XXX INTRODUCTION
faits. Dans la première ferveur, tout avait paru facile aux Galates qui eussent donné leurs yeux pour l'Apôtre. Plus tard il avait eu à lutter, non seulement contre des faiblesses de la chair, mais contre des doctrines opposées à la sienne et contre des préjugés qu'on répandait contre lui. Après sa seconde visite, le mal avait fait de grands progrès, l'œuvre entière de l'Apôtre fut menacée, si bien qu'il se vit contraint d'écrire une lettre sévère où cependant la tendresse fait explosion parmi les reproches ; l'indignation n'atteint que les adversaires de parti pris qui sont venus semer l'ivraie parmi ses cultures.
Que prétendaient donc ces nouveaux prédicateurs? Nous ne le savons que par l'Épître. C'est d'après les arguments de Paul que nous pouvons discerner leurs manœuvres. Mais il n'a pas, comme Origène réfutant Celse, donné des extraits de leur style ni même résumé leur système, de sorte qu'on ne peut procéder ici que par conjectures (1).
A supposer que la réponse ait suivi le même ordre que l'attaque, les judaïsants — nous pouvons bien leur donner déjà ce nom — ont tout d'abord tenté de ruiner l'autorité de Paul. On n'ignorait pas, même chez les gentils convertis, que le Christ avait consacré une grande partie de sa mission de prédicateur à former des disciples; ils avaient été très formellement les dépositaires de sa doctrine, on peut même dire de son
(1) L'idée commune que se faisaient les anciens de l'Épître aux Galates est bien marquée dans les prologues. Voici le plus ancien, que dom De Bruyne a tenu pour être d'origine marcionite : Galatae sunt Graeci. Hi verbum veritatis priraum ab apostolo acceperunt sed post discessum eius temptati sunt a falsis apostolis ut in legem et circumcisionem verlerentur. Hos apostolus revocat ad fldem veritatis scribens eis ab Eplieso (Prologues bibliques d'origine marcionite, dans la Revue bénédictine, 1907, p. 13). Graeci signifle naturellement gentils.
Et voici le prologue du ms. de Reichenau (ix" siècle) qui contient le commentaire de Pelage :
Incipit ad Galatas. Augumentum. Quos pseudo apostoli hac substantia subvertel^ant, quo dicerent omnes Ghristi apostolos aliter praedicare, Paulura quoque ipsum alibi docere horaines circumcidi, « denique discipulos suos », dicebant, « quos bene diligit, circumcidit », sed nec apostolum illum esse dicentes, videlicet quia neque ex XII eleclis esset, neque Christum cum Petro et ceteris fuisset aliquando secutus* Quiaveri similibus argumentis et callidae dérogation!, quibus parvuli decipiebantur, necesse habet ex auctoritate spiritus sancti ad singula per ordinem respondere, ne respeclu eius et odio capti Galatae penitus interirent. (D'après Souter, The commentary ofPelagias on the epistles ofPaul, p. 25). Ce prologue fait partie de celui du pseudo-Primasius. Il indique très ingénieusement les circonstances qu'on peut déduire des explications personnelles fournies par Paul, mais n'a pas louché la question de fond aussi bien que le prologue dit marcionite.
On retrouve les mêmes conjectures dans le prologue des Catenae, qui prête aux ennemis de Paul ce langage : 3n ou 5eî ITauXou àvéxso"8«i" oixot; yàp x^^? ''•^^ crintiepov k<fâ.vr\' ÈXEÏvot 8î TTpwTOt ol itepl Ulrpou" xai oStoç (xèv (AaSirri'iç twv 'AnoffxoXwv yéyovev' éxeîv&t ôè Tou Kypt'oy xal o5toç {jiovoç, è>ceTvoi 8è tcoXXoI xal o-riiXoi Trjç IxxXviffiaç' Kal et; ÛTrôxpiinv Se aûrov SiéêaXXov, XéyovTs; ôti %al aÛTOç o^xoc, ô àvatpwv itepiTOiA-Jiv xaî Ta Xoiuà v6|j,i|ji,a, ipafverat toutoiç xp^o^o^f-s^oç àXXaxoù, xaî iTépwç jiàv yi^Ïv êTepMç 6è «XXwç (àXXoi;?) xTipiixTcov {Catenae, p. [2]).