XXIV INTRODUCTION
graves, obligés de s'en repentir bientôt après, car ils se mettent sous la dépendance de bruits incertains ou de fictions qu'on débite pour leur plaire (1) ». Ne voit- on pas les Galates recevant de Paul la bonne nouvelle, puis, à l'arrivée des judaïsants, s'imaginant qu'ils ont été trompés? D'autant qu'ils ne sont pas seulement curieux de contes en l'air; César a noté qu'ils prenaient vite les décisions les plus graves, dont ils se repentaient non moins rapidement : de summis saepe rébus consilia ineiuit, quorum eos in vestlgio paenitere necesse est... Et cette ardeur à s'instruire portait sur les choses de l'esprit les plus relevées. « Sachez, disait Themistius des Galates, qu'ils ont l'intelligence pénétrante et vive, et qu'ils sont plus dociles que les Grecs les plus authentiques : quand un philosophe se présente, ils se pendent à lui comme le fer est suspendu à l'aimant (2) ».
L'ardente curiosité des Gaulois n'était pas toujours accompagnée de réflexion. Ils comprenaient vite, et croyaient comprendre mieux que les autres. M. Jullian a observé ce fâcheux revers de la médaille ; « cet orgueil et cette irréflexion les mettaient à la merci des habiles et des ambitieux. Avec quelques flatteries , de belles phrases , l'image de grandes espérances, on. dirigeait ou on détournait sans peine leurs volontés... Ils étaient les plus faciles des gens à se laisser convaincre... Mais les Gaulois, le cas échéant, savent se rendre aux bonnes raisons (3) ». Et cet élan, cette présomption aussi, les rendaient avides de gloire : « Sauf le peuple grec, dit encore M. Jullian, nulle nation n'a aimé à ce point la gloire, le bruit que fait un nom d'homme (4) ». Ils étaient, car il faut tout dire, fort enclins, comme tous les Barbares, aux plaisirs de la table : grands mangeurs, et fieffés ivrognes. « De l'enfant, les Gaulois avaient la vanité, le caractère indomptable, le besoin de l'emportement, le goût des querelles, l'absence de jugement, le bavardage continu, l'inconstance des désirs et l'impuissance à la discipline (5) »... « Mais nul n'a dit d'eux, d'une manière formelle, qu'ils fussent méchants et fourbes (6) » . Ils étaient plutôt simples et sans malveillance, d'après Strabon (7). En revanche les auteurs classiques leur ont beaucoup reproché leur soif de l'or (8). Mais n'était-ce pas le fait de
(1) Bell. gall. IV, 5.
(2) THEJfiSTius, Or. XXIII, p. 299 A, cité par Wetstein sur Gai. i, 6 (dans Lightfoot) : ol Sa avSpEç laTt ou oisïç xal à.'^xi^oi xai eû(J.aÔ£'cïT£poi tûv ayav 'EXXi^vwV xat Tpiêw vCou itapaçavÉvTo; èxxpÉiJ.avTai eûÔù; (ùamp r^ç XiOou Ta ciSïlpta.
(3) Histoire de la Gaale, II, p. 425.
(4) Op. l. II, p. 432.
(5) Jullian, op. l. I, p. 344, avec les justifications par les textes.
(6) Eod. loc, p. 446.
(7) àizlovw xal où xaxdyi^Tii; (.Strab. IV, IV, 2).
(8) Oî TaXàtat yivo; «irXYiffTOTKTov xP'll^a'^'^v (Plut., Pyrrhus, 26); de môme Tite- Live, XXXVIII, 27 avidissima rapiendi gens, et Diod. Sic. V, 27 ôvtwv xm KeXxûv çtXapYÛpwv xa8' ûnepSoXiîv.