AVANT-PROPOS
Voici les raisons de douter. Depuis que la rencontre de Paul avec Gallion à Gorinthe est fixée à l'an 51, ou au plus tard à l'an 52, on ne peut placer le concile de Jérusalem plus tard que 49 ou 50.
Si l'on remonte de dix-sept ans pour trouver l'année de la conversion, on aboutit à 32/33. Or il semble que c'est trop tôt, pour deux raisons : l^Peu avant cette conversion, saint Etienne a été mis à mort par les Juifs. Ils n'en avaient pas le droit. On est donc porté à placer cet acte d'indépendance à un moment où l'autorité romaine a pu fléchir, c'est-à-dire après la déposition de Pilate par Vitellius, à la fin de l'an 35 ou avant Pâque de l'an 36 (1). 2° Deuxième raison, qui semble corroborer la première. C'est trois ans après sa conversion que Paul a quitté Damas échappant aux intrigues des Juifs (Act. IX, 23-25) et à la surveillance de Vethnarque ou chef régional d'Arétas, roi des Nabatéens. Gela implique naturellement qu'Arétas avait alors Damas en son pouvoir. Or il est peu probable qu'il y ait été maître sans une cession bénévole qu'on attribue à Galigula, donc après la mort de Tibère (16 mars 37). Paul n'a donc eu rien à démêler avec les gens d'Arétas avant l'an 37. Arétas étant mort en l'an 40, l'année 39 conviendrait à la fois à ce qui regarde Arétas et à ce qui regarde saint Etienne. Il faudrait donc placer seulement quatorze ans, et non dix-sept, entre la conversion et le concile de Jérusalem.
Cette opinion est assurément plausible, et le lecteur pourra rectifier dans ce sens le commentaire de II, 1.
Cependant il s'en faut qu'elle s'impose.
Le meurtre d'Etienne n'a pas été le résultat d'un jugement régulier, mais d'une explosion de fureur, interrompant sa défense. Un pareil fait peut se produire sous n'importe quel gouvernement. Un gouvernement ferme impose des sanctions. Pilate n'y aurait pas manqué. Nous ne savons ce qu'il en fut.
Le point relatif à Arétas n'est pas non plus très clair. Cependant nous refusons l'appui que nous offrent les critiques extrémistes. Plaçant le concile en l'an 43, même en ne soustrayant que quatorze ans, ils ont la conversion en l'an 29, et la fuite de Damas en l'an 32 . Or les monnaies romaines de Damas vont jusqu'en 33/34. Arétas n'y était donc point installé. Ne pouvant laisser de côté le témoi-
(1) Pour le détail et la relation de tous ces faits, on peut consulter Schurkr, Geschichte des jûdischen Volks..., 4» éd., I, p. 492 et 782; II, p. 108.
VI AVANT-PiRQPaS.
gtnagie personnel de Paul (II Cor. xi, 32), ik entendeni; par ethnarfue une Aorte de loomsul igénéral (1) qu.'Arétas entretenait à Damas, on un chef ;araibe iqui aurait fait le giuet à rtextérieur des porte». Ge sont là deux (échappatoires foi^ iprécaires. Dans une ville romaine, l'ethnarque d'Arétas n'avait pa« à s'occuper d'un juif, ni surtout xl'iun citoyen romadm. Paul n'eût eu qu'à se prévaloir de son titre, :et le consul général eût dû rentrer chez lui. Si l'ethnarque était un scheik bédouin, on comprend encore moins son intervention ; d'iailleurs J'épitre rux Corinthiens dit : « à Damas », en parfaite harmonie avec les Actes, qui montrent les Juifs surveillant les portes du dedans, comme pour Samson (Jud. xvi, 2). Le stratagème de la corbeille était «fficaee contre cette précaution ; il l'eût été beaucoup moins si les Bédouins avaient fait la garde au dehors, observant les murs et surveillant les sentiers. Mais est-on certain qu'Arétas ne soit entré à Damas que 'par une concession fastueuse et peu raisonnée de Galigula? Une entreprise à main armée contre une ville romaine ne fût pas demeurée impunie sous Tibère. Or précisément nous savons par Josèphe (2) qu'au printemps de l'an 37 Vitellius préparait une campagne contre le roi nabatéen, pour l'amener à l'empereur mort ou vif. Nous ne sommes pas tenus de croire avec l'historien juif que cette exaspération de Tibère visait seulement à venger la défaite d'Hérode Antipas. Profitant de sa mobilisation contre les Juifs, Arétas a sans doute cédé à la tentation de s'emparer de Damas, et si ce fut en l'an 35 ou en l'an 36, quatorze ans avant le concile de Jérusalem 49/50, la chronologie longue de dix-sept ans entre la conversion et le concile est en huTmonie avec les textes et avec l'histoire. *
Telles sont les raisons qui nous ont servi d'excuse pour ne pas changer les grandes lignes de ce commentaire. Quelques fautes d'impression ont été corrigées, ainsi que quelques expressions; quelques indications nouvelles ont été indiquées entre crochets [ ]. Sut la question de la Vulgate on voudra bien se reporter à la Repim biblique, juillet-octobre 1917.
Jérusalem, 19 juin 1925.
(1) C'est le terme de M. Goguel.
(2) Ant. XVIIÎ, V, 1.
Fr. M.-J. Lagrange.