‹ Saint Paul [microform]Chapitre 27 sur 86 · INTRODUCTION. XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV

traient- plus tard à Antioohe comme mitigés dans la scène où Paul s'oppose à la conduite de Pierre (Gai. ii, 11 ss.), sont encore les mêmes, d'après Cornely (1) comme d'après Loisy, qui sont venus opérer chez les Galates et contre lesquels Paul dirige ses traits. Ils ne prétendaient pas que la Loi fût nécessaire au salut, mais seulement très utile, ou comme Cornely le dit ailleurs, les judaïsants ne niaient pas la nécessité de croire au Christ, mais ils estimaient la Loi nécessaire à la perfection de la justice, ce qu'il considère comme un partage de la justice, une part provenant des mérites du Christ, l'autre des œuvres de la Loi (p. 464). Quoi qu'il en soit de l'équivalence de ces formules, celle que préfère Cornely et qui revient constamment, c'est que la Loi était proposée aux Galates par les judaïsants comme une œuvre de perfection et par conséquent, si les termes ont encore un sens, comme une œuvre surérogatoire pour le salut. Il est vrai que, contraint par les paroles si nettes de Paul, Cornely avoue que les Galates croyaient la circoncision nécessaire au salut (p. 362). Le distingué exégète se serait-il donc contredit? Pour lui épargner cette injure, on doit imaginer que les Galates n'avaient point compris la subtile distinction de leurs pseudoapôtres entre la nécessité de la Loi pour le salut, et la nécessité pour la perfection. Mais Paul ne paraît guère disposé à rejeter la faute sur ses Galates, coupables d'être trop dociles envers leurs nouveaux maîtres. Et l'on voit déjà ici la difficulté qu'il y a de soutenir le système de Cornely en sauvegardant l'autorité de Paul que M. Loisy jette par-dessus bord.

Lightfoot s'était déjà heurté à cette difficulté. C'est peut-être lui qui le premier esquissa la théorie des judaïsants mitigés. Parlant des adversaires de Paul en Galatie : « Peut-être cependant essayaient-ils d'échapper au décret (de Jérusalem) plutôt que de le contredire en face. Par exemple, ils ont pu représenter ce rite (de la circoncision) non plu» comme une condition de salut, mais comme un titre recommandable à la préférence » (p. 307). Mais cette conjecture lui a sans doute paru peu solide, car il dit ailleurs : L'épîfcre aux Galates « fut écrite pour corriger une forme virulente de judaïsme » (p. 349). La contradiction serait flagrante si la première opinion n'était hypothétique.

Cependant cette hypothèse de Lightfoot sert de base à l'étude d'ailleurs excellente de M. J. Thomas, L'Eglise et les judaïsants à l'âge apostolique (2). On y voit les judaïsants « qui ne vont pas directement contre

(1) L. l., p. 365. Cornely dit expressément dans son inivoàuciiQn : A7iUochiae autem repnlsi iudaizantes vicias manus non dedenint, sed callidioi'e modo conatus sttos pei'seqnentes ex eo tempore eccfesiis a Paulo fiindatls eo absente perversa sua dogmata instillare studuerunt (p. 364). Il est vi'ai que, plus loin, il distingue les judaïsants de la compagnie de Jacques (Gai. ii, 12) des pseudo-apôtres des Galates (p. 446).

(2) Parue dans la Revue des questions historiques, octobre 1889 et avril 1890; repro-

Page 1