INTRODUCTION. LXXVII
Or les gentils trouvent le pardon et la justice dans la foi. L'Esprit- Saint a mis d'avance un rapport entre eux et Abraham. Et, en dépit de toutes les arguties, ce rapport existe, suggérant un dessein mystérieux dont Dieu est l'auteur.
De même pour le second exemple. Manifestement le texte : « Maudit soit quiconque est pendu au bois » ne fait aucune allusion au Messie. Il était impossible de conclure de son sens littéral que le Christ serait attaché à la croix et maudit comme pécheur. Mais en fait le Christ est mort sur la croix, ce qui équivaut à être suspendu entre ciel et terre, et il est mort pour effacer les péchés, ces péchés que la Loi dénonçait, impuissante à les combattre autrement que par la menace d'une malédiction. En fait la malédiction est donc tombée sur le Christ? Blasphème apparent devant lequel ne recule pas le génie ardent de Paul, mais non pas contre-sens, car si le Christ a épuisé sur lui la malédiction de la Loi, il est juste de dire qu'il en a affranchi ses frères. Les Juifs ont sûrement objecté à l'Apôtre que Jésus, maudit d'après les termes de la Loi, ne pouvait être le Sauveur. Maudit, soit, mais maudit pour nous sauver. Paul ne tire du texte aucune conclusion positive sur l'œuvre du Christ; il voit le Sauveur parmi ceux que l'Écriture regardait comme des maudits. Il est même malédiction, plus chargé que quiconque, puisqu'il porte les péchés de tous. Sa foi chrétienne ne s'appuie pas sur une argumentation arrachant au texte plus qu'il ne peut donner. C'est au contraire cette foi qui enrichit les anciens récits de l'histoire. Ils grandissent comme étant des figures de réalités plus hautes. C'est ainsi, car nous ne pouvons empiéter ici sur le commentaire, que doit s'entendre l'allégorie des deux testaments (iv, 21 ss.). Si l'on admet que la Providence de Dieu conduit tout et que l'une des manifestations de sa Providence a été d'inspirer l'Ecriture, de préparer l'avènement du Fils de Dieu, cette exégèse spirituelle n'étonne pas. Ce serait un étrange raisonnement que de prouver, par l'histoire de Sara et d'Agar, que la nouvelle alliance doit prendre la place de l'ancienne. Mais Paul le sait déjà, et les Galates aussi, avant d'ouvrir la Genèse. Mais, puisqu'on oppose l'ancienne Ecriture, il se range volontiers à l'analogie appuyée sur l'Écriture. Quand deux institutions sont dans le même rapport que Sara et Agar, c'est l'institution au caractère servile qui doit céder la place à un régime de liberté. M. Loisy nous dit : « Et encore une fois un tel mystère ne se déduit pas de l'Écriture : on croit l'y voir parce qu'on le porte en soi ; on ne pourrait l'en tirer par une argumentation vraiment logique (1) ». Sans doute ce mystère des deux testaments, Paul le porte en lui, ou plutôt il l'a compris dans la Révélation du Fils de Dieu. Il ne l'a donc pas tiré de la Genèse par une argumentation vrai-
(1) Op. laad., p. 47.
ÉPITRB AUX GALATES. . t