestation personnelle : « Comment Dieu aurait-il réprouvé tout son peuple? Je prétends bien en faire partie!... » Paul a conscience de son élection comme chrétien et même de sa mission comme Apôtre. Son exemple à lui seul prouve que Dieu ne s'est pas détourné de tout Israël. S'il s'adressait à des Judéo-chrétiens, il devrait dire : vous-mêmes en êtes la preuve ! plutôt que se mettre en scène {Julicher). Il s'adresse donc à des chrétiens convertis de la gentilité. Lipsius entend : je ne puis avoir une pareille idée, moi qui suis Israélite! De cette sorte Paul s'excuserait auprès de Judéo-chrétiens. Mais ce serait la réponse à la question : « pensez-vous donc que Dieu a réprouvé son peuple? » tandis que la question est : « Dieu a-t-il donc réprouvé son peuple? » Réponse : « non, puisque j'en suis par ma naissance », èx <j7t£p[i.a- Toç 'A6pa(£[ji. selon la chair, et cependant xéxvov (ix, 7). Paul savait aussi qu'il était de la tribu de Benjamin (Phil. m, 5); ce qu'on pouvait estimer par l'appartenance à une famille-clan, à supposer qu'on ne fût pas à même de dresser un arbre généalogique complet.

WW. effacent de avant tribu.

tribu de Benjamin. ^ Dieu, n'a pas rejeté son peuple, qu'il a discerné d'avance. Ou ne savez-vous pas ce que dit l'Ecriture dans [l'histoire d']Elie, comment il se plaint à Dieu d'Israël : ^ a Seigneur, ils ont tué tes prophètes, ils ont rasé tes autels, et je suis resté moi

2) Après le cri de sa conscience, preuve de fait que Dieu n'a pas répudié tout Israël, Paul donne une raison de fond : « non, Dieu n'a pas rejeté entièrement et définitivement le peuple qu'il a choisi ». Il y a là une sorte d'impossibilité morale dont il donnera plus loin la raison (v. 29) : Dieu ne change pas ainsi ses desseins. Gornely rejette à bon droit deux spécialisations : d'après les Grecs, Dieu n'a pas rejeté ceux du peuple qu'il a prévu lui devoir être fidèles; d'après Augustin, il n'a pas rejeté l'Israël fidèle qu'il avait prédestiné. En effet il ne s'agit pas ici d'une certaine catégorie d'Israélites, mais de l'ensemble du peuple d'Israël. Gornely lui-même est obligé de reconnaître que 6v npolfvw comprend ici un acte de volonté, d'approbation ; il l'explique de deux façons : Israelem, quem velut suuin populum ab aeterno cognoi>it et agnovit, ce qui est tout à fait insuffisant, et : quem solum ex omnibus populis terrae sibi in peculium elegit, ce qui est bien le cas, mais reconnaît à TtposYVto sinon le sens de prédestiner à la vie éternelle, du moins le sens de voir avec faveur et même de choisir pour un rôle donné : ici « pour être son peuple ».

Le fait d'Elie n'est point une nouvelle preuve que Dieu n'a pas actuellement réprouvé son peuple, mais un exemple tiré de l'histoire pour faire comprendre les desiseins de Dieu dans le présent. Iv 'HXefa, cf. èv t<û 'Qarjé (ix, 25), comme s'il y avait un livre de l'Ecriture intitulé Elie, ou plutôt allusion à une section de l'Écriture où Élie est le principal acteur : en effet Élie est sujet de ivTUYxavst. Sur ces sections, cf. Me. xii, 26; Le. xx, 37 ït:\ tvjç paxou, — IvTuyjj^dtvEtv Tivî, « traiter une question avec quelqu'un », ordinairement pour intervenir en faveur d'une autre personne, &nép tivoç, « intercéder », mais aussi pour se plaindre, xaxa -ctvot, cf. I Macch. viii, 32 ;x, 61. 63; xi, 25; Pap. Amherst II, 134, 10 [Lietz.).

