La réprobation d'Israël n'est pas définitive
11) Même début qu'au v. 1. La situation est déjà moins sombre, puisqu'une
afin de les rendre jaloux. ^^ Or si leur chute est une richesse pour le monde, et leur déchéance une richesse pour les gentils, que ne sera pas leur plénitude !
partie d'Israël est sur le bon chemin, mais la réprobation du plus grand nombre est toujours une perspective fort triste, et c'est à cela que s'arrêtaient les vv. 8-10, Les Israélites ont bronché, ils se sont heurtés à la pierre de scandale (ix, 32) en refusant de reconnaître Jésus comme le Messie, en rejetant la justice de la foi. C'est ce qu'exprime 'Ére-raiffav dans son acception primitive. En fait les Juifs sont donc tombés, mais le contraste avec Triatoatv suppose pour jcratto le sens d'une chute dont on se relève facilement, par opposition à qui serait tombé entièrement, gisant à terre sans espoir. ?va est entendu au sens final par Corn., Lietz., Kuhl, Zahn; l'Apôtre demanderait si Dieu a endurci les Juifs et les a fait broncher dans le but de les faire tomber. SH. objectent avec raison que 'ÉnTaioav est à l'actif; ce sont les Juifs qui sont le sujet. Dès lors ?va n'a pas le sens final, car ils ne se sont pas butés dans le but de tomber. Il faut donc avec Clirys. prendre l'va au sens xax' IxSaorcv : « de manière à ». Ce n'est pas que la causalité divine ne domine la scène. Mais quand Dieu frappe Israël, ce n'est pas pour l'anéantir; cf. Is. xxvii, 7 : « l'a-t-il frappé comme il a frappé ceux qui le frappaient? A-t-il été tué comme furent tués ceux qui le tuaient? Avec mesure, par l'exil vous le châtiez ». Aussi, à la question qu'il s'est posée, Paul répond énerg-iquement par la négative. La chute des Juifs — TîapaTurwtxx, « faute », mais l'étymologie indique un faux pas — a été déjà pour les gentils une cause de salut. C'est une constatation de fajt. Paul, se voyant repoussé par les Juifs, s'est tourné vers les gentils (Act. xm, 45-48), qui ont donc été mis plus tôt dans la voie du salut. Et si les Juifs s'étaient convertis en masse, auraient-ils consenti à renoncer à leur loi? Le christianisme serait-il devenu la religion affranchie des observances nationales qui seule pouvait convenir aux gentils? Les doctes de nos jours sont parfaitement d'accord avec Paul pour constater que le refus des Juifs a facilité l'entrée des gentils. Et en cela même Dieu se proposait le salut des Juifs, il voulait les rendre jaloux, TuapaÇrjXôJaat, selon le mot du Dt. xxxii, 21 qui avait été cité plus haut (x, 19), L'expression est très concise, mais il est clair que cette jalousie devait être pour les Juifs un principe le salut. Leur Dieu était donc devenu le Dieu des gentils, l'Écriture qui leur avait été donnée passait à d'autres! Cette constatation en elle-même ne pouvait exciter que. la colère des Juifs contre les gentils; pour qu'ils se convertissent, il fallait encore qu'ils reconnussent que Dieu leur avait retiré ses bénédictions pour les accorder aux gentils; alors la jalousie serait à son comble, et aussi l'occasion d'un retour sur les erreurs passées. L'endurcissement voulu par Dieu est donc si peu contraire à la liberté, qu'il prépare l'action du libre arbitre.
Dans numquid sic o/fenderunt ut caderent, la Vg. a ajouté sic pour la clarté ; cette addition suppose le sens ecbatique de tv« [Thom. 2°) qui nous a paru juste. On peut effacer est avec WW.
12) Dans le v, 11, la balance paraissait pencher du côté des .Juifs, puisque'..
276 îiPITliE AUX UOMAINS, XI, 13-14.
