INTRODUCTION. XLV
interprète son attitude au sujet du décret de Jérusalem, il est impossible de tirer de son texte un tableau atténué des opinions judaïsantes.
Les judaïsants de Galatie et les autres tendances judéo'chrètiennes.
Il resterait une seule ressource, qui n'est pas à la disposition des catholiques, et dont M. Loisy a usé. Ce serait de supposer que Paul n'a pas compris ou n'a pas voulu comprendre la pensée de ses adversaires. Et c'est de son texte qu'on se servirait contre lui. La preuve que ces judaïsants étaient relativement modérés et ne regardaient pas la Loi comme nécessaire au salut pour les gentils, c'est qu'ils appartenaient au parti de Jacques et cette preuve se trouve, assure-t-on, dans l'Épitre aux Galates.
Jacques, nous dit-on, regardait la Loi comme une condition nécessaire au salut des Juifs, encore qu'elle ne fût pas, même pour eux, le principe du salut. Il ne voulait pas l'imposer aux gentils môme comme condition essentielle. Il faut en dire autant des judaïsants de Galatie. Et comme ces derniers cherchaient à imposer la Loi aux gentils à tout le moins comme instrument de perfection, on prêtera la même opinion à Jacques. C'est, en un mot, la thèse que nous avons reproduite plus haut, d'après des textes très clairs.
Naturellement nous ne songeons pas à discuter ce que M. Loisy dit de Jacques, qu'il « admettait tout comme Paul, que le païen était sauvé par la foi sans la Loi » (p. 133). Mais nous pensons que l'Epître aux Galates distingue absolument la position de Jacques de celle des judaïsants, et que par conséquent on ne saurait dire avec quelque vraisemblance que Jacques ait conseillé la pratique de la Loi aux gentils comme le seul moyen d'atteindre à une justice parfaite. L'attitude de Jacques ressort nettement de ce que raconte Paul de la décision des Apôtres à Jérusalem et peut être conjecturée d'après ce qui se passa ensuite à Antioche. Mais aucun passage de l'Épître, ni directement, ni par allusion, ne permet d'en faire le chef ou l'inspirateur des judaïsants de Galatie.
A Jérusalem, la personnalité de Jacques ne se distingue en rien de celle de Pierre. Il figurait évidemment parmi les notables qui ont entendu la relation de Paul, et, avec Céphas (Pierre) et Jean, il reconnut la grâce propre de l'Apôtre des gentils. Les trois apôtres qu'on regardait comme colonnes donnèrent la main droite à Paul et à Barnabe en signe de communion, c'est-à-dire conclurent avec eux un accord qui leur laissait toute liberté pour leur apostolat ; ils leur demandèrent seulement de se souvenir des pauvres. Il est très vraisemblable que l'initiative de cette requête vint de Jacques, chargé de nourrir et de vêtir les indigents de
ÉPITRB AUX GALATES. d