LXXVI INTRODUCTION
XXI, 23) déclare maudit celui qui est pendu au bois : Paul voit le Christ attaché à la croix, maudit comme pécheur, prototype de l'humanité asservie sous la Loi, afin d'être ensuite le prototype de l'humanité libérée par la foi pour la gloire de la résurrection bienheureuse. Vision sublime, mais pure vision, car les textes bibliques ne suggèrent point ce que Paul y trouve, si ce n'est que la rencontre d'un mot éveille en lui la perspective de tout un mystère (1) ». Dans ce passage de M. Loisy, nous avons omis quelques mots importants ; les voici : « Les passages bibliques qu'il utilise ne sont pas que des sentences isolées de leur contexte et qui peuvent être appliquées à un autre objet par un simple artifice d'exégèse ». Insistons sur cette fine observation : le procédé décrit par cette brève formule est celui de l'exégèse rabbinique. Trop souvent les critiques n'ont vu que cela dans saint Paul, négligeant de signaler des arguties verbales dans Platon. Élevé par les rabbins, il aurait raisonné comme un rabbin, isolant les textes de leur contexte, pour leur faire dire autre chose que leur sens normal, et fondant làdessus sa croyance. C'est une vue très superficielle, à laquelle ne s'est pas arrêté M. Loisy, car il continue : les passages bibliques « sont comme le support d'une vision indépendante que son imagination y a rattachée. Aussi bien » etc. Donc si ce n'est plus le rabbin, c'est encore le visionnaire. Mais il s'agit toujours de savoir si ce voyant a bien vu! Ce n'est sûrement pas en lisant le passage de la Genèse (xv, 6) ou celui d'Habacuc (il, 4) qu'il a compris l'importance de la foi et aperçu l'esquisse de la foi chrétienne. La foi chrétienne est le résultat de la vision à lui accordée. Mais, une fois établi le rapport d'harmonie entre les œuvres de Dieu avant le Christ et l'œuvre de Dieu dans le Christ, Paul a vu la préparation de Dieu non seulement dans les textes, mais aussi dans les personnes, ou plus exactement, dans les personnes telles que leur représentation est fixée par les textes. La foi salutaire devait faire partie de l'ancienne économie, et vraiment, sans aucune subtilité, il n'y avait, dans toute l'Écriture, aucun homme qui incarnât, comme Abraham, l'adhésion à la parole de Dieu, la confiance en ses promesses, l'obéissance à des desseins éloignés et obscurs, même cruels à la nature, comme le sacrifice d'Isaac. Abraham était l'homme de la foi, le type vivant de la foi. Et cela était dit d'un mot par un texte de l'Écriture : « Abraham crut en Dieu, et cela lui fut compté comme justice ». Que le texte biblique n'ait point suggéré avant le christianisme tout ce que Paul y a vu, cela va sans dire. Mais il ne soutient pas non plus que tout cela soit le sens littéral du texte. Ce texte était seulement bien choisi pour exprimer une situation de foi parfaitement caractérisée. Il était dit dans l'Écriture que tous les peuples seraient bénis, en Abraham.
(1) Op. laud., p. 46 s.