‹ Saint Paul [microform]Chapitre 42 sur 86 · INTRODUCTION. LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LI

précédemment sur son domaine. Mais à Jérusalem, Jacques est chez lui. Des milliers de Juifs, composant son troupeau, sont en même temps ' zélateurs de la Loi. On serait très étonné que Jacques, qui pratiquait la j Loi, ne l'ait pas crue de convenance pour les Juifs, et ceux qui veulent, par affection, donner à Paul un certificat de respect pour Moïse sont bien ' ceux de son entourage, groupés autour de lui. S'ils exhortent Paul à réfuter par des actes ceux qui le disent adversaire de la Loi, c'est sans doute que ce grief, s'il était fondé, leur paraîtrait fatal, et une dérogation des principes posés au temps du concile. Il leur déplairait évidemment que Paul prêchât parmi les Juifs son évangile de liberté. Mais en même temps ils rappellent qu'ils n'exigent rien des gentils que les quatre restrictions. Fidèles à leurs engagements, ils requièrent Paul de respecter chez eux leurs pratiques et leurs croyances.

On voit que nous prenons très au sérieux l'attitude des presbytres de Jérusalem. Ils ne font pas figure d'opportunistes, s'accordant avec Paul pour jouer une comédie, et rassurer ainsi des intransigeants impressionnables et peu dociles. Mais même en interprétant leur diplomatie comme émanant de la conviction que la Loi est obligatoire pour les judéo-chrétiens, nous n'y voyons aucun indice d'une ingérence quelconque dans le but de prêcher la Loi aux gentils à un titre quelconque. C'est toujours le compromis de Jérusalem qui tient; il n'y a rien de commun entre Jacques et ses bienveillants presbytres, auxquels Paul défère si volontiers, et les judaïsants de Galatie qu'il malmène si durement pour leur hostilité et leur audacieuse incursion sur ses terres.

Sur quoi donc s'appuie M. Loisy pour affirmer l'action de Jacques en Galatie? Paul ne le nomme pas, mais il le désignerait assez clairement pour qu'on le reconnaisse : « Celui qui vous trouble (en) portera la peine, quel qu'il soit. Et moi, frères, si je prêche encore la circoncision, pourquoi alors suis-je persécuté? » (Gai. v, 10 s.). Le personnage qui trouble les Galates serait Jacques « resté tranquillement à Jérusalem, bien vu des Juifs ».

Il est anonyme, mais c'est l'usage des critiques en pareil cas de flairer un nom propre, et des modernes ne peuvent le rencontrer que parmi ceux qui sont déjà dans les livres. On recherche avec le même zèle la paternité des ouvrages dont l'auteur est inconnu dans le cercle rigoureusement limité des écrivains déjà célèbres. Aussi quelques anciens, allégués par saint Jérôme, imaginaient que Paul s'attaquait sourdement à Pierre. Mais pourquoi Paul, si franc naguère dans ses reproches, serait-il devenu si sournois? Et si l'on met Jacques derrière le masque au lieu de Pierre, pourquoi ces ménagements dans une circonstance plus critique, où Jacques eût été certes beaucoup plus répréhensible que Pierre? Nous ignorons trop les détails de cette histoire pour ne pas confesser que les meneurs ont pu avoir un chef inconnu. Et

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