INTRODUCTION. LXXIII
comme préparée par l'histoire de son âme. De même que Luther acquit peu à peu dans la vie religieuse l'expérience de son impuissance en face de la concupiscence, et osa enfin se proclamer pécheur, n'ayant d'autre justice que la justice imputée du Christ, Paul aurait compris, à la suite d'une lutte prolongée, l'insuffisance de la Loi. Il était déjà disposé à recourir à un Sauveur lorsqu'il allait à Damas, et, quand il eut reconnu Jésus pour le Christ, il fut aussitôt décidé à s'en remettre à lui du soin de son salut. Avant qu'il ait trahi la cause de la Loi, la Loi avait trahi ses efforts. Elle l'avait abandonné la première. Il cherchait dès lors ailleurs un appui plus assuré pour sa vie morale- Et sans doute Paul a tracé mieux que personne le tableau de la lutte entre la raison humaine et la chair, sous le regard de la Loi qui ne sert qu'à exaspérer le conflit. Mais c'est dans l'Épître aux Romains (Rom. vn), sans aucune allusion à son histoire personnelle, car le moi qu'il met en scène est celui de chacun de nous. Dans l'Epître aux Galates, la lutte est entre l'esprit et la chair, c'est celle où sont engagés les chrétiens. Et lorsque Paul parle de sa conversion, c'est pour marquer la pleine confiance qu'il avait en la Loi avant la révélation. M. Loisy a très bien vu cela, avec la clarté de l'esprit français : « Paul ne relève ni par rapport à sa propre conversion ni par rapport à la question générale du salut l'argument d'expérience religieuse dont l'exégèse protestante ne se lasse pas de lui faire honneur. L'Apôtre parle bien d'une expérience, mais qui n'a pas le caractère tout intime et tout moral que beaucoup s'efforcent de lui prêter (1) ». Oui, c'est en pleine fougue pharisienne que Paul a reçu la révélation, dans une telle clarté qu'il n'eut besoin de consulter personne, ni d'être instruit par personne pour suivre une nouvelle voie.
Il est vrai que, d'après M. Loisy, la cause de l'Apôtre n'y gagne rien : « Ce n'est pas pour rien que Paul est visionnaire ; il l'a été dans sa conversion, il n'a pas cessé de l'être, et il l'est, en quelque façon, jusque dans ses raisonnements (2) ».
Nous ne nous plaignons pas que la conversion de s. Paul soit ainsi ramenée au point décisif : ou révélation divine, ou hallucination. Paul a vu dans la lumière divine, ou il a cru voir par l'égarement d'une imagination malade. Et ce n'est point ici le lieu d'envisager les errements de la critique ou de la psychiatrie; le sujet appartient plutôt aux Actes des Apôtres. L'Epître aux Galates apporte cependant l'affirmation du voyant lui-même. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle respire une admirable élévation du sens religieux et moral, une conviction inébranlable, fondée sur un fait très clair, dont l'évidence s'imposa pour une longue série d'années.
(1) L'Épître aux Galates, p. M.
l2)Ibid.