‹ Saint Paul [microform]Chapitre 59 sur 86 · LXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXII INTRODUCTION

dans la Loi ancienne, était l'expression lapidaire des principes éternels. Elle a détaché le Décalogue du reste des lois juives, comme s'adressant à toute l'humanité, mais encore a-t-elle dû le modifier s dans quelques termes, culte des images, sabbat, pour lui donner uii caractère aussi universel que celui de l'évangile.

Il n'y a pas là de quoi faire tant de bruit sur la rechute de l'Église catholique dans le judaïsme. Ce qui importait à Paul, c'était l'esprit, et c'est bien aussi l'esprit qui est nouveau dans l'Église, même lorsque les institutions se ressemblent, comme un cycle de fêtes annuelles, ou le repos hebdomadaire, qui n'est pas moins cher aux protestants qu'à nous. Peut-être même ont-ils introduit dans la célébration du dimanche un formalisme plus rigoureux. Est-ce d'après l'esprit de s. Paul?

Nous sommes heureux de constater que les critiques protestants modernes ne sont plus portés à grossir l'incident d'Antioche. Paul a plutôt laissé voir qu'il n'a affirmé l'autorité de Pierre. Mais ce qui est tout à fait évident, c'est sa préoccupation de l'unité dans la direction extérieure de l'Église. L'unité mystique est constituée par le Christ. Mais les Apôtres, ceux qui sont les notables et les colonnes, doivent s'entendre sur la doctrine. Nul n'imagine que Paul ait douté un seul instant de la vérité de son évangile. Mais — quel que soit le sens qu'on donne à l'expression : « Pour ne pas courir ou n'avoir pas couru en vain » (il, 2) — il a regardé comme une nécessité l'accord sur les principes de l'évangile. Et il a pensé — d'après une révélation — que cet accord ne pourrait être réalisé que par l'exposé de sa doctrine et de sa pratique à ceux qui avaient été Apôtres avant lui. La révélation qui faisait sa certitude l'assura sans doute aussi de l'accueil qu'il trouverait à Jérusalem. Mais autant il était résolu à sauvegarder sa liberté contre des intrus, autant il tenait à montrer le cas qu'il faisait du verdict des chefs. Le principe était posé que les questions doctrinales seraient soumises à l'autorité, avec l'obligation pour tous d'obéir. Du côté de Paul, on n'eut qu'à constater la mission divine. De Pierre, nul ne pouvait exiger l'obéissance; aussi Paul lui demanda seulement d'être fidèle à ses croyances et à sa première pratique qui en était l'expression.

Ainsi l'esprit qui animait Paul, loin d'être incompatible avec une discipline chrétienne reconnue de tous, l'incita à faire une démarche qui consacrait le principe de l'unité par l'autorité. Que de maux eussent été évités à l'humanité et surtout au christianisme, si l'esprit qu'écoutait Luther l'avait engagé à pratiquer de cœur la soumission qu'il promettait de bouche, au lieu de le pousser à la révolte !

Les exégètes protestants qui aiment tant l'Épître aux Galates ne risquent guère d'y trouver leur théorie sur l'évolution intérieure de s. Paul, grâce à ses expériences religieuses. Pour atténuer l'impression du miracle de la conversion soudaine, on a représenté cette conversion

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