^3 Or je le dis à vous, [nés parmi les] gentils : en tant même que je suis apôtre des gentils, je fais honneur à mon ministère, ^^ dans l'espérance de rendre jaloux [ceux de] ma chair, et d'en
si leur chute était ordonnée au sahit des gentils, le salut des gentils était à son tour ordonné au salut des Juifs. Paul rétablit ici l'équilibre, en montrant que la conversion des Juifs aura elle aussi de bons résultats pour les autres. Ce sont des actions et des réactions ordonnées par Dieu au bien de l'ensemble. Si la chute des Juifs a été utile aux gentils, que sera-ce de leur conversion? La pensée est claire, quoique l'argument a fortiori hq contienne qu'im des éléments de la condition énoncée : napàTCT:w[j.a n'a pas de parallèle. Paul ne se souciait donc pas d'un parallélisme exact, et l'on n'a pas le droit de traduire 7^TTï)[j.a « diminution » ou « petit nombre » pour l'opposer à 7cXY)pwij.a « plénitude «. Le parallélisme exact obligerait aussi d'entendre les deux premiers aÙTôjv du verset' non plus des Juifs endurcis comme au v. 11, mais de toute la nation; or cela est impossible parce que le ::apa:T:i:w[jLa, pas plus au V. 12 qu'au v. 11, n'est le fait de tous, et qu'il doit en être ainsi de 7]TtY)[xa qui est aussi une mauvaise note, parallèle au napânTcapLa. Les deux premiers aurwv, avant la réunion, s'entendent donc ici comme au v. 11 des Juifs endurcis et ïîitr,[j.a doit être pris dans le seul sens que permette son rapport avec ïiTTaou.at « je suis vaincu », ou avec ^-cxwv « inférieur », d'une déchéance ou infériorité. C'est aussi le sens du mot dans les deux seuls cas où il soit connu, Is. xxxi, 8 et I Cor. vi, 7.
La difficulté est plus grande pour TrXTÎpwfjia. En partant du sens que nous avons reconnu à ^TT)r)jj.a et en urgeant le parallélisme, Zahn (cf. Lietz.) traduit « état parfait » d'après Eph. iv, 13, car Paul ne souhaite pas que les Juifs endurcis complètent leur (auxcov) nombre, mais plutôt qu'ils cessent de Voire. Cependant le rapprochement du v. 25 et le contexte conduisent invinciblement à l'idée d'une réunion de tous les Juifs dans la foi; ils seront au complet. Il faut donc admettre que cette idée de réunion plénière suffit pour le contraste; dès lors le troisième aùiûv s'entend de tous les Juifs. En d'autres termes, aÙTûv, qui s'entend toujours des Juifs, en désigne une partie ou le tout selon que le contexte indique une action partielle ou collective.
Diminutio (ou plutôt deminutio) de Vg. n'indique pas nécessairement une diminution quantitative; Thom. l'a entendu comme nous d'une diminution qualitative : quia scilicet decrevevunt ah illa celsitudine gloriae quam habebant, selon le sens normal du latin, déchéance, abaissement.
13 s.) Après È'Ovsaiv, mettre un point en haut (= deux-points Vg.) avec Soden plutôt qu'un point (avec Nestlé)'. Il est fort exagéré de commencer un alinéa à UIJ.ÎV, car le même sujet continue, et les vv. 13 et 14 sont plutôt une parenthèse, le 5e après {j[jt.ïv n'exprimant qu'une très légère opposition. Paul s'adresse donc spécialement aux gentils. On a conclu (encore Zahn) que la majorité de la communauté était composée de Juifs convertis. Après avoir parlé à tous dans le reste de l'épître, Paul s'adresserait ici à la minorité, d'origine païenne, jusqu'au v. 24. L'argument serait bon si vraiment Paul abordait ici
ËPITHE AUX noMAiNS, XI, 15. 277
sauver quelques-uns. ^^ Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon [la] résurrection des morts?