Il y a donc incontestablement dans la pensée de Paul un renvoi à l'histoire d'Élie. Mais Gornely reconnaît que Paul n'argumente pas purement et simplement du sens littéral du texte des Rois; il interprète la situation. Dans les Rois, Élie, jusqu'alors intrépide, éprouve une sorte de découragement. Plutôt mourir dès à présent que d'être exposé à tomber entre les mains de Jézabel ! Si donc il se plaint à Dieu d'Israël, ce n'est point qu'il demande vengeance dans un accès de fureur {Jiilic/ier), c'est pour justifier le zèle qui lui a valu la haine des Israélites et excuser son propre découragement; les autres prophètes ont été tués, il reste seul, on veut le mettre à mort, la situation est désespérée. Le prophète n'accuse pas lahvé, mais il constate qu'il n'a rien fait pour sa propre cause. Dans la pensée de Paul, cela équivaut à se demander si Dieu n'a pas réprouvé son peuple ?

Dans Vg. aut serait plus littéral que an.

3) D'après III Regn. XIX, 10 : to ÔuataaTrJpKi aou x«day.atj/av xal toÙç irpo^r^Taç «rou aTicV.Teivav èv ^o[Ji<pa(a, xal u7toX^XEi[x[j.at èycj [J-ovcûraToç, y.cà Çritouat [lou ttjv i\i\jy-qv Xa6Ery

seul, et ils en veulent à ma vie. » *Mais que lui répond la parole divine? « Je me suis réservé sept mille hommes, qui n'ont pas fléchi

aÙTviv, cf. V. 14. Paul a donc cité largement et probablement de mémoire; sans parler des petits mots omis qui n'ajoutaient rien au sens, et de xtSpte, ajouté pour la clarté, on a noté l'interversion de la destruction des autels et du meurtre des prophètes. Dans les Ptois l'ordre est plus naturel : les prophètes ont été mis à mort, sauf Élie resté seul. Paul aurait interverti, dit-on, pour indiquer qu'Élie se plaint d'être resté seul fidèle, et non point seul prophète. Ce serait une subtilité, car Élie, se disant seul prophète, voulait dire le seul fidèle capable d'agir pour Dieu. Peut- être Paul a-t-il plutôt suivi simplement un crescendo religieux : la destruction des autels allait plus directement contre Dieu et dans ce sens était plus grave que le meurtre des prophètes.

4) ô 7^pTi[AaTia[;.6ç signifie l'oracle. Le mot avait souvent le sens de réponse, parce que généralement les oracles répondaient à des questions posées. Dans notre cas Élie n'a pas interrogé, il a plutôt répondu à Dieu. Mais en réalité il y avait bien une question dans sa pensée; au fond de son âme il sollicitait Dieu d'intervenir, et c'est à cela que Dieu répond. C'est sur le sens de cette réponse que Paul s'est écarté du texte des Rois. Dans les Rois, Dieu annonce qu'il va châtier les infidèles, mais il épargnera sept mille hommes, à savoir ceux qui n'ont pas courbé le genou devant Baal. Ce que Paul transcrit xaxl- Xmov â[i.auTC), « je me suis laissé », doit être traduit simplement « je laisserai », •/.axaXeJiî'w (avee Lagarde ; dans Swete : v.ixia.'kdi^zic„ supposant une fausse lecture de tnix*iym dont la dernière lettre n'était sans doute pas écrite). Il importe peu à Paul que ces sept mille hommes aient échappé aux massacres d'IIazaël et de Jéliu. Ce qui le frappe, c'est qu'il y avait donc sept mille hommes qui étaient demeurés fidèles. Israël n'était donc pas réprouvé tout entier. Et cette fidélité était due elle-même à la grâce de Dieu : c'est lui-même qui s'est conservé ce reste. Nouvelle preuve qu'il ne se désintéressait pas alors d'Israël. Le P. Gornely tient à noter que l'Apôtre ne cite pas précisément l'Écriture, quoiqu'il se serve de mots semblables, et qu'il en tire seulement une conséquence dont il fait une parole de Dieu. Cette formule lui paraît nécessaire pour qu'on ne reproche pas à Paul de donner à l'Ecriture un sens qui n'est pas le sien. Mais Paul se croyait-il astreint à ne tirer de l'Écriture que son sens liistorique littéral? Ce n'était pas l'opinion des rabbins de son temps; cf. sur X, 21.

