XLVIII INTRODUCTION
11 n'avait pas pour but de faciliter les repas en commun — trop d'obstacles subsistaient encore — mais il mettait les gentils dans une meilleure situation morale, telle que les Juifs n'auraient pas à rougir de les tenir comme f^rères. C'est un peu de cette façon que les catholiques demandent comme un minimum qu'on enseigne aux enfants l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la vie future. Ces vérités font partie du catholicisme, mais à ne professer rien de plus on ne serait ni catholique d'esprit ni admis dans le corps de l'Église. Nous sommes étonnés de l'importance attachée à la non-manducation du sang et à son corollaire sur les viandes étouffées. Mais les anciens tenaient plus d'un scrupule alimentaire comme fondé sur la nature des choses. Cela paraît être la pensée de Clément d'Alexandrie et d'Origène (1). L'Islamisme respecte cette répugnance comme une loi, sans estimer accomplir en cela un rite mosaïque.
On a prétendu que Jacques avait souligné la dépendance de ces abstentions par rapport à la Loi, en ajoutant aussitôt : « Car Moïse a des personnes qui le prêchent depuis les générations anciennes dans chaque ville, puisqu'on le lit à chaque sabbat dans les synagogues » (Act. xv, 21). Mais le sens de cette déduction est fort obscur. Jacques ne saurait dire que les abstentions sont en toutes lettres dans la Loi de Moïse. Peutêtre indique-t-il par là le respect des Juifs pour la Loi, respect qu'il ne faudrait point heurter par des pratiques contraires à son esprit. C'est l'exégèse du P. Knabenbauer et de M. Coppieters. Peut-être aussi veut-il insinuer que quant aux Juifs convertis ils savent ce qu'ils ont à faire sans qu'on leur recommande rien de particulier. Le second sens ne nous paraît pas exclu, puisque Jacques demeura toujours fidèle à la Loi. Même d'après la première interprétation, on ne peut conclure qu'il tenait les quatre interdictions pour purement mosaïques. Ce serait de toute manière une sorte de compromis en vue de la paix, pour ne point choquer des esprits formés par la Loi, sans obliger les autres à s'y soumettre.
On comprendrait ainsi comment Paul a pu dire aux Galates que les notables de Jérusalem ne lui ont rien imposé (Gai. ii, 6). La question pour lui, comme pour les Galates, était de savoir si les gentils devaient ou non être contraints à la circoncision comportant tout le poids de la Loi mosaïque. Ce point résolu négativement, on ne leur imposait rien de mosaïque en fixant des règles qui avaient en elles-mêmes leur raison d'être, au moins pour ménager les Juifs et entretenir la charité. Mais l'accord entre l'Épître aux Galates et les Actes n'est pas directement de notre sujet. 11 nous suffît de constater que, même d'après les Actes, Jacques ne prétend nullement obliger les gentils à pratiquer la LoL
(1) Glém. Paed. II, 1 ; Orig. G. Cels. VIII, 28-30,