LXXIV INTRODUCTION
Paul a eu conscience d'être éclairé afin de convertir Tes gentils au vrai Dieu, et il a accompli cette tâche, non sans le témoignage miraculeux des dons de l'Esprit-Saint. Une pareille œuvre, poursuivie avec cette netteté d'intelligence, cette constance, cette sérénité, avec ce suffrage de l'amélioration religieuse et morale de tant d'âmes, doit-elle être attribuée à une intervention surnaturelle de Dieu, ou à une illusion momentanée des sens? La réponse n'est pas douteuse pour ceux qui croient au Dieu bon. Les autres chercheront, s'ils le veulent, des analogies dans la psychologie des malades ou dans l'histoire des aberrations.
Dans quelle mesure la révélation du Fils de Dieu a-t-èlle éclairé sa personne, son enseignement, toute l'œuvre de Jésus? C'est ce que Paul n'a pas dit, et nous ne pouvons donc le savoir. Mais nous pouvons constater que, posée la divinité de Jésus, Fils de Dieu et Messie, toute la doctrine de Paul se déduit, comme par une logique surnaturelle. Cette logique s'est déroulée dans la lumière de Dieu, mais elle est rigoureuse à sa manière. La théologie de Paul n'a rien de commun avec une série de visions qu'il eût fallu ensuite fondre dans une synthèse. Il n'est pas, quoi qu'en dise M. Loisy, visionnaire dans ses raisonnements.
Nous avons déjà indiqué comment, le principe admis, Paul avait été au bout de ses conséquences. Il en est de la théologie du Fils de Dieu comme de la théodicée. Quand une fois on a prouvé l'existence de l'Être nécessaire à cause de l'existence du contingent, on est comme débordé par ses exigences. On a dû le reconnaître infini, on ne saurait donc lui imposer des limites; la difficulté serait plutôt de sauvegarder au contingent un être qui ne soit pas confondu dans l'Absolu. De même pour la révélation du Fils de Dieu. Elle s'empare de l'âme de Paul, de son intelligence et de son cœur. Très logiquement il analyse la donnée qui est ce fait inouï : l'Incarnation et la Passion du Fils de Dieu. Devant cette réalité divine, l'étonnant c'est que tout le passé religieux d'Israël conserve quelque valeur. Plus tard, Marcion a franchi cette limite; Paul ne pouvait isoler d'Israël celui qui lui était révélé comme son Messie, ni séparer le Fils de Dieu de son Père. Mais si l'histoire d'Israël ne cessait pas d'être divine, si elle ne s'évanouissait pas dans l'immense lumière de l'Incarnation, du moins elle ne pouvait être que subordonnée à la manifestation suprême. Paul voit l'indice de cette subordination dans la promesse, et c'est pourquoi il tient à dire que la promesse se terminait au Christ (m, 16). Il était beaucoup moins aisé de montrer comment la Loi mosaïque était subordonnée au Christ.
C'était un ensemble d'institutions qui, comme toutes les lois, avaient le caractère de la perpétuité. Comme loi, le mosaïsme ne parlait pas du Messie. Et pourtant cette loi était regardée comme un instrument de salut. Quiconque la pratiquait était un juste aux yeux de Dieu.
A cette justice de la Loi, Paul oppose la justification par la foi.