INTRODUCTION. LXV
prit de Dieu, Paul conclut triomphalement : donc tu n'es plus esclave ! (iv, 7). Tandis que dans les Romains l'ancien esclavage sert seulement à faire ressortir Je nouvel état (Rom. viii, 15). Et d'une façon générale, le thème de la liberté chrétienne, qui est un thème d'affranchissement et par conséquent négatif, est beaucoup plus marqué dans l'Épître aux Galates (m, 25; iv, 4. 7. 26. 31 ; v, 1. 13), à laquelle il donne son accent particulier.
Les exhortations morales elles-mêmes y dépendent de la notion de liberté, liberté de l'esprit, non de la chair, principe d'une servitude d'amour; la charité est le tout de la Loi (Gai. v, 14). La même pensée se retrouve dans les Romains, mais amenée par l'examen des devoirs du chrétien (Rom. xiii, 9). En esquissant la lutte entre l'esprit et la chair, Paul conclut : de sorte que vous ne faites pas ce que vous voudriez (Gai. V, 17). On a vu là le premier dessin du tableau où est peinte la lutte des deux moi (Rom. vu, 15. 23. 25). Mais dans les Galates Paul ne met pas en présence la raison et la chair; c'est l'esprit qui lutte contre la chair, et le vrai parallèle se trouve dans Rom. viii, 4 ss., avec cette différence caractéristique que l'esprit dans les Galates est un principe de liberté vis-à-vis de la Loi (v, 24), tout en étant principe de vie (v, 25), tandis que dans les Romains l'esprit est surtout principe de vie (viii, 11).
De sorte que, en somme, l'Epître aux Galates emploie les principes du christianisme à la démonstration d'une thèse de liberté qui absorbe tout, tandis que dans l'Épître aux Romains ils sont exposés dans un ordre admirable et pour eux-mêmes. L'affranchissement de la Loi est un point acquis, et si Paul en parle comme d'un aspect de la question, c'est parce que, le christianisme étant issu du judaïsme, il fallait préciser leurs rapports.
Les choses étant ainsi, on peut dire que l'Épître aux Galates est l'ébauche de l'Épître aux Romains, ou mieux avec Lightfoot que c'est une statue destinée à être placée dans un groupe. Mais il faut s'entendre et la question de savoir laquelle est la première n'est point aussi simple qu'on le dit ordinairement. En effet d'autres critiques ont prétendu que les arguments employés dans l'Épître aux Galates étaient comme des pierres extraites d'un édifice, dont on ne saurait discerner l'emploi, ou, pour parler sans métaphores, que ces arguments étaient des résumés trop concis, inintelligibles si Tonne supposait connue la rédaction développée qui se trouve dans l'Épître aux Romains. Les objections de Steck (1) ont paru assez sérieuses à Sieffert pour qu'il les réfute une à une. Le savant suisse en concluait que l'Épître aux Galates n'est point authentique.
(1) Steck, Der Galaterbrief nach seiner Aechtheit untersucht, 1888, suivi par VOELTER, Die Composition der pauUnischen Hanptbriefe, 1890.
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On pourrait, sans aller jusqu'à cet excès, s'attacher à montrer l'allure paradoxale de certaines formules dont l'Épître aux Romains fournit la clef en les développant. L'Épître aux Galates est-elle une première esquisse, imparfaite et obscure encore, ou ne contient-elle pas plutôt de brèves indications, presque des renvois à une doctrine déjà exposée, indications obscures comme toute allusion?
Voici les cas qui paraissent les plus significatifs.
Dans II, 19 : « C'est par la Loi, que je suis mort à la Loi » ; formule paradoxale développée dans Rom. vu, 1-6 ou plutôt dans Rom. viii, 2.
Il est assez étrange que Paul cite Lev. xviii, 5 : « Celui qui aura pratiqué ces choses en vivra » pour prouver que la Loi ne contient pas la justice, puisqu'elle ne procède pas par foi (Gai. m, 12). Le même verset est cité dans Rom. x, 5, comme appuyant la justice de la Loi, ce qui est plus naturel.
Les versets m, 13 et 18, concis à l'excès, sont développés dans Rom. viii, 3 et IV, 4-14. De même Gai. iv, 6 et Rom. viii, 14 ss. ; Gai. v, 14 et Rom. XIII, 9.
La formule : « La Loi a été ajoutée à cause des transgressions » (Gai. III, 19) aurait pu être glosée de bien des manières si elle n'était exposée authentiquement dans Rom. v, 20.
L'Écriture dans m, 22 n'est-elle pas représentée par les Psaumes cités dans Rom. m, 10-18? Cette allusion est plus claire, si l'Épître aux Romains est déjà connue.
D'autre part, on a dit en faveur de l'antériorité des Galates : « ... entre deux écrits, celui-là doit être le premier, par ordre de temps, qui, comme l'Épître aux Galates, marque l'émotion la plus vive, qui déborde de vie, d'ardeur, de sentiments intimes, qui conserve l'empreinte du mouvement de passion qui l'a fait jaillir de la plume de l'auteur (1) ». Mais je ne sais si ce critère est suffisant. Après avoir discuté très méthodiquement et avec calme le droit des chrétiens à la liberté, saint Justin a pu écrire sa seconde apologie, toute vibrante d'indignation, à la suite d'un attentat plus odieux que les autres. Paul a donc pu traiter la question des judaïsants avec calme dans l'Épître aux Romains, la croire résolue, et n'éprouver que plus de sainte colore en la voyant renaître parmi des fidèles qui étaient les siens, convertis du paganisme.
Et l'on ne saurait dire non plus que la doctrine de la justification par la foi est plus évoluée dans l'Epître aux Romains. Plus développée, assurément, parce qu'elle fait partie du thème de la vie chrétienne, mais elle a le même sens, la même importance dans l'Épître aux Galates, et l'on pourrait soutenir que Paul a développé en faveur des Romains
(1) Toussaint, Ép. aux Gai., p. 177.