‹ Saint Paul [microform]Chapitre 46 sur 86 · INTRODUCTION. LV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LV

ranoe de ce groupe, ce n'est pas faute d'adhérents, c'est parce qu'ils formaient plutôt deux groupes. Les zélateurs les plus ardents se recrutaient selon toute vraisemblance parmi les anciens Pharisiens, et nous avons vu les Actes (xv, 5) attester le fait. Mais quelques-uns des agitateurs que Paul rencontra sur son chemin et qui se targuaient aussi de fidélité à la Loi, avaient des tendances beaucoup moins unilatérales, et môme mal définies, dont on peut dire seulem.ent qu'elles mêlaient au judaïsme des éléments empruntés aux divers mouvements religieux qui pénétraient alors dans les religions païennes. Ce sont ceux qui enseignaient des règles d'ascétisme inconnues à la Loi juive. Paul les combattit dans l'épître aux Romains (Rom. xiv) (1), et dans l'épître aux Colossiens (ii, 16), où les questions alimentaires sont groupées avec l'observance des néoménies et des sabbats. Ceux-là n'appartenaient pas sans doute à la secte pharisienne, plus fermée aux influences du dehors, religieuses ou philosophiques. On les a rattachés à l'essénisme, mais c'est, semble-t-il, trop restreindre un mouvement d'une grande envergure. On risque moins de se tromper en voyant dans leurs tentatives de syncrétisme les débuts de la gnose judaïsante.

Voilà donc trois groupes judéo-chrétiens. Si nos déductions antécédentes ont quelque valeur, les judéo-chrétiens de Jérusalem ne sont pas les judaïsants de Galatie. Ces derniers étaient des zélateurs déterminés de la Loi auprès des gentils convertis. Appartenaient-ils aux doctrines pharisiennes ou aux tendances gnostiques? Lightfoot a déjà répondu en distinguant les judaïsants gnostiques visés dans l'Épître aux Colossiens, et les judaïsants pharisiens qui opéraient en Galatie. Cette solution paraît bien la meilleure, et la raison c'est que les judaïsants Galates ne sont point accusés de mêler à leurs exigences des prescriptions alimentaires. C'est une base solide de distinction. Peutêtre cependant faudrait-il se garder de leur attribuer un système trop rigide.

Les vrais Pharisiens vivaient dans un état d'esprit très éloigné du vrai christianisme. Ils furent aux antipodes, après la- mort de Jésus, comme pendant qu'il annonçait le règne de Dieu. Très peu durent se convertir. La grâce sut atteindre un Pharisien de la valeur de Paul. Mais ce fut une exception. En dehors de la foule au cœur simple et droit qui composait le troupeau de Jacques, s'il y eut des intellectuels qui embrassèrent le christianisme, ce fut sans doute parce qu'ils avaient déjà compris l'imperfection d'un culte sanglant, l'étroitesse d'une religion nationale. Habitués à suivre leurs vues, ayant syncrétisé le judaïsme et le christianisme, ils firent encore d'autres combinaisons.

(1) Cf. Comm., p. 335 ss. : « On tient, en général, et probablement avec raison, gue le gros des abstinents était d'origine juive ».

Page 1