‹ Saint Paul [microform]Chapitre 48 sur 86 · AUX ROMAINS · texte numérisé non relu

AUX ROMAINS

I. Paul avait prêché aux Galates un évangile qui laissait complètement de côté l'observation de la loi juive. Des chrétiens, juifs d'origine, ont essayé d'amener les Galates à la pratique de la Loi. Au moment où ils paraissent ébranlés et où sans doute plusieurs ont été entraînés, l'Apôtre leur écrit afin de les détourner de ce nouvel évangile prétendu, qui serait plutôt l'abandon du véritable évangile pour passer sous le joug des observances judaïques.

Tel est, nous venons de le voir, le dessein parfaitement précis de l'Apôtre. Il n'a sans doute écrit aucune épître aussi dominée jusque dans le détail par le but pratique qu'il se proposait. Plus que dans aucune autre il a insisté sur son histoire personnelle, et, comme dans les autres, on peut discerner une partie spéculative et une exhortation morale; mais ce qui lui est personnel concourt à son dessein directement, et ses conseils pratiques y sont subordonnés. Si parfois il semble rompre la suite de l'argumentation, c'est afin de lui communiquer quelque chose de la chaleur dont il est animé. Il ne se propose pas seulement d'instruire, mais de convaincre, et de convaincre ses auditeurs/ d'un point très net, important, décisif, et cependant négatif dans la forme : ne pas renoncer à la foi du Christ et à la liberté chrétienne ! car accepter le joug de la Loi serait en même temps renoncer à la grâce et au salut dans le Christ.

L'épître commence comme toujours par une salutation, réduite au strict nécessaire en tant que salutation, mais qui propose aussitôt la rédemption du péché comme l'œuvre de Jésus-Christ (i, 1-5).

L'exposition (i, 6-9) est tirée des circonstances. On veut que les Galates remplacent l'évangile par un évangile dénaturé. Anathème à qui en prêcherait un autre que celui qu'ils ont reçu !

L'argumentation consistera : i°) à prouver que l'évangile prêché par Paul est l'évangile authentique, ce qui exige des explications personnelles de la part de l'Apôtre ; 2°) à démontrer qu'il serait insensé d'y ajouter la pratique de la Loi, ce qui équivaudrait à le dénaturer; 3°) à montrer que le véritable évangile est la source des vertus.

Les deux premiers points constituent ce qu'on nomme la partie spé-

LX INXnODUCTION.

culative (i, 10-v, 12). Elle comprend une exposition historique (i, lO-ii, 21), et des raisonnements (m, 1-v, 12). Cependant l'exposé historique est, à sa manière, une argumentation. Paul y expose comment il a reçu l'évangile de Dieu par la révélation de Jésus-Christ (i, 10-16*), en dehors de ringérehce d'aucune personne humaine, ayant commencé son apostolat sans avoir été instruit par les anciens apôtres (i, 16''-24).

Cependant cet évangile, d'origine divine, a été reconnu comme tel par ceux des apôtres dont l'autorité est reconnue de tout le monde (ii, 1-10). Et Paul a maintenu la situation résultant de cet accord contre Pierre lui-même, dont la conduite n'avait pas été conforme à ses propres principes (il, 11-14). Il résulte de ce premier point que l'évangile prêché aux gentils, qui ne leur impose aucune obligation légale, est l'évangile de Jésus-Christ, voulu par Dieu, approuvé par les apôtres, et dont aucune considération pratique ne permet ke voiler la vraie nature. A propos de l'incident d'Antioche, et dans le discours adressé à Pierre, les traits de cet évangile sont rapidement esquissés, sous une forme nuancée par les circonstances, et qui met dans un relief singulier la foi personnelle de Paul (ii, 15-21).

Les raisonnements (m, 1-v, 12) ne sont pas dépourvus de parenthèses personnelles, pas plus que l'exposé historique n'était vide de raisonnement.

Paul pose le fait capital de l'expérience des Gaktes : ils ont reçu les dons de l'Esprit-Saint jpour avoir prêté l'oreille à la foi, sans s'être préoccupés des œuvres de la Loi (ni, 1-6). Cela suiïisait donc pour répondre à l'appel de;Dieu, même tel qu'il est contenu dans l'Écriture. Car, sans s'expliquer, Paul suppose que la Bible des Juifs est l'œuvre de Dieu, renfermant l'annonce des biens spirituels que les convertis reçoivent en Jésus. Il fallait donc montrer que les gentils convertis ne sont pas en dehors du plan divin, tracé dans les Écritures, et révélé à Abraham, père du peuple juif.

Or précisément, puisque la question se pose entre l'adhésion de la foi et la pratique de la Loi, les chrétiens qui se contentent de la foi peuvent se réclamer d'Abraham, l'homme de la foi; ils sont ses fils, etparticipent à sa bénédiction. Tout cela est dit en quelques lignes (m, 6-9), mais Paul se réserve de revenir sur ces points.

Après la thèse, l'antithèse, posée avec une incroyable intensité de couleur. La Loi, elle, est un régime de malédiction (m, 10-12), malédiction à laquelle on n'échappe que par la rédemption du Christ; c'est celle-ci qui procure la bénédiction d'Abraham, épanouie pour les gentils en foi et en don de l'Esprit-Saint (m, 13-14).

11 y a donc une double situation, l'une résultant de la promesse faite à Abraham,, l'autre résultant de la Loi. Évidemment les judaïsants regardaient la Loi comme un complément nécessaire à l'obtention de la

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