un enseigaement particulier destiné à un auditoire spécial. En réalité il va développer le thème des vv. 11 et 12. Aussi traite-t-il encore le môme thème au V. 25 où il dit àBdtpo-! en s'adressant toujours aux gentils, comme il dit (iSeXçpot à toute la communauté; S'il met en scène les gentils, c'est donc simplement qu'ils composaient la majorité de la communauté romaine, et qu'à ce titre ils pouvaient s'étonner que Paul, l'Apôtre des nations, attachât tant d'importance à la conversion des .Juifs. Je vous le dis tout franchement, répond Paul, moi Apôtre des gentils, même dans ce ministère, j'ai en vue la conversion des Juifs! — ïç'Saov ne signifie pas « aussi longtemps que » (quaindiu), mais « en tant que » [qua tenus, Corn, etc.), car dans le premier cas Paul eût ajouté y p6vov (Rom. vu, 1; 1 Cor. vu, 39; Gai. iv, 1), et l'on ne voit pas qu'il ait jamais regardé son ministère comme temporaire, à moins de supposer avec Origène (latin) qu'il se proposait après sa mort un autre apostolat! Dans [jlIv ouv, ]xh n'a aucune apodose, et il n'y a pas lieu de la sous-entendre (contre Corn.) ou de croire à une anacoluthe. Dès lors («v perd de sa valeur propre et les deux mots signifient simplement une concession : en tant qu'apôtre des gentils, ce que je suis, certes... ; cf. Heb. ix, 1.
Tr;v Stay.ovtav |j.ou So^ai^w ne signifie pas : je n'estime ce ministère chez les gentils que pour autant qu'il conduit à la conversion des Juifs (Lietz.), mais : je fais honneur à mon ministère, je m'y consacre entièrement, avec cette arrière-pensée d'exciter la jalousie de ceux qui sont vraiment ma chair, étant Israélites comme moi. Ne voyant pas que le salut de tous soit proche, Paul espère en sauver par ce moyen du moins quelques-uns; ce sera toujours un pas vers le résultat final. Si Paul avait compté pour ce salut définitif sur l'action personnelle des .Juifs convertis, il leur eût accordé une prérogative personnelle dans l'ordre religieux qui paraîtrait peu compatible avec ce qu'il a dit X, 12. Dans sa pensée, il s'agit plutôt du dessein de Dieu qui ne peut s'accomplir pleinement, même au profit des gentils, si le salut des Juifs n'est pas d'abord assuré. Ce n'est pas offenser les gentils que de travailler pour les Juifs même en se consacrant aux gentils, puisque, travaillant pour les Juifs, il rend aussi service aux gentils. Il se donne à tous pour les sauver tous; cf. I Cor. IX, 20.
Dans la Vg, au v. 13 enim répond à yap dans quelques mss. grecs ; il faudrait autem.. Quatenus vaudrait mieux que quamdiu, et quideni pourrait être supprimé. Honorifico serait plus conforme au grec que honoviflcabo.
15) Paul s'explique ici plus à fond, de sorte que ce verset atténue ce que les précédents laissaient paraître de partialité pour les Juifs, et précise en m.ême temps le grand avantage vaguement indiqué par. le rdaw ixaXXov du v. 12.
Il y a une double opposition, ànoôoXT^ et irpocrXriij.tJdç (forme égyptienne que Soden remplace par TCp6aXY)(|'tç) d'un côté, xaTaXXayr) et Cw^ èx vEx.pâiv de l'autre. TcpdaXr)[Ai{/iç est très clairement l'acte de Dieu qui appellera la nation juive à la foi et au salut; h.T.oZok/\ est donc le rejet de la nation par Dieu, en d'autres termes sa réprobation. Dans le dessein de Dieu, ce rejet des Juifs
^6 Si les prémices sont saintes, la masse de la pâte l'est aussi ; et si
avait procuré la réconciliation, du monde, c'est-à-dire l'appel des gentils à la foi comme on l'a vu au v. 11. Que fera donc la conversion en masse des Juifs? Évidemment ce doit être quelque chose de considérable.
