‹ Saint Paul [microform]Chapitre 41 sur 86 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

tils ne pouvait admettre. Mais combien eût-il été plus explicite, si Iob paroles s'étaient jointes aux exemples pour attirer ses convertis à la Loi! Venus de la part de Jacques, ou s'arrogeant une mission qu'ils n'avaient pas, les Juifs de Jérusalem fidèles à leurs pratiques traditionnelles se sont cantonnés dans ce qu'ils estimaient être leur droit et leur devoir, sans faire de prosélytisme. Quant à Pierre, il était certes moins conséquent, et c'est ce que Paul lui reproche. S'il avait vécu naguère en gentil, c'était donc qu'il ne se croyait pas alors obligé à pratiquer la Loi. S'il avait peur des chrétiens circoncis, c'était donc qu'il se rétractait, qu'il craignait de pécher en mangeant avec ses frères, devenus pour lui des impurs? Et cela se passait à Antioche, dans une église composée de gentils convertis !

Les gentils devaient naturellement en conclure que la Loi était nécessaire au salut, et se sentir moralement contraints de s'y soumettre. Il est très malaisé de savoir si tout le petit discours de Paul (Gai. ii, 14-21) a été adressé personnellement à Pierre qu'atteint en face l'apostrophe du V. 14 : « Si toi, qui es Juif, tu vis en gentil, et non à la juive, comment peux-tu obliger les gentils à judaïser?» On dirait d'abord que Paul continue à prendre Pierre à partie, mais peu à peu le ton personnel se fond dans une sorte de méditation sur l'objet en litige, si bien qu'à la fin, ce sont plutôt les judaïsants convaincus que Pierre qui sont dans la perspective. Quoi qu'il en soit, ce morceau, très difficile dans le détail, montre qu'une inconséquence de conduite peut être raal interprétée. Les intérêts des gentils convertis sont en jeu, et c'est ce qui a décidé Paul à intervenir.

Rompus à la dialectique, les partisans de Jacques auraient pu opposer au dilemme de la Foi ou de la Loi la distinction de M. Loisy : la Loi n'est point le principe du salut, elle en est la condition essentielle. Sont-ils intervenus, nous l'ignorons, mais si Paul ne s'est pas fait à luimême cette objection en termes exprès, il y a répondu, et longuement, par le caractère temporaire de la Loi qui n'avait plus aucune raison d'être après le sacrifice du Christ. D'ailleurs, fidèle au pacte de Jérusalem, il s'abstint d'argumenter directement par voie de prosélytisme avec des Juifs convertis pour les détacher de la Loi. Les Galates étaient des gentils d'origine, et il fallait les défendre contre les entreprises des judaïsants extrêmes; les Romains étaient pour la plupart venus aussi de la gentilité. Pourtant, comme il ne dissimulait pas son opinion sur l'efficacité nulle de la Loi, il devait passer pour détourner les Juifs convertis de leurs observances. C'est pour se laver de ce reproche qu'il consentit à Jérusalem à pratiquer le nazirat. Certes la concession était grave, et l'on s'explique que nombre de critiques aient contesté l'authenticité du fait rapporté par les Actes (xxi, 17 ss.). Il serait absolument invraisemblable si Jacques et son entourage avaient entrepris

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