D'ailleurs ses expressions sont claires. Il demande : « que dit l'oracle? » en d'autres termes : quelle est la solution de Dieu dans l'Écriture? Et il répond par des termes aussi semblables au texte sacré que dans ses citations les plus caractérisées. Il a mis le passé xaxIXiTOv au lieu du futur, s'aulorisant peut-être du parfait hébreu sans tenir compte du waw consécutif, et ajoute â(j.auxco pour la clarté de sa pensée. Il fallait dans le même dessein changer TîàvTa xà Yo'vaTa a où-/. w/.Xaaocv y6vu en oïtiveç où/. IzapAav ydvu. Le changement de tÇ jBdtaX en t^ (îaaX, le masc. en fém., a été expliqué par Dillmann. Baal étaif, incontestablement du masc, mais dans la lecture il arrivait de le remplaçai

le genou devant Baal. « ^ C'est donc de la même façon que maintenant aussi il s'est trouvé un reste par élection de grâce. ^Or, si c'est par grâce, ce n'est plus à cause- des œuvres, autrement la grâce ne serait plus grâce.

par bocheth, « honte », aiax.i5vT) (I Regn. xviii, 25), d'où lalecture hybride % [BciaX : II Regn. XXI, 3 ; Jer. ii, 8 etc.

Peut-être le ras. des LXX dont se servait Paul avait-il déjà t^ pâaX.

La promesse d'épargner 7.000 fidèles supposait, selon le texte même, cette fidélité. D'après le principe théologique qu'il avait fondé sur l'A. T. luimême (ix, 6 ss.), la fidélité supposait le choix de Dieu. Si donc il y avait 7.000 fidèles au temps d'Élie, c'est que Dieu se les était réservés. C'était déjà, comme plus tard au temps d'Isaïe (ix, 29 èY^aréXinsv), le germe du salut, la preuve que l'élection d'Israël n'était pas révoquée. C'était le sens de la situation, le secret de l'action divine, le sens profond du texte, qui dans son sens normal n'indiquait que la manifestation extérieure, le salut temporel des croyants au temps de Jéhu.

WW. lisent genu Baal, plus littéral que genua ante Baal.

5) Ce qui était consolant au temps d'Elie, ce n'était pas tant le chifi're de 7.000 hommes, relativement élevé, que la permanence des desseins de Dieu sur Israël. C'est aussi la leçon que Paul dégage pour le temps présent. Il eût pu citer les 7.000 parmi les exemples du libre choix de Dieu (ix, 6-13); ici même il n'insiste pas, l'idée lui paraissant suffisamment mise en relief par ■/aTÉXCTov IfjiauxÇ), de sorte que c'est plutôt à ceux qui ont cru au christianisme qu'il applique directement le terme de H]j.^(x (Soden Xetixjjia, orthographe plus correcte) xaT' èxXoYrjv x,c<ptToç. Aussi bien la liberté du choix divin a été suffisamment prouvée ; le thème actuel exige que ce libre choix d'un reste soit le gage d'une restauration, comme au temps d'Élie et surtout d'Isaïe qui avait développé le sens du <c reste » dont son fils Chear-iaclioub était le symbole (Is. VII, 3 et X, 22; cf. Rom. ix, 27, uKo'Xet^AfjLa). Cependant Paul ne perd jamais de vue les prétentions des Juifs ni son thème principal, et à kXoyrîv il ajoute -/aptxoç pour bien rappeler que cette élection est l'œuvre de la grâce, est purement gratuite.

Effacer salvae dans la Vg. avec WW., conformément au texte grec. Mais après cela fuerunt serait plus naturel que factae sunt [Vg.].

