INTRODUCTION. LXXV
« Théorie artificielle », dit M. Loisy, « qui, pour relever le principe de foi agissant dans le christianisme, nie, contre l'évidence des faits, qu'il existe aussi dans le judaïsme un principe de foi moyennant lequel, aidé par la Loi, on puisse accomplir ses préceptes (1) ». Ce reproche ne rend pas suffisamment justice à saint Paul. 11 a si peu nié l'existence d'un principe de foi dans le judaïsme, qu'il a mis toute sa supériorité dans ce principe de foi. C'est déjà dans l'ancien ordre de choses que la foi est le principe du salut.
Seulement, en vertu de l'unité, il a rattaché ce principe de foi à la promesse. Or la promesse est antérieure à la législation. La législation, en elle-même, n'était qu'une contrainte. Et comme il lui répugne d'assimiler l'humanité à un troupeau d'esclaves, il la regarde comme un fils de famille auquel son père a imposé, pour le temps de sa minorité, l'assujettissement à un pédagogue (m, 14). Les Juifs, soumis à ce pédagogue, avaient plus clairement la notion du péché ; ils eussent dû se reconnaître pécheurs. D'ailleurs Paul ne se demande pas, comme ferait un théologien moderne, à quelles conditions un juif ou un gentil pouvait être sauvé. Il constate seulement que l'ancienne loi ne contenait pas le pardon du péché. Elle n'aidait pas même à le vaincre, car, le faire connaître, ce n'est pas venir en aide à la volonté, c'est plutôt irriter la convoitise. Donc la Loi, et le Fils de Dieu lui-même! sont pour le péché. La Loi pour le faire connaître, le Fils de Dieu pour le pardonner. Elle lui est donc subordonnée. Paul eût sans doute consenti à ce qu'on copiât dans la Loi un inoffensif catalogue des péchés, que le chrétien devait avoir en horreur autant que le Juif, et même combattre avec plus d'énergie que celui-ci. Mais il ne voulait pas que cette institution, vide de grâce, fût regardée comme apportant le salut, et, prenant le fait concret, il estimait insensé le chrétien baptisé, pardonné, enfant de Dieu, qui eût cherché dans la circoncision l'expression d'une alliance avec Dieu.
Tout cela n'est point un raisonnement d'halluciné. Tout cela s'enchaîne fortement, sans méconnaître le principe de foi qui animait le judaïsme, et qui contenait aussi en germe sa subordination à l'ordre divin définitif.
Mais du moins Paul n'a-t-il pas forcé le sens des textes anciens pour leur faire confesser leur dépendance? C'est dans cette exégèse qu'il a, dit M. Loisy, « poussé jusqu'aux dernières limites possibles le génie du contresens.... Aussi bien, à proprement parler, ne prouve-t-il pas ses thèses par l'Écriture, il les voit dans l'Écriture. Le texte sacré (Gen. xv, 6) parle de foi et de justice à propos d'Abraham : Paul voit Abraham justifié par la foi et prototype de tous les sauvés. Le texte sacré (Deut.
(1) Op. laud., p. 190.