‹ Saint Paul [microform]Chapitre 28 sur 86 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

la décision des Apôtres à Jérusalem, mais qui la tournent et en profitent même. Si on n'exige plus la circoncision pour être admis dans l'Église, on la présente comme nécessaire pour entrer en pleine participation des promesses données à Abraham et de l'alliance conclue avec lui. La Loi constitue pour les Juifs qui lui demeurent soumis un privilège dont on ne peut jouir qu'en les imitant (1) ». Les gentils n'étaient donc pas tenus de pratiquer la Loi pour être sauvés, mais elle leur assurait « une situation privilégiée, des avantages spirituels (2) ». C'est donc exactement la thèse que Cornely allait soutenir deux ans plus tard dans son Commentaire.. Elle est regardée comme allant de soi par M. Toussaint : « On ne prêche plus ici la nécessité absolue de la circoncision, mais seulement les prérogatives qu'elle confère à ceux qui la reçoivent (3) ». Et c'est aussi celle de M. Ramsay et du Manuel Biblique de M. Brassac.

On obtient ainsi, il faut en convenir, une sorte d'évolution de l'erreur qui aurait son intérêt historique. D'abord un parti de judaïsants intransigeants exige la circoncision des gentils convertis : on n'entre pas dans les communautés chrétiennes sans entrer en même temps dans le judaïsme. Les Apôtres refusent d'imposer la circoncision aux gentils. Soit! mais la Loi demeure la règle des Juifs convertis, et c'est un idéal auquel les gentils doivent du moins aspirer. On les y poussera sans violer le décret de Jérusalem. Et l'on s'expliquerait ainsi pourquoi Paul n'oppose pas ce décret à ses adversaires. Depuis longtemps on objecte aux catholiques que si ce décret avait existé, Paul n'avait qu'à le citer pour fermer la bouche aux judaïsants. Il ne le fait pas. C'est donc que le décret est une invention de l'auteur des Actes? Non, répondra le P. Cornely et les catholiques à sa suite. Paul n'a pas opposé le décret à ceux qui voulaient circoncire les Galates, parce que les judaïsants le connaissaient déjà et prétendaient le respecter. Nous savons bien, disaient-ils, que la circoncision n'est pas nécessaire pour être de l'Église et pour se sauver ; nous ne faisons que la prôner comme une pratique de perfection ; nous offrons aux Galates de s'associer librement aux privilèges d'Israël. Paul est donc obligé de chercher ailleurs ses arguments ; le décret, il l'avait promulgué déjà, on était d'accord là-dessus ; il n'avait pas à y revenir.

Si nous ne nous trompons, tel est bien l'avantage que les exégètes conservateurs modernes attendaient de leur combinaison. Elle n'est pas traditionnelle, ce n'est point ainsi que les anciens comprenaient l'épître aux Galates. Chrysostome exagère peut-être un peu, quand il montre

duite dans ses Mélanges d'histoire et de littérature religieuse, Paris, Lecoffre, 1899. {l)L. i;.,p. 174.

(3) ÉpUre aux Galates, p. 174.

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