‹ Saint Paul [microform]Chapitre 14 sur 86 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

de Paul en Galatie. Au contraire les Actes nous renseignent assez abondamment sur ce qui s'est passé en Pisidie et en Lycaonie. Ces circonstances sont-elles reflétées dans l'épître? C'est ce- que soutiennent les partisans du nouveau système. Voici leurs arguments principaux.

a) Paul dit aux Galates à propos de sa résistance contre les partisans de la circoncision : « Afin que la vérité de l'évangile demeure auprès de vous » (il, 5). Cela se passait au concile de Jérusalem. Il les avait donc évangélisés auparavant, ce qui n'est pas le cas des vrais Galates.

Cet argument, le seul plausible, n'est pas décisif, car Paul a résisté dans l'intérêt de tous les gentils; s'il parle de l'intérêt des Galates, c'est qu'il écrit à eux, non point à d'autres. Voir le commentaire.

b) La faiblesse dont parle Paul (iv, 13) répond aux persécutions endurées en Pisidie et en Lycaonie. Cornely insiste beaucoup sur cette raison. Mais elle repose sur un contre-sens. La faiblesse de Paul est une infirmité de sa chair qui risquait de dégoûter les Galates de sa prédication Bien coiripris, et son sens ne fait pas doute, même pour M. Ramsay, ce passage est au contraire un argument décisif contre le système de la Galatie du sud. Car les circonstances de l'apostolat de Paul et de Barnabe dans cette région, telles qu'elles sont narrées par les Actes, excluent le trait retenu par l'épître comme le principal.

c) Paul parle de Barnabe comme d'un homme d'une grande autorité, connu des Galates (ii, 1. 9. 13). Or Barnabe n'était pas avec lui quand il est allé en Galatie. — Cet argument aussi doit être rétorqué. Paul ne parle pas de Barnabe à propos de son arrivée chez les Galates, oii il fait seul figure d'apôtre, tandis que dans la première mission Barnabe était au moins son égal. S'il le nomme à propos du concile de Jérusalem, c'est qu'il était connu universellement comme apôtre des gentils ; son adhésion à la conduite de Pierre rendait la situation de Paul plus critique et l'opposition à Pierre plus hardie. Pierre, Jacques et Jean, nommés à la même occasion, n'étaient pas non plus allés en Galatie.

d) Les adversaires de Paul lui avaient reproché d'être partisan de la circoncision (v, 11); ce doit être une allusion à la circoncision de Timotiiée, qui était connu à Lystres et à Iconium (Act. xvi, 1 s.). — Il est possible, mais était-il nécessaire, pour que Paul fût accusé d'opportunisme, que le cas se fût passé parmi ceux qu'on cherchait à détourner de lui ?

e) Zahn cite encore dans l'épître, comme concordant avec les circonstances de l'apostolat en Pisidie-Lycaonie, les passages suivants : i, 8 s.; m, 1-5. 26-29; iv, 20; vi, 17. On verra dans le" commentaire s'il y a là vraiment le moindre indice révélateur.

f) Mettons encore sous un seul chef plusieurs suggestions de convenance. On prétend qae les Juifs étaient très peu nombreux en Galatie, que les judaïsants ne se seraient pas hasardés si loin, que Paul n'aurait pas écrit en grec à une communauté où l'on parlait celte, qu'il n'a pas

XXII INTROBUCTION.

fondé d'églises en Galatie puisque l'histoire de l'Église les ignore avant la fin du ii° siècle, qu'il serait bien étrange que Luc n'ait pas parlé de ces communautés auxquelles Paul avait adressé une lettre.

Mais toutes ces raisons ou sont mal appuyées ou ne concluent guère. Il y avait sans doute des Juifs en Galatie, comme dans tout le monde romain ; s'ils étaient peu nombreux dans cette région, on ne s'en explique que mieux comment Paul a pu regarder les Galates comme de purs gentils. Les judaïsants n'étaient guère moins zélés à détruire l'œuvre de Paul que lui à prêcher l'évangile, et la Galatie n'était pas inaccessible. M. Perrot a montré que le grec y dominait, même dans les noms propres, dès le début du i*"" siècle, tandis que les Lycaoniens parlaient encore leur langue, au temps de Paul, comme les Actes le constatent (Act. XIV, 11). Enfin Paul a pu écrire à des églises qui ne sont pas devenues célèbres dans la primitive Eglise, et Luc n'a pas complètement passé sous silence l'action de Paul chez les Galates.

g) Citons enfin cet argument de M. Ramsay que les Galates avaient subi l'influence des Romains plutôt que celle des Grecs et que Paul fait plutôt allusion à des usages grecs, par exemple à propos du testament (iv, 1). En admettant que ce savant n'ait pas exagéré la défiance des Galates pour les Grecs, nous serions tenté de rétorquer l'argument, car Paul se place plutôt sur le terrain du droit romain.

On n'a donc rien produit de sérieux en faveur de l'opinion nouvelle. Et nous prétendons même que la discussion a mis en valeur des preuves positives pour la position traditionnelle. Nous les avons déjà indiquées comme des répliques, et elles sont surtout décisives pour les catholiques, qui admettent l'autorité des Actes.

D'après les Actes, Paul, visitant pour la seconde fois Derbé, Lystres, et les autres villes, après le concile de Jérusalem, ordonnait à tous d'en observer les décrets (Act. xvi, 4). Même si l'on fait abstraction de ce passage, il résulte de tout le récit des Actes sur ces missions que dès le premier jour la controverse y avait été ardente avec les Juifs, et plusieurs d'entre eux s'étant convertis, la question des observances mosaïques y fut aussitôt posée. En conséquence, Paul avait dû prendre parti, donner ses raisons, et, revenant ensuite, imposer l'autorité du concile de Jérusalem. Or l'Épître aux Galates serait inexplicable après tous ces faits. Que nous révèle-t-elle ?

Paul, accablé par la maladie, obligé de s'arrêter dans ses courses, ne peut se résoudre cependant à ne pas prêcher la parole à ceux parmi lesquels il se trouve. Au lieu de mépriser cet apôtre souffrant dans sa chair, les Galates le reçoivent avec enthousiasme. Aucune trace de controverse avec les Juifs. On dirait d'une population composée uniquement de païens, auxquels Paul prêche Jésus crucifié, sans craindre le scandale de personne. Cette doctrine les ravit. Ils eussent donné leurs yeux pour

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