XL INTRODUCTION
être une source de justice (m, 10 ss.). Très probablement les Galates, demeurant chrétiens, croyaient pouvoir unir une certaine foi chrétienne et les œuvres de la Loi. Pour eux le dilemme ne se posait pas avec la clarté qu'il avait dans l'esprit de Paul. Mais s'ils ont cru devoir s'imposer la Loi, c'est pour y trouver la justice, puisque Paul leur explique qu'elle ne s'y trouve pas. S'ils n'avaient vu dans la pratique de la Loi qu'une occasion de montrer à Dieu leur fidélité, Paul ne leur aurait pas tenu un langage aussi ferme. Il a constaté — disons si l'on veut, à ce moment de notre enquête, il a cru constater — que leur foi dans le Christ baissait à mesure qu'ils attachaient plus d'importance à l'adoption de la Loi mosaïque. Car, il ne faut pas l'oublier, et c'est vraiment le point décisif, il ne s'agissait pas pour les Galates comme pour des judéo-chrétiens de pratiquer la Loi de Moïse, mais de l'adopter. Le judéo-chrétien regardait la foi au Messie comme la perfection suprême des desseins de Dieu sur Israël, et acceptant ce couronnement de l'œuvre de Dieu, il pouvait lui paraître impie de le séparer de sa base. Mais le gentil converti, qui était allé tout droit à la vie divine en s'unissant à Jésus-Christ, pouvait-il regarder la circoncision comme un rite complémentaire du baptême? Que l'accomplissement de la loi de Dieu soit la condition de la sainteté, cela pouvait s'entendre, et c'est dans ce sens que Paul prêchait la pratique des vertus, et surtout de la charité qui résumait toute la Loi. Mais ce n'était pas ce que les judaïsants avaient le plus à cœur. Ils semblent avoir promis aux Galates qu'on ne serait point trop pointilleux sur les observances, pourvu qu'ils fussent circoncis. C'est -du moins ce que suggère la protestation de Paul que, une fois circoncis, ils seront tenus d'observer toute la Loi (v, 3). Les nouveaux apôtres tenaient donc surtout à ce que les Galates fissent profession de judaïsme. La circoncision n'avait en aucune manière l'aspect d'un acte vertueux, si ce n'est comme acte cultuel, comme initiation à une religion agréable à Dieu, comme entrée dans le peuple de Dieu. Les parents juifs chrétiens l'imposaient à leurs enfants comme un rite héréditaire, comme une tradition nationale en même temps que religieuse. Pour le gentil chrétien, ce n'était plus qu'un acte religieux, mais d'autant plus grave comme tel. Les Galates n'y voyaient, nous assure-t-on, qu'une association aux privilèges des descendants d'Abraham. Privilèges spirituels, assurément, bénédictions promises par Dieu. Mais si ces bénédictions n'étaient pas concentrées dans le Messianisme, si elles n'étaient communiquées que par la circoncision, qu'avait-on obtenu par le baptême? Associés au Fils de Dieu, les chrétiens étaient les enfants de Dieu. Était-ce une perfection de devenir ses serviteurs? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Aux yeux de Paul, les Galates sont en train de changer de religion, de revenir en arrière. Ils se font juifs, et comme tels ils