D'après Paul ce sera Çwï) âx vexpûv. Cette vie ressuscitée ne peut s'entendre que de deux manières, au sens spirituel ou au sens réel indiquant la résurrection des corps. Le sens spirituel ne paraît pas en situation ; puisque les gentils ont déjà la awTrjpfa (v. 11), le t^XoCtoç xrfjfxou (v. 12), la •/.a.T(xXka'{r\K6a\Lo\), que peuvent-ils obtenir dans l'ordre spirituel? Si l'on objecte que ces biens sont acquis en droit, mais non en fait, que peu de gentils sont encore convertis et que la conversion de tous sera vraiment une résurrection du monde, on oublie que la conversion des gentils doit précéder celle des Juifs (v. 25). Dire que les gentils seront dans une torpeur spirituelle d'où les tirera le retour des Juifs, c'est introduire une pure supposition dans le texte. D'ailleurs aucune rénovation spirituelle des chrétiens ne serait, par rapport à la réconciliation des Juifs, un résultat comparable au changement radical de leur conversion à la suite de la réprobation des Juifs. La situation des gentils devra, elle aussi, changer du tout au tout. C'est 'donc que, après la conversion des Juifs, rien ne retardera plus l'entrée des fidèles ressuscites dans la gloire [Ovig., Cyr.- AL, Thom. 2°, le plus grand nombre dos anciens, Xt/js., SH., ML, Lietz., Zahn, Kii/il). Cornely n'admet pas le sens de vie spirituelle, mais rejette aussi l'explication courante parce que la résurrection des morts eût été exprimée pur 7] àvaaxaaiç r/. vExpôiv ou au moins par r\ ttov) k/. vsxpfflv. L'erreur générale viendrait de ce qu'on n'a pas observé le manque de l'article. Le sens serait donc très vague, indiquant un bien si pai'fait qu'on pourrait le comparer à la résurrection; Euthym. [xsyaXûvat yàp tb upa^jj-a PouXd[j,svoç 7:àXiv Çwîa touto napecxaaEv. — iviais si Paul a omis l'article, ce qu'il fait souvent, il n'a pas non plus écrit t'i; ou tîaiïst (cf. VI, 13). Déplus ses expressions ici ne seraient pas moins vagues qu'au V. 12; il serait revenu sur le sujet pour ne rien dire de j^lus. Enfin, si indéterminé que soit le sens, si l'on exclut la vie ressuscitée au sens propre, il faudra toujours revenir à la vie spirituelle; or Cornely n'approuve aucune conjecture relative à la vie spirituelle. Il reste donc que comme la réprobation des Juifs a été l'occasion de la réconciliation du monde, leur conversion sera comme le signal de la consommation du monde et de l'avènement d'un monde nouveau. Il faut cependant reconnaître que les expressions ne sont pas très précises et qu'on ne saurait y fonder des conjectures assurées sur un rapport de temps entre la conversion des Juifs et la résurrection des morts, en d'autres termes affirmer que le jugement dernier suivra de près la conA'^ersion des Juifs.
Amissio de Vg. est un terme trop faible pour àTtoBoXTi. Mieux vaudrait abiectio [Jérôme, IV, 98) ou reiectio {Aug. VIII, 215. 582).
16) La Loi abrogée, les Juifs réprouvés en masse, que devenaient les anciens desseins de Dieu sur son peuple? Problème délicat, où l'on pouvait facilement excéder dans un sens ou dans l'autre. Dans ce passage, Paul qui s'adresse expressément aux gentils convertis, craint qu'ils ne tiennent pas
la racine est sainte, les rameaux aussi. ^^ Or si quelques-uns des rameaux ont été retranchés, et si toi, olivier sauvage, as été enté parmi les rameaux, prenant avec eux ta part de la racine, [j'entends] de la
compte de la continuité de l'ordination divine. Les Juifs sont toujours, d'une <;ertaine manière, un peuple consacré à Dieu, un peuple dû à Dieu. Il le prouve par deux comparaisons. D'abord les prémices. En faisant le pain, l'Israélite devait prélever une partie de la pâte, comme il devait prélever une gerbe de l'aire. Ce petit gâteau était consacré à lahvé comme prémices (Num. XV, 17-21), et en fait donné aux prêtres (Jos. Ant. IV, iv, 4; Philon, éd. Mang. II, 232 ss.). L'expression des LXX àTtapy^ï) <pupd[(j.aToç prouve avec évidence que Paul fait allusion à cet usage. Mais cemment a-t-il le droit de conclure : si la part prélevée est sainte, la pâte aussi? Les commentateurs supposent comme évident que lacoQsécration d'une partie avait pour résultat de consacrer le reste. C'est ce que ni la Bible, ni Josèphe, ni Philon ne disent expressément. Il semble d'ailleurs que le but des prémices soit plutôt de donner au peuple le libre usage du tout après qu'une petite partie a été mise de côté pour lahvé (Lev. xxiii, 14), Pourtant les deux idées sont parfaitement conciliables. Les plantes et les fruits sont interdits à Israël et regardés comme incirconcis ou impurs avant l'offrande faite à lahvé (Lev. xix, 23 ss.). Cette offrande a donc pour résultat de leur conférer une sorte de pureté légale, et il en est dç même de la khallah ou prélèvement de pâte. Désormais le pain sera apte à être consommé par le peuple de Dieu. Il reste à établir le rapport du sens propre avec le sens figuré. Si cette comparaison était seule, on entendrait les prémices des Juifs convertis ; mais la première comparaison ne peut guère viser un autre objet que la seconde. Or, par « la racine », il faut sans aucun doute entendre les patriarches et en particulier Abraham. Les prémices sont donc aussi les patriarches. Il y a eu, au début de l'histoire d'Israël, une consécration de certains hommes au service de Dieu, et cette consécration comprenait la bénédiction accordée à leur race. Paul vise Israël en général, et, d'après le contexte, même celui qui est actuellement réprouvé, car par ses origines il était le peuple de Dieu, et il est encore appelé le premier (i, 16). Il évite cependant de dire oXov to <pup«[jLa et au lieu de « tout l'arbre », il dit « les branches », soit parce que désormais les destinées du peuple de Dieu ne sont plus des destinées nationales, mais individuelles, soit pour préparer la comparaison qui suit.
