INTRODUCTION. LUI
Jérusalem : « C'est le même personnel, et Jacques est leur chef » (p. 22). Alors on ne saurait accuser Jacques d'avoir changé d'attitude; mais c'est Paul qui aurait représenté sous le jour le plus faux sa position dans la réunion de Jérusalem. Ce n'est plus seulement l'autorité des Actes (jui serait ébranlée comme le voulaient de nombreux rationalistes; l'Epître aux Galates ne mériterait plus aucune créance.
Le plus étrange, dans le système de M. Loisy, c'est que ce Jacques, sournoisement condamné, eût été en réalité pour Paul presque un supérieur hiérarchique auquel il rendait un hommage très effectif. Pi-esque, parce que « nul ne songeait à un rapport de dépendance hiérarchique », mais cependant « l'apostolat chrétien restait coordonné en fait et, jusqu'à un certain point, subordonné à son point de départ comme à son centre actuel, la communauté de Jérusalem et ses chefs jouant à l'égard des autres communautés un rôle vaguement mais non inconsciemment imité de celui du sacerdoce hiérosolymitain et du sanhédrin à l'égard du judaïsme de la dispersion » (p. 121). Cette subordination serait prouvée par les collectes organisées pour la communauté de Jérusalem. Paul ne présente pas les choses de cette façon, mais sa « façon de présenter les choses dissimule une bonne partie de la vérité » (p. 120). Et c'est à lui-même qu'on demande la preuve de cette dissimulation : « Paul lui-même, dans la seconde aux Corinthiens (ix, 12-13), dira que la collecte ne se fait pas que pour le besoin des « saints » mais aussi « en obédience de confession évangélique » et en acte de « communion » ecclésiastique » (p. 121). Il y a là beaucoup d'exagération. Les trois colonnes, Jacques, Céphas et Jean ont demandé à Paul de se souvenir des pauvres (Gai. ii, 10) et nous savons par la pratique de Paul (Rom. xv, 26 s.; I Cor. xvi, 3; II Cor. IX, 1 s. ; Act. ' XXIV, 17) que ces pauvres étaient ceux de Jérusalem. Paul voyait en effet dans ces collectes un hommage rendu à la cité sainte qui avait été pour les gentils le point de départ des bienfaits spirituels (Rom. xv, 27; II Cor. ix, 12 ss.), mais il ne parle pas dans la seconde aux Corinthiens d'obédience envers les saints de Jérusalem. Ceux de Jérusalem sont heureux de l'obédience des Corinthiens à la doctrine de l'évangile, obédience qui est commune à tous les chrétiens. D'ailleurs il est très exact de dire que Paul regardait la collecte « comme un témoignage du lien qui rattachait ses communautés au centre du christianisme, et s'il y apportait tant d'ardeur, c'était toujours « pour ne pas courir en vain », c'était pour maintenir le rapport de ses Églises avec lu source de l'évangélisation » (p. 121)'. Nous prenons acte de ces paroles. Paul s'est toujours senti en communion avec les dirigeants de l'Église de Jérusalem. Mais, de bonne foi, peut-on en môme temps lui faire lancer l'anathème contre Jacques et les judaïsants imbus de l'esprit de Jérusalem?