‹ Saint Paul [microform]Chapitre 31 sur 86 · INTRODUCTION. XXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIX

les yeux, s'imaginant peut-être que, comme eux, les chrétiens plaçaient leur espérance dans la Loi. Mais comment des gentils convertis au christianisme avaient-ils chance d'être sauvés ? Les disciples de Paul ne disposaient que d'une réponse : par la vertu de la Croix, par la mort du crucifié. C'est ce que les Juifs ne pouvaient ni comprendre, ni souffrir. Le mouvement chrétien leur parut peut-être d'abord l'utile auxiliaire de leur prosélytisme. Qui reconnaissait le Messie s'associait aux anciennes espérances des Juifs ; c'était quelque chose. Ils accueillaient volontiers ceux qui adoraient leur Dieu, même sans se soumettre à la circoncision, espérant que le prosélyte consentirait du moins à la mort à « payer la taxe » avant de s'embarquer pour les rives de l'au-delà. A plus forte raison escomptèrent-ils çà et là les succès du messianisme. C'était la lumière d'Israël répandue chez les gentils. Mais lorsque le nouveau chrétien plaçait son espérance dans la Croix, les Juifs ne reconnaissaient plus leur messianisme. On compromettait auprès des gentils l'honneur d'Israël, et, ce qui revenait au même, la gloire du Dieu d'Israël. Toute compromission avec là nouvelle secte était impossible, il ne restait qu'à la faire disparaître. Oter le scandale de la Croix, c'était donc déplacer le fondement des espérances chrétiennes, c'était en somme passer au judaïsme, et voilà pourquoi Paul dit anathème au nouvel évangile. A la pensée du trouble causé parmi ses Galates, l'Apôtre n'y tient plus : « Que ne vont-ils jusqu'à la mutilation, ces perturbateurs! » (v, 12).

Paul se serait-il permis des traits aussi mordants contre des adversaires soumis au décret de Jérusalem, qui n'auraient fait qu'inviter les Galates à pratiquer la Loi sans cesser d'espérer en Jésus-Christ? Aussi bien ce n'est pas aux pseudo-apôtres qu'il s'adresse, mais aux Galates eux-mêmes. Et les erreurs dont il les détourne sont bien celles qu'on leur a prêchées, car il ne leur reproche que l'inconstance, et une intelligence incomplète des vérités qu'il leur a enseignées. Le péril qu'il dénonce n'est pas une sorte d'empressement des Galates à dépasser dans le mauvais sens les doctrines des judaïsants, c'est une docilité excessive à suivre des maîtres peu soucieux de leurs vrais intérêts spirituels.

Or, si les Galates avaient le malheur de se laisser séduire, — hélas ! le mal était déjà commencé, — ils auraient renoncé à l'Esprit en faveur de la chair. Lorsqu'ils ont entendu parler du Christ crucifié, ils ont eu foi en lui, c'est-à-dire qu'ils ont attendu de lui leur justice, et les grâces de TEsprit répandues sur eux leur ont prouvé qu'ils ne se trompaient pas (m, 1 ss.). Maintenant ils ne se croient pas assurés sans les œuvres de la Loi. Est-ce pour y réaliser une perfection de plus? Mais l'argumentation de Paul suppose qu'ils y cherchaient la justice elle-même, car il leur prouve précisément que la Loi ne saurait

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