XXXVIII INTRODUCTION
tie sont-ils des judaïsants intransigeants ou mitigés? Et si Paul vise des intransigeants, avons-nous des raisons de penser qu'il s'est trompé et que ses adversaires étaient plus modérés qu'il ne dit ?
Nous expliquerons les textes comme les anciens et comme M. Loisy, et nous verrons qu'il n'y a pas lieu de récuser leur témoignage.
Les Judaïsants tels que Paul les caractérise.
Nous nommons judaïsants virulents où intransigeants ceux qui n'admettaient pas qu'on fût sauvé sans se soumettre à la Loi mosaïque. Il n'est point ici question d'une observance absolument parfaite. Ce n'est point une affaire de pratique, mais de doctrine, les judaïsants prônant, prêchant, exigeant, selon la mesure de leurs forces, la profession du judaïsme et tout d'abord la circoncision, non point comme une perfection surérogatoire, mais parce que le salut dépendait de la pratique de la Loi et de l'appartenance au peuple d'Israël. Telle est la doctrine que Paul combat de toutes ses forces, avec une sorte de passion qui décèle l'énormité de l'erreur autant que le péril menaçant.
Son évangile à lui, c'est l'évangile du salut par le Christ, et sp,écialement par la mort du Christ. Le chrétien, par la foi, par le baptême qui en est l'acte décisif, est crucifié avec le Christ, meurt en lui au péché, et commence en lui une vie nouvelle qui est animée et conduite par son Esprit (Gai. ii, 17-21; iv, 6). Or les judaïsants ont prêché aux Galates un autre évangile ou plutôt, comme il n'y a qu'un évangile, ils ont essayé de dénaturer l'évangile du Christ (Gai. i, 7). L'erreur est si grave, que Paul prononce l'anathème par deux fois (i, 8 et 9). Et il ne saurait être question d'une pieuse erreur, d'un désir de perfection qui accepterait le joug de la Loi sans cesser de chercher son salut danis l'Évangile et dans le Christ. Le but des judaïsants est de faire bonne figure auprès des Juifs en éliminant ce qui les choque le plus, le scandale de la Croix. Paul tient particulièrement à ce point, puisqu'il l'ajoute de sa main, quand la lettre était déjà dictée et écrite (vi, 15 s.). Dans ses controverses l'Apôtre avait eu l'occasion de sonder les profondeurs de l'âme juive. Le Messie était attendu, et eût été salué avec joie comme un libérateur victorieux. Mais reconnaître comme le Roi d'Israël un misérable mort sur un gibet, c'était plus que ne pouvait accepter une orgueilleuse nation. En vain Paul glorifiait-il cette mort par l'auréole de l'expiation, par la victoire remportée sur le péché et sur la mort elle-même. C'était se heurter à un autre obstacle. Les Juifs ne voulaient pas de cette grâce et prétendaient bien s'assurer la récom'» pense par l'observance personnelle de la Loi. Lorsque les Juifs devenus chrétiens continuaient à pratiquer la Loi, la Synagogue pouvait fermer