‹ Saint Paul [microform]Chapitre 24 sur 86 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

secret. Assurément le christianisme n'avait pas deux doctrines, l'une pour les initiés, l'autre pour le vulgaire. Le Christ avait recommandé de tout prêcher sur les toits ; mais enfin cette prédication avait été confiée à ceux qui avaient d'abord reçu les confidences. Ceux-là étaient les Apôtres, et tous les chrétiens savaient les noms des principaux, de ceux qui étaient encore les autorités, les notables de la communauté, les « colonnes » de l'édifice.

Or Paul n'avait pas été instruit par Jésus-Christ. Il n'était donc pas un Apôtre, mais tout au plus, disait-on, un prédicateur envoyé par les Apôtres, et par conséquent instruit par eux, ayant reçu d'eux sa mission, et assurément pour prêcher leur doctrine. Les Apôtres, Pierre, qui avait toujours agi comme leur chef, Jacques, dit le frère du Seigneur, ces « colonnes », regardaient-ils la Loi comme abrogée? n'était-elle pas pratiquée par l'église de Jérusalem, où l'on savait, certes, ce qu'avait enseigné le Sauveur? A supposer que Paul pût prendre le titre d'Apôtre, il n'était du moins pas autorisé à prêcher autre chose que la pure doctrine des Apôtres de Jésus-Christ.

Et Paul pouvait-il même prétendre qu'il avait une doctrine sur la circoncision et qu'il s'y tenait ? Il en avait détourné les Galates comme d'une pratique condamnable, ou peut-être ne leur en avait-il pas même parlé. Mais on savait pourtant qu'il l'avait recommandée ailleurs. Et cela non seulement avant d'être associé aux fidèles, quand il les persécutait, mais encore depuis (v, 11). Cet homme tout d'une pièce, inflexible défenseur des droits de Dieu, savait fort bien, à l'occasion, s'assurer la faveur des hommes par d'habiles manœuvres (i, 10).

Au surplus, on ne condamnait pas ce qu'il avait prêché. Personne ne songeait à effacer Jésus-Christ du cœur des fidèles. Mais qu'était donc le Messie? L'héritier des promesses faites à Abraham. Ces promesses n'étaient point réservées aux seuls descendants charnels d'Abraham. Le rôle du Messie était d'associer les gentils au salut promis à Israël. Mais comment eussent-ils pu y prétendre, sans avoir été d'abord unis à Israël par un lien spirituel, c'est-à-dire par la circoncision, instituée par Dieu pour distinguer les siens ?

De plus Abraham, dont toutes les œuvres avaient été agréables à Dieu, était le type du juste. Et comment imaginer, sans blasphème, que le royaume de Dieu serait ouvert à ceux qui n'auraient pas pratiqué la justice? Or la justice avait son code, ses lois promulguées par Dieu même. Moïse avait mis au clair les préceptes que les patriarches avaient observés déjà. La Loi était une lumière donnée au monde, et le rôle du Messie était précisément de faire régner cette Loi sur Israël et sur les gentils. Tout était harmonie dans l'œuvre de Dieu : progrès sans rupture. Abraham, la Loi, le Christ pouvaient se concilier, et il fallait avoir pratiqué la Loi pour obtenir de Dieu un jugement favorable. Comment

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espérait-on être sauvé par le Christ si l'on violait ou si l'on laissait de côté avec mépris les commandements de Dieu?

Telles sont, si on lit entre les lignes, les raisons qu'alléguaient les judaïsants, puisque Paul a entrepris de prouver aux Galates que sans la Loi, et par leur union au Christ, ils étaient enfants d'Abraham, héritiers de la promesse; que la Loi n'était point un complément de la promesse, mais une disposition transitoire; que la justice du chrétien ne venait point de l'exercice des œuvres, mais de la foi en Jésus-Christ; que cependant le royaume de Dieu serait fermé à ceux qui commettraient les crimes condamnés par la Loi, mais suffisamment réprouvés par l'Esprit de Jésus.

De l'argumentation de Paul, peut-on dégager aussi le point décisif de la controverse, et la physionomie de ces judaïsants? Imposaient-ils aux Galates la Loi juive sous peine d'être exclus du royaume de Dieu? quelle était leur situation dans l'Église? de qui se réclamaient-ils? et spécialement avaient-ils reçu mandat de Pierre ou de Jacques de Jérusalem? Ce sont ces questions qui font l'intérêt historique de l'Epître aux .Galates, ce document vivant sur les origines de l'Église, au moment où elle se détacha du judaïsme officiel tout en perpétuant le dessein de Dieu tracé dans l'Écriture sainte (1).

Elles ont été posées avec sa décision ordinaire par M. Loisy.

Et d'abord la question de principe :

« Autre chose pourtant est que la Loi soit d'obligation stricte pour tous ceux qui sont nés Juifs, et autre chose qu'elle soit une condition absolue de salut pour les païens qui voudraient avoir part aux promesses de la foi juive. Sur ce point, même au sein du judaïsme, les opinions n'étaient pas unanimes, et certains n'exigeaient pas des prosélytes païens l'acceptation intégrale de la Loi comme moyen indispensable de participation au salut éternel » (p.- 26).

Seulement, après avoir admis en principe cette diversité des opinions, qui est l'évidence même, M. Loisy ne trouve dans l'Épitre aux Galates aucune trace concrète de ces judaïsants qui auraient fait de la Loi une condition absolue du salut pour les gentils. En fait, il ne connaît qu'un mouvement de judaïsants, celui dont Jacques est le chef, et qu'il décrit ainsi : « Il s'agit donc d'une sorte de contreapostolat, très délibérément organisé pour corriger l'enseignement de Paul et réformer sa méthode d'évangélisation chez les gentils. Ces gens ne se sont pas trouvés par hasard dans les communautés fondées par les missionnaires de l'Évangile en pays païen, ils y sont venus tout exprès pour voir comment ces communautés avaient été constituées, parce qu'il leur déplaisait qu'on usât envers les païens

(1) Cf. Revue biblique de 1917, p. 139 ss.

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