6) L'historien peut regretter que Paul n'ait pas donné ici quelque appréciation sur le nombre des Juifs convertis. Il eût pu dire par exemple : or nous sommes beaucoup plus de 7.000 etc. Mais toute sa confiance est dans le dessein de Dieu, gage de restauration plus assuré que le nombre, et dans sa grâce, seul principe de la vocation. Aussi ne manque-t-il pas l'occasion, ayant prononcé le mot de grâce (au v. précédent), d'en conclure à l'exclusion des œuvres.

Le principe qu'il pose est absolu. La grâce et les œuvres sont deux titres opposés : ce qu'on donne par faveur, on ne le solde pas comme dû à des œuvres, autrement on ne ferait plus une faveur. Le principe s'applique àl'ap-

7 Quoi donc ? ce que cherche Israël, il ne l'a pas obtenu, tandis que ceux qui ont été choisis l'ont obtenu. Quant aux autres, ils ont

pel à la grâce, de l'aveu des catholiques et des protestants. L« Concile de Trente en a conclu fort justement : nihil eorum, quae iustificatîonem praecedunî, neque fidem neque opéra, ipsam iustificationis gratiam promereri {Sess. VI, De iustit. 8). De plus les protestants en déduisent (contre les catholiques) que le» bonnes œuvres ne méritent pas la vie éternelle qui est une grâce (vi, 23). On peut répondre qu'ici Paul parle uniquement de l'appel au christianisme, comme cela résulte évidemment du contexte, mais la réponse serait insuffisante, puisque le principe est absolu. La vraie solution est qu'il parle de l'appel de Dieu.

Qu'il s'agisse de l'appel à la grâce ou de cet appel à la gloire qui est la prédestination, il est purement gratuit, et si les œuvres étaient envisagées, il ne serait plus purement gratuit. Le principe a donc toute son extension et la vie éternelle est une grâce en Jésus-Christ (vi, 23). Mais quand on agit en Jésus-Christ, on a déjà la vie, le principe de la vie éternelle, et les œuvres opérées en lui ne sont nullement des œuvres qu'on puisse mettre en opposition avec la grâce. La vie en Jésus-Christ est aussi opposée aux œuvres juives que l'esprit et la chair (ch. vni). On ne peut donc rien conclure de notre texte contre le mérite des œuvres de la grâce. — Les mss. grecs, y compris B, sauf une dizaine dans Soden, ajoutent : tl &è IÇ ^p^wv, oùxén laxi'v x<ipiç, ïr.zi TÔ Ipyov o5xIti ^attv ïpyov (B x.^pts). Ce n'est qu'un développement antithétique qui n'ajoute absolument rien à la pensée, tandis que dans un cas analogue (iv, 4. 5) la pensée progresse par l'antithèse ; on estimerait volontiers que c'est une addition due à un esprit désireux de mettre les points sur les i aux dépens de la concision et de l'élégance.

. La Vg'. omet cette addition avec ancAat. arm. ho. sa. WW. ont effacé iam (primo loco, avant non ex operibus). Mais ce mot (au sens logique et non chronologique) est aussi nécessaire avec non pour rendre oùxért la première fois que la seconde.

7) Conclusion de ce qui précède (xi, 1-6). Tandis qu'auparavant Paul parlait simplement de l'échec d'Israël (ix, 31 et x, 3), maintenant il distingue.

Israël comme tel, c'est-à-dire la masse de la nation, n'a pas atteint ce qu'il cherche, mais une partie d'Israël a atteint le but, à savoir ceux qui ont été choisis par Dieu. — iTrtÇYiteî est au présent, parce qu'Israël cherche encore, mais kéTu-/^£V est au passé, parce que le but est déjà manqué, la masse de lu nation est dans une situation fausse. IxXoyvî pour o\ èxXExrot, « ceux qui ont été choisis », évidemment par Dieu. Les autres ont été « endurcis ». Nous croyons ce sens préférable à celui d' « aveugler ». La racine jtwp... diffère en soi de la racine mjp... Zahn a mis les faits dans une bonne lumière [Excursus III, p. 618 ss.). îcwpoûv indique la formation d'une callosité, et tandis que ay.Xr,puv£iv marque plus précisément la dureté anormale des tissus, ncopouv indique plutôt l'insensibilité qui en résulte pour l'organe. L'Ancien ni le N. -T. n'ont jamais TtYipouv qui marque, soit le défaut d'un membre, soit plus ordinairement « rendre aveugle ». Au sens physique la signification des verbes et de leurs dérivés est

