INTRODUCTION. LXVII
qui ne l'avaient pas entendu, tandis que sa prédication antérieure permettait aux Galates de comprendre ses brèves formules.
Faut-il donc renoncer à fixer une date relative entre les deux épîtres ?
Non, et l'opinion commune nous paraît de beaucoup la plus vraisemblable.
Revenons d'abord à ces formules dont l'obscurité a paru un indice de postériorité.
Le plus souvent, il est vrai, les développements précèdent les formules courtes, expressives, auxquelles l'auteur n'arrive qu'en condensant sa pensée en un jet de lumière. Mais alors ces formules suprêmes n'ont pas moins de clarté que de plénitude et de densité. Celles de l'Epître aux Galates portent l'empreinte d'une conviction forte, mais ne sont pas aussi nettes que brèves. Et, ce qui est décisif, elles semblent avoir été, dans l'Epître aUx Romains, sinon adoucies, du moins dépouillées de leur aspect légèrement paradoxal. Peut-on croire que l'Apôtre, après avoir exprimé sa pensée mûrement réfléchie avec des nuances délicates, aurait ensuite corsé pour ainsi dire ses expressions, obligeant les Galates à lire l'Epître aux Romains pour être mieux compris? Alors pourquoi ne pas les y renvoyer expressément?
Et ce qui est vrai des formules est vrai aussi de l'argumentation générale. Celle des Romains n'est pas seulement plus didactique, plus reposée, ce qui ne prouverait rien; elle a aussi plus de souci d'éviter les équivoques en traitant la question sous toutes ses faces. Il faut rappeler ici ce que nous avons noté plus haut : il n'est plus question dans les Romains de la malédiction de la Loi, ni des circonstances de sa promulgation; elle n'est plus comparée à une esclave. D'ailleurs elle n'y gagne rien, et sa situation est la même dans le plan de Dieu. Mais il est d'autant plus évident pour les Romains qu'elle rentre dans le plan de Dieu, qu'elle est déclarée sainte et spirituelle. Ce tableau une fois tracé, avec un art consommé du clair-obscur, Paul en aurait-il effacé les nuances pour faire plus d'impression sur les Galates, pour les détourner plus violemment de la Loi? C'eût été s'exposer à provoquer une réaction dans leurs esprits, à se voir rappeler ses propres expressions sur la Loi. sainte et spirituelle. Le meilleur moyen de gagner des esprits surexcités n'cst-il pas la parfaite modération, le souci évident de rendre justice aux hommes et aux choses?
Inversement, dans l'Epître aux Galates la descendance et les bénédictions d'Abraham paraissent dans une auréole plus glorieuse. Il est vrai que cette descendance et ces bénédictions sont concentrées dans le Christ, mais il en résulte ce fait infiniment honorable pour Abraham, que, par l'union au Christ, les fidèles deviennent lignage d'Abraham.
On conçoit très bien que, dans le premier mouvement de la controverse, Paul ait employé cet argument de l'union au Christ pour rassurer