Delibatio qui indique l'action de prélever rend moins bien àjrapyri que ne {evoil primiiiae, selon l'usage de la Vg. (Rom. viii, 23; I Cor, xv, 20. 23 etc.). Delibatio qui ne se trouve qu'ici dans la Vulgate vient de l'ancienne latine {WW.).
17-24. Ce n'est point ici une parabole argumentative, dans laquelle la realité du fait proposé importe à la valeur de l'argument. Paul ne part pas de ce qui se passe dans la nature pour conclure dans l'ordre moral, mais montre quelles conclusions on peut tirer d'une situation qu'il vient déjà de comparer, pour ce qui regarde les Juifs, à celle d'un bon arbre. Par opposition avoc
!.ri"n3se sève de Folivier, ^^ne sois pas insolent avec les branches : et si tu es insolent, ce n'est [pourtant] pas toi qui portes la racine, mais c'est la racine qui te porte. *^ Tu diras sans doute : Des ra-
cette bonne racine dont les branches sont bonnes, les gentils ne peuvent être comparés qu'à un sauvageon qui serait greffé sur un bon plant. Ce n'est pas évidemment la pratique des jardiniers qui greiïent un rameau fei'tile sur un sauvageon, mais qu'importe? Il s'agit de l'endre sensible le dessein réalisé par Dieu. C'est aussi ce qu'ont compris Origène et s. Augustin. Il est vrai que Columelle (V, ix, 16)etPalladius (De insidone, XIV, 53 s.) ont prétendu que l'incision d'un rameau d'olivier sauvage dans un olivier fertile, mais épuisé, l'aidait à donner des fruits. Mais à supposer que cela soit vrai, l'usage était assurément peu connu, et si Paul y avait fait allusion, la comparaison aui'ait péché d'une autre manière, car le sauvageon eût eu quelque mérite. Pour n'être pas en règle avec les procédés de l'arboriculture, sa comparaison n'en est que plus saisissante ; le dessein de Dieu n'est-il pas lui-même extraordinaire, et bien différent de ce qu'eût pu conjecturer la raison?
17) t(v£ç « quelques-uns », pour qualifier la masse coupable! Comme on sent que Paul est tout entier occupé à rabattre les prétentions d'un gentil qu'il interpelle en particulier! — àyptlXato; peut être subst. ou adj., « olivier sauvage », ou, ayant la nature de l'olivier sauvage; ici probablement dans le même sens qu'au v. 24 où il est subst. — h aùxotç non pas « dans » les rameaux arrachés, mais « parmi » les rameaux qui demeurent, donc inier illos (Corn.) et non in illis (Vg.). — auvxoivwvdç coparticipant, avec ces rameaux, du suc de la racine. — Si on lit xriç, ^(Çviç tî)? m(tx-(\ioç, on doit l'entendre de la racine grasse; et en effet le bois même de l'olivier est comme imprégné d'huile et brûle très facilement; Soden lit t% ^îÇviç xal xî^ç mQxt\-zoc, et cette leçon est beaucoup plus naturelle, mais un' peu suspecte par là même.