été endurcis, ^ selon qu^il est écrit : « Dieu leur a donné un esprit de torpeur, des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas

donc parfaitement distincte. Mais au sens métaphorique, ou appliqués aux dispositions de Fàme, les deux mots indiquaient une certaine insensibilité; on pouvait d'autant plus les prendre l'un pour l'autre qu'ils se ressemblaient. Néanmoins la Vg. a conservé le sens d'endurcissement dans deux cas (Jo. xii, 40 et II Cor. m, 14); dans les autres cas (Me. m, 5; vi, 52; Rom. xi, 7; Eph. IV, 18; Job xvii, 7) il faut simplement reconnaître que la traduction est moins littérale et moins satisfaisante. M. Armitage Robinson [The Journal of theological Studies, 1902, p. 81-93) a bien prouvé la confusion chez les traducteurs, mais non chez les écrivains grecs. Ici le verbe est au pluriel et au passif, |r.toptiS9r,aav, ce qui indique déjà la causalité divine; d'ailleurs la suite ne laisse aucun doute. C'est l'application expresse à Israël de la doctrine du ch. ix dans ce qu'elle a de pénible, tandis que le ch. ix lui-même se terminait plutôt sur l'idée consolante du reste préservé. Au ch. x, Paul avait surtout mis en relief l'erreur et l'obstination d'Israël.

Sans doute le début du ch. xi a pour but de montrer qu'Israël n'est pas perdu tout entier, non pas de chercher la raison divine de ses égarements, mais Paul profite de l'occasion pour donner le dernier trait à sa doctrine, qu'il appuie sur l'Ancien Testament.

Dans la Vg. quaerebat devrait être quaerit, au présent comme en grec. Si ce que nous avons dit du sens de riwpoîSv est exact, obtusi (cf. II Cor. m, 14) conviendrait mieux que excaecati.

8) La métaphore de la callosité qui rend insensible est expliquée par un texte; l'explication s'applique, plutôt au sens général qu'aux mots, puisque les textes aA-aient déjà leur physionomie ; on n'en conclura donc rien pour le sens spécial de TîwpoCv. Dieu a donné à l'esprit des Juifs une sorte de torpeur, et de plus des yeux incapables de voir, des oreilles incapables d'entendre. Jésus a paru au milieu d'eux, leur a parlé, ses disciples continuent sa prédication : les Juifs n'ont rien vu, rien entendu, rien compris. — xaTdtvuÇt? dans les LXX (Is. xxix, 10 et Ps. lix [lxJ, 5) signifie engourdissement, torpeur. C'est donc aussi le sens de Paul. C'est une autre question secondaire de savoir si ce sens peut dériver directement du verbe -/axavuaoretv, « piquer, transpercer », au passif « être endolori, en proie à une douleur qui stupéfie » (Dan. X, 15), ou si le sens d'engourdissement, sommeil profond, ne s'est pas imposé pour xaTdcvuÇtç par suite d'une fausse étymologie de vuaTdîÇetv, « somnoler », comme pensent SH. et Zahn avec raison. — ô«p9aXiJ.oùç tou [jlà j3Xé7teiv ne signifie pas que Dieu leur a donné des yeux afin qu'ils ne voient pas : il a gouverné des yeux, destinés à voir, de façon qu'ils ne voient pas. De même pour les oreilles.

