‹ Saint Paul [microform]Chapitre 58 sur 86 · INTRODUCTION. LXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXI

tirer de nouveau en commentant l'Epître aux Galates, charte de liberté.

Ce sont des mots, il faut voir les réalités. Nous ne prétendons pas que le protestantisme se proclame affranchi de toute loi morale. Il est revenu sagement des excès des premiers jours, et loin de prendre à son compte les bizarreries de plume de Luther, il a toujours montré le plus noble souci de la perfection morale.

Et en cela il est bien, comme nous, à l'école de s. Paul. Celui-ci a prévu que les Galates pourraient être tentés — •' comme le furent les Anabaptistes — d'abuser de la liberté chrétienne pour laisser le champ libre à la chair. Aussitôt il a rappelé les principes de la vie morale, et n'a pas dissimulé la sanction. Après l'énumération des pratiques de la chair, vient la condamnation : « Ceux qui se livrent à ces pratiques n'auront pas en héritage le royaume de Dieu » (v, 21). Il est donc bien évident que s'il rejette la Loi, c'est comme un ensemble d'institutions qui s'appuie sur la crainte. Il est bien entendu que tout le système est rejeté, non seulement dans ses ordonnances sacrificielles, mais aussi comme dispensation religieuse et morale dépourvue de grâce intérieure. Plutôt que de distinguer les éléments cérémoniels, transitoires, et les éléments moraux permanents, et parce qu'on risquerait de s'y tromper, Paul a préféré détourner les gentils convertis de la Loi de Moïse comme bloc. Encore est-il qu'il lui a reconnu une valeur suprême et perpétuelle en tant qu'elle commande la charité. Si on l'entend ainsi, elle se confond avec la loi du Christ. Car Paul maintient le terme de loi, et avec raison, puisque l'obligation et la sanction supposent une loi : « Toute la loi est accomplie dans une seule parole ; « Tu aimeras le prochain comme toi-même » (ii, 14) et : « Portez les fardeaux les uns des autres, et ainsi vous remplirez la loi du Christ » (y,,. 2).

Donc, de même qu'il maintenait l'Écriture comme instrument de la promesse, il maintenait la continuité du plan divin dans la morale, dans le commandement suprême. Ce qui devait disparaître, c'était la loi imposée par le ministère de Moïse, parce qu'elle s'adressait à des serviteurs, tandis que l'Esprit animait désormais des fils. Mais l'Esprit, avec toute son indépendance, poussait cependant les chrétiens à pratiquer la loi de la charité, qui comprend tout.

En quoi l'Église catholique s'est-elle éloignée de la méthode de Paul?

Ce n'est pas en méconnaissant la valeur de la charité, ni en paralysant'il'action de l'Esprit de Dieu dans les âmes.

L'Épître de Paul est toujours la charte, non seulement de sa liberté, mais de sa perfection. Mais elle ne renferme pas dans son sein que des âmes animées d'une bonne volonté courageuse. Elle est souvent obligée de rappeler le devoir et ses sanctions. Elle a cru opportun — lorsque l'erreur judaïsante eut perdu son attrait — de mettre à part ce qui,

Page 1