Pour le sens que nous avons indiqué, inter illos (Corn.) conviendrait mieux que in illis (Vg.). Et devant pinguedinis (Vg.) cori'espond à la leçon de Soden qu'on ne saurait condamner.
18) Tûv xXâoiov est un terme général qui désigne tous les Juifs (contre Zahn, avec Thom., SH., Kûhl...). Il est naturel que le sauvageon méprise les branches coupées; mais il arrive aussi que le bourgeon greffé sur ua sujet déjà productif produise plus que les branches ordinaires; il méprise donc les branches normales et oublie ainsi le mérite du plant dont il tire sa sève. La pensée est claire malgré l'ellipse. Thom. : quod si non obstante hac admonitione, gloriaris, insultando ludaeis stantibus vel excisis; hoc considères ad repressionem gloriae tuae, quod tu radicem non portas, sed radix te; id est, ludaea non accepit ex gentililate salutem, sed poilus e conversa. C'était maintenir l'ordre et l'accord des deux Testaments.
19) Le gentil prétend mettre immédiatement à profit l'enseignement de Paul (xi, 11) : si des branches ont été coupées, c'était en vue de la greffe. Cette fois l'observation est empruntée au jardinage. Pour faire réussir une greffe, ce n'est pas trop de toute la sève du plant; les autres rameaux sont
ÉPITHE AUX ROMAIiVS, XI, 20-21. 281
meaux ont été retranchés pour que je sois enté. ^OTrès bien! ils ont été retranchés à cause de leur incrédulité, et toi tu subsistes par la foi. N'aie point de sentiments [si] hauts ; crains plutôt ! ^^ Car si Dieu n'a pas épargné les rameaux qui appartenaient à l'arbre par
sacrifiés. Au sens propre : le rôle des Juifs, comme celui de leur loi, n'était que préparatoire; dans les desseins de Dieu ils étaient remplacés par les gentils.
Dices [Vg.-Clém.) est plus conforme au grec que dicis [WW.)
20) Il y avait du vrai dans l'argument, aussi Paul répond xaXGjç, mais non sans ironie, parce que l'interlocuteur ne soupçonnait pas que son orgueil se retournait contre lui, Avec sa constante préoccupation des nuances, et pour ne pas reléguer dans l'ombre l'action du libre arbitre, Paul change ici de style. Jusqu'à présent l'olivier et le sauvageon paraissaient également passifs. Le divin jardinier coupait et greffait à son gré. Mais comment se fait-il que les Juifs aient été retranchés? C'est par le fait même de leur infidélité... Comment se fait-il que les gentils ont été gre/Tés et qu'ils tiennent encore? C'est par le fait même de leur foi, de leur soumission, de leur obéissance à la prédication, qui, n'étant pas comme les œuvres un prétendu sujet de se glorifier, devaient être accompagnées d'une humilité profonde. C'est cette humilité que le sauvageon est en train de perdre; grave sujet de crainte! — Au lieu de u']/»)Xà (ppdvsi, Soden lit u|Y]Xo!ppov£t sur l'autorité d'Origène.
Corn, note que la traduction de Vg. propter incredulitatem indiquerait le retranchement comme une peine de l'infidélité, tandis que x^ àmixh. signifie « par le fait même de l'infidélité », comme t^ t.îqxzi « par le fait même de la foi ». La causalité de la cause première et celle des causes secondes sont donc intimement unies et finement distinguées.
Moulton et Milligan notent que l'existence de àTîtatéw pour signifier « refuser créance » permet plus aisément d'entendre kr.tMta dans son sens propre de désobéir.
Dans la Vg. au lieu de propter incredulitatem lire incredulitate.
