‹ Saint Paul [microform]Chapitre 33 sur 86 · INTRODUCTION. XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLI

appartiennent à cet état primaire des religions où l'homme sert son Dieu par crainte plus que par amour (iv, 8 ss.). La loi est un joug, et on n'accepte pas un joug sans de sérieuses raisons. Les Galatos ont cru que sans la circoncision ils ne seraient pas de vrais chrétiens. C'est donc qu'on leur avait dit que la circoncision était nécessaire. Il est vrai qu'on nous parle aujourd'hui d'une nécessité en vue de la perfection. Mais en vérité ces mots s'accordent mal. La perfection est le fait du petit nombre, elle est proposée à la bonne volonté, elle n'est point imposée. L'Épître aux Galates n'a plus de sens si Paul n'a pas voulu opposer son autorité à celle des pseudo-apôtres qui pèsent sur les nouveaux convertis du poids de leur autorité personnelle et du poids plus considérable encore de l'autorité des anciens apôtres. Et enfin lés termes de Paul sont formels : « Vous avez été séparés du Christ, vous qui cherchez votre justification dans la Loi » (v, 4).

L'ensemble de ces traits ne laisse aucun doute. D'après Paul, les Galates vont passer au judaïsme. Ils y vont de bonne foi, ne pensant pas pour autant abjurer la foi du Christ, et l'on a eu soin sans doute de ménager ce scrupule. Mais les meneurs, eux, sont des agitateurs sans scrupules, qui veulent se concilier la faveur des Juifs ou du moins éviter leurs vexations. Ils n'y auraient pas réussi s'ils n'avaient présenté la circoncision comme nécessaire. Quant à la distinction entre ce qui est de perfection et de nécessité par rapport au salut, elle se présente moins naturellement à de nouveaux convertis qu'à des théologiens. Les Galates allaient s'imaginant que leur christianisme était insuffisant, n'étant qu'un élément du judaïsme intégral, la seule voie qui conduisît à Dieu. Paul a cru qu'ils étaient perdus pour le Christ, c'est-à-dire que leurs nouveaux docteurs les trompaient, et les orientaient délibérément vers une religion dont le Christ n'était plus le centre. Et en effet le Messie n'était pas le centre des espérances du judaïsme pharisaïque. On attendait de lui qu'il fît triompher le peuple et qu'il fît régner la Loi sur les gentils. Il serait ainsi son plus illustre serviteur. Les Galates conquis à la Loi par Jésus-Christ auraient réalisé ces aspirations juives. C'eût été un autre évangile, et Paul, avons-nous dit, a prononcé le mot (i, 6).

Et l'attitude de Paul lui-même est peut-être encore plus significative que la façon dont il caractérise les judaïsants et le danger qui menace les Galates.

Il répète par deux fois (v, 6 et vi, 15) son principe fondamental : La circoncision n'est rien et le prépuce n'est rien, c'est-à-dire que, au regard du salut, il est indifférent d'être ou non circoncis. Mais, objecte M. Loisy, « ce n'est pas la même chose, que la circoncision soit inutile, ©u bien qu'elle soit incompatible avec la foi salutaire et la vie dans le Christ » (sur v, 6). Rien de plus juste, et la circoncision était si

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