Cette doctrine est tirée de l'Écriture (-/.aÔaTttp [Soden -/aOtis] y^YpatTat), les textes cités étant une indication de la manière dont Dieu agit et par là même une prédiction de ce que se passe au temps présent. Paul qui citera David au V. 9 n'indique pas ici à quel livre il a emprunté. Ce n'est pas pour se donner plus de liberté dans la reproduction du texte, car il en use assez libre-

entendre, jusqu'à ce jour. » ^ Et David dit : « Que leur table leur soit un piège, et un lacet, et une cause de chute et de juste repré-

ment, même quand il cite l'auteur, mais sans doute avait-il conscience qu'il empruntait à plusieurs endroits très différents qu'il eût été compliqué de nommer. Le 7:v£U[Aa -/.aTavuÇewç vient d'Is. xxix, 10 : Sti nsTcérr/ev 0[j.aç Kupioç TîvsiSjjiaT: xa-uavu|£wç, OÙ Dieu frappe aussi le peuple de cécité intellectuelle, xaV/«[ji[j,ua£t Toùç ôcpOaXpùç «St65v. Le même Isaïe avait montré Israël écoutant sans comprendre, regardant sans voir : 'A-/.oî) (JxouasTe xal où (it) auvrî-e, zal (îX^novreç j5X£(j/£T£ y.oà o5 p./) I'Syjte (Is. vi, 9). Mais les termes de Paul se rapprochent davantage, surtout par les mots ?wç rTîç a7Î[x£pov /)[-i£paç, de Dt. xxix, 3 (ou 4) : -mX oùx ?8coxEV Kijpioç é ôebç Gfjiïv xapSt'av EÎSévai xaî ô<p6aX[j.ou(; pXé-Etv xal aira àxoùeiv Iwç Trjç -^(j-épaç TauTY]ç, si ce n'est que cette causalité négative : « Dieu ne vous a pas donné un cœur pour comprendre » etc. eonvenait moins à Paul que la causalité directe exprimée par le premier texte d'Isaïe. Il a donc fondu deux textes en un seul, qui exprime bien leur doctrine. Ce que Dieu fait aujourd'hui il l'a fait déjà, i'w? 1% aTfjxepov -/ip-Épa? montre la persistance du plan divin. D'après Gornely, l'endurcissement des Juifs au temps de Moïse est pour Paul le type de l'endurcissement actuel des Juifs. Mais rien dans le texte de Paul ne fait allusion à une situation déterminée. Le renvoi au Deut. a même échappé à Origène, Chrys., Thom. etc. S'il y avait une situation typique, ce serait plutôt celle du temps d'Isaïe, à cause du reste épargné. Nous maintenons la qualification d'accommodation figurative.

9) D'après Zahn, Paul a parlé au v. 8 de l'endurcissement des Juifs jusqu'à son temps ; il parlerait désormais des châtiments dont ils sont menacés dans l'avenir, et, s'il cite David, c'est qu'il ne serait pas.fâché de lui laisser la responsabilité de ces malédictions. — Mais ce serait sortir du sujet de l'endurcissement des Juifs. C'est encore de cela qu'il est question, et le futur ne figure ici que parce que le passage cité a la forme d'une malédiction. Il a été choisi pour mieux accuser l'aveuglement des Juifs; ils en sont venus à regarder comme avantageux pour eux ce qui est la cause de leur ruine! Le sens précis est difficile. La table est d'après Gornely l'appât qui attire l'oiseau qui sera pris au piège. D'après SH. c'est le symbole d'une fête; les réjouissances auxquelles on s'abandonne empêchent de voir le péril. Plus littéralement {Za/in], c'est une table basse posée sur des tapis sur lesquels sont étendus les convives ; une incursion soudaine les trouble; ils s'embarrassent dans les plis des tapis et tombent. Cette explication est en harmonie avec les expressions du v., 11, mais elle n'explique pas plus que les autres comment ce sur quoi les Juifs comptaient retombe sur eux (àvTa;i68oij.a). La seule situation qui rende compte de tous les termes serait celle d'une table avec des mets empoisonnés destinés à certains convives qui obligeraient leurs amphitryons à les consommer euxmêmes. Mais peut-être que Paul a pris le texte pour sa valeur générale sans serrer le sens de très près. Ou a-t-il pensé que la table était l'Écriture devenue pour eux lettre morte, et que les chrétiens retournaient contre eux? Il se serait ainsi rapproché du sens primitif du Psaume que M. Duhm restitue : « Que la table (où l'on consomme les sacrifices) soit devant eux un filet, et les