21) Soden met entre crochets [inf Ttco? avant oùoé; c'est la leçon de Vg. ne forte nec tibi parcat, mais Aug. lisait : nec tihi parcet, donc sans ]i.r[ tîwî. L'addition (latins et syriens) avait une raison d'être, adoucir ce que la menace avait de trop positif et qui paraissait la transformer en prophétie, tandis qu'on ne voit pas pourquoi on aurait retranché ce [j.7f jiw? qui est en réalité sous-entendu dans la pensée de Paul. On le supprime donc avec les égyptiens et quelques autres mss. D'ailleurs, selon les deux leçons du texte, les fidèles sont prévenus qu'ils peuvent encourir la condamnation. Jûlicher regrette le ton d'assurance de vin, 28 ss.; il insinue que Paul, sans renoncer à sa théorie, s'accommode à la nécessité d'émouvoir un chrétien dépourvu de mœurs. Ce serait prêter à l'Apôtre une dissimulation de sa doctrine; la vérité est que les deux concepts se concilient parfaitement — mais à la condition de sacrifier la justice inamissible de Luther.
nature, il ne t'épargnera pas non plus. 22 Vois donc la bonté et la sévérité de Dieu : envers ceux qui sont tombés, c'est la sévérité ; envers toi, c'est la bonté de Dieu, si tu demeures dans la bonté, autrement tu seras retranché, toi aussi.
23 Et eux, s'ils ne demeurent pas dans l'infidélité, ils seront entés ; car Dieu a le pouvoir de les enter de nouveau. ~* En effet si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage auquel tu appartenais par nature et si tu as été enté sur un bon olivier, de nature différente, combien plus ceux-ci seront-ils entés sur leur propre olivier auquel ils appartiennent par nature !
L'Apôtre dit donc que le gentil ne peut pas s'attendre à être épargné quand le Juif ne l'a pas été, mais il ne dit pas qu'il sera retranché plus facilement; Orig-ène a exagéré en écrivant ^'ato [j.aXXov.
22 s.) C'est toujours la même préoccupation de mettre en jeu le libre arbitre, pour le prémunir contre ses défaillances, et aussi l'action toutepuissante de Dieu, de telle sorte cependant que le libre arbitre soit responsable des chutes, et que tout le bien vienne de Dieu. La sévérité de Dieu s'exerce sur ceux qui sont tombés, naturellement pour les punir de leurs fautes, et rien n'indique que cette chule soit l'effet de la réprobation (avec Corn., contre Esdiis) ; mais tandis que Paul va parler (v. 23) de demeurer dans l'infidélité, il ne dit pas ici « demeurer dans la foi » mais « demeurer dans la bonté »; les deux choses sont nécessaires, mais la nuance a été choisie pour montrer que demeurer dans la foi c'est demeurer sous l'action de cette bonté qui a greffé les rameaux sauvages par pure bonté. — Ghrys. en accentuant l'action du libre arbitre : xal oix ûtzz, t^ TcforEt, àXxà tî} y^pyjaréTyjTf -ouTÉaTtv, èàv à'^ia x%c, toîj 6eoî3 ©tXavÔpwTufa; rtpaTTT]?. — Paul a employé d'abord l'accusatif, y^priax^TrjTa et (ÎTOTO[xiav, puis mis ces deux mots au nominatif en sous-entendant iartv, un peu comme 11, 7 ss. (Nestlé, Soden). La moindre négligence faisait disparaître cette élégante modulation : la Vg. a tout mis à l'accusatif; de même Clém. d'Al, et I et K de Soden. C'est un cas que Soden tranche contre ses principes et qui montre bien la supériorité de la tradition de B, N et autres « égyptiens » (H de Soden). Aussi préférons-nous i;:t[Aév7);, et au V. 23 È7rt[j.évMatv à iTrtfjistvrjî, è7:[[Ji.£(vfDa[v, donc si permaneas, si permaneant à si permanseris, si permanserint [Vg.). Pour le sens la différence est à peine sensible. — lizd « autrement », cf. Rom. xi, 6; I Cor. xv, 29; Heb. ix, 17; usage connu des classiques.
23) Si les Juifs croient, ils sont greffés par le fait même. Dieu peut les greffer, c'est-à-dire les amener à la foi. Mais il faut qu'ils renoncent à leur infidélité. Ce qui vient d'eux, c'est l'obstacle. Si Dieu peut les greffer de nouveau — la proposition est absolue — c'est donc qu'il peut triompher de l'obstacle.
24) Si l'on prend ces termes très à la lettre et dans l'ordre de la nature,
2^ Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sensés [ ] pour vous seuls, que l'endurcissement n'a été le fait d'une partie d'Israël que jusqu'à ce que la masse