INTRODUCTION. XXXVII
les judaïsants résolus à détacher les Galates du Christ, tout en procédant avec hypocrisie, « donnant à l'erreur le nom d'évangile ». Les anciens apôtres Pierre, Jacques et Jean, n'empêchaient pas la circoncision, mais sans dogmatiser, pour condescendre à la faiblesse des Juifs ; c'est donc que les judaïsants, eux, dogmatisaient, se proposant d'expulser les chrétiens de la céleste Jérusalem pour les réduire en servitude (1). Ambrosiaster dit des pseudo-apôtres : Isti enim docebant ex gentibus credentes quia nisi circumciderentur more Moysis, et iudaizarent, sain esse non passent (sur i, 6). En les écoutant, les Galates auraient apostasie : ut sub nomine Christl essent ludaei (sur i, 7). La pensée de saint Jérôme est moins nette. Mais nulle part il ne prête le moindre appui à la distinction proposée entre la Loi obligatoire pour le salut et la Loi pratiquée pour la perfection. Ceux auxquels s'adresse Paul s'imaginent être justifiés par la Loi, et c'est pourquoi ils perdent la grâce du Christ en professant la Loi : Perdit ergo gratiam Christi, et Evangelium quod tenuerat amittity qui in aliqua observatione legis se iustificari putat; et cum gratiam amiserit, a Christi fide destituitur. C^ est le fidèle écho du texte de Paul (Gai. v, 4) lequel ne traitait point une question théorique, mais s'adressait à ses correspondants pour corriger leurs illusions. Saint Augustin résume ainsi la prédication des judaïsants aux Galates : Asseverantes nihil eis prodesse evangeUunif nisi circumciderentur et caeteras carnales iudaei j^itus observationes subirent [Praefatio).
Sans poursuivre en détail cette enquête il suffira de citer encore saint Thomas : Quia ergo Galatae ex ludaeis non erant, et tamen legalia serçare volebant, et ponebant in eis spem;ideo re'vertebantur in iugum serntutis. Nam huiusmodi observatio erat eis idolatria, inquantum non recte sentiebant de Christo, credentes ab ipso sine legalibus saluteni consequi non posse [Cap. v. 1. 1.).
Voilà donc une situation qui ne manque pas d'intérêt. M. Loisy interprète l'épîtrc aux Galates comme le faisait l'ancienne tradition, comme le font encore la plupart des critiques indépendants, et, parmi les catholiques, M^' Schaefer. Mais il prétend que Paul n'a pas su ou voulu se rendre compte des opinions professées en réalité par ses adversaires ; ceux-ci étaient beaucoup moins intransigeants, si bien que les arguments de l'Apôtre ne portent pas. Or, ces opinions des judaïsants de Galatie étaient déjà entendues de la même façon par des exégètes catholiques influents. Ces derniers, reconnaissant l'entière autorité des textes de Paul, devaient les interpréter dans un sens un peu différent de celui auquel s'étaient arrêtés les anciens et les critiques. Notre enquête porte donc sur deux points : D'après les textes, les judaïsants de Gala- Ci) Voir au début du commentaire, et sur i, 6, sur v, 12.