ÉPrrHE AUX ROMAINS. 18

274 ÉPlTRB AUX IIOMAINS, XI, 10-11.

saille ! ^^ Que leurs yeux soient obscurcis pour qu'ils ne voient pas ;. et fais-leur toujours courber le dos. »

*^ Je dis donc : ont-ils trébuché de façon à tomber à plat ? — Non certes! mais, grâce à leur chute, le salut [est parvenu] aux gentils,

sacrifices pacifiques (n'ipSu?*l) un pièg.e ! » Quoi qu'il en soit du texte primitif, le Ps. Lxviii (lxix), 23 est ainsi rendu par les LXX : yev7i04tw ^ xpaTcsÇa aitôjv âvcÛTitov ftiTôSy eîç Tuaytôa, xa\ eîç àvraTtéBoatv xat e?ç (rx.(itv8aXov. On comprend quô Paul ait rayé ivoSTriov aÙTôiv, assez inutile ; eîç àvrarcoSocnv répond à une lecture DiDl'^uyS « en rétribution » au lieu du TM. D'iDlS^yS*! « et à ceux qui sont en

sécurité » ; c'est un contresens, et Paul a compris que le mot grec interrompait mal le contexte; sans renoncer à l'idée qui ressortait du thème général, il l'a renvoyée à la fin en mettant le concret àvTa7cd8o[j.a au lieu de l'abstrait àvTaCT'Bosiç, La place vacante a été occupée par Oifpa « prise à la chasse », ici dans le sens de « filet ». Le mot axdcvoaXov qui dans les LXX rendait tant bien que mal U^piO « filet » est sans doute à prendre dans Paul selon son

sens ordinaire de chose qui fait trébucher. L'ensemble est donc plus satisfaisant que dans les LXX avec une sorte de parallélisme : Tcayis et Orjpa, « piège et filet », puis un objet qui fait tomber et se retourne sur celui qui croyait en tirer avantage.

10) C'est la reproduction littérale du v. 24 du psaume cité. Dans le texte hébreu : « Que leurs yeux s'obscurcissent pour ne plus voir; fais chanceler leurs reins pour toujoui's. » Il y a donc une divergence assez notable pour la fin. Dans l'ensemble, Paul applique aux Juifs ce que le psalmiste souhaite à ses •îunemis.

Il ne résulte pas de la citation que le psalmiste soit pour Paul un type de Jésus-Christ méconnu par les Juifs ; il donne seulement un nouvel exemple de l'endurcissement des Juifs, dans un cas où le vœu exprimé par le psalmiste suppose que c'est bien de Dieu que viendrait l'endurcissement. Cela soit dit pour préciser l'argumentation de Paul, sans nier le caractère messianique du psaume (Jo. ii, 17; Act. i, 20); d'après Corn. « les termes employés à propos d'un juste souffrant sont tels que leur sens complet et parfait n'est atteint que si on les entend en même temps et surtout du juste souffrant par excellence, c'est-à-dire du Christ ».

Au sujet de cet endurcissement de la majorité des Juifs, on aura en mémoire les explications données par les théologiens sur le rôle propre de l'action divine. Et spécialement dans la pensée de s. Paul, l'endurcissement est le châtiment d'une première faute (i, 26), comme cela résulte aussi de la situation dans Isaïe (i-vi). Il est volontaire (x). Enfin cet endurcissement n'est pas directement relatif à la vie éternelle : il enipêche les Juifs de reconnaître le Messie, mais il peut toujours être guéri pour la nation, puisqu'il est temporaire, sans parler des individus dont Paul ne cesse de solliciter la conversion (xi, 14).

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