INTRODUCTION. XXV
toutes les bandes guerrières, organisées pour le pillage (1)? Etaient-ils entre eux plus âpres au gain que les peuples civilisés ? c'est ce qui ne ressort pas des textes. Le Barbare convoite l'or avec une sorte de frénésie, mais il le prodigue de même.
Et les Barbares étaient tous plus ou moins rebelles à la discipline, mais les Gaulois avaient par excellence des ingénia indomita (2), un immense amour de la liberté. Et l'on peut se demander si Paul n'avait pas conscience de toucher les Galates au point sensible en leur représentant la Loi mosaïque comme un joug, la vie chrétienne comme une vie de liberté.
Mais n'est-ce pas suivre un mirage que de parler des habitants de la Galatie comme s'ils étaient des Gaulois? Déjà leur vainqueur, le consul Manlius, les traitait de Gaulois dégénérés, de Gallo-Grecs (3). Après la réduction en province romaine, n'étaient-ils pas complètement fondus avec les populations qu'ils avaient conquises, au point d'avoir perdu leur caractère national? Tout prouve que non, et les trois tribus conservèrent jusque sous l'Empire leur individualité. On possède des décret» au nom du sénat et du peuple des Tectosages : ^ pouX'Ji xal h l\\xnt, 2s6«atv)vc5v TexTocraYwv (4) . L'ancienne population phrygienne était beaucoup plus nombreuse que les conquérants, mais loin qu'ils s'y soient fondus, ce fut l'élément gaulois qui donna solidité, vigueur et son caractère propre à l'Etat. M. Ramsay l'a noté, et il ajoute que l'hellénisme fut tenu en échec, et ne domina que dans les villes, et surtout à Ancyre et très tard. Leurs guerres fréquentes avec les rois de Pergarae et du Pont mirent les Galates en défiance de l'esprit grec. Alliés des Romains, ils furent plus dociles à leur influence. La Gaule aussi se hâta d'être romaine et fut fertile en orateurs latins, sans cesser d'être la Gaule dans les villas et dans les fermes. En Galatie, on parlait grec, comme dans toute l'Asie antérieure, et on y écrivait en latin, peut-être plus qu'ailleurs dans ces contrées. Mais les tribus gauloises ayant conservé leurs cadres, ont dû aussi garder quelque chose de leurs usages. D'après s. Jérôme, les Galates, outre le grec, parlaient la même langue qu'à Trêves : Galatas excepta sermone graeco, quo omnis Oriens loquitur, propriam lînguam eamdem pêne habere quam Treveros, nec referre si aliqua exinde coj'ruperint, quum et Afri Phoenicum linguam nonnulla ex parte mutaverint, et ipsa latinitas et regionibus quotidie mutetur et tempore (5). Il est vrai que ce témoignage est isolé, et aucune inscription en langue celtique n'a été trouvée en Galatie, tandis que les inscrip-
(1) Aristote, Politique, IV (VII), 2, 5, p. 1324 b; Platon, Lois, I, 637.
(2) TiTE-LivB, XXXVIII, XII, 3.
(3) TiTE-LiVB, XXXVIII, 17.
(4) PerROT, l. i. p. 147.
(5) In epist. ad Gai. UL II, praef.