LXXX INTRODUCTION
vrai qu'il remanie très librement le texte, mais TertuUien, qui lui a reproché ses altérations, pouvait donc se reporter à un texte généralement connu. On sait que Zahn a essayé, après avoir coUigé soigneusement toutes les citations anciennes, de reproduire le texte de Marcion (1). Cette tentative ne peut être qu'approximative. Voici, à titre d'échantillon, la restitution du passage sur les deux alliances (2) :
(Gai. ly, 24) «Otai Y«p ^'k^i^ 8"° StaOviKai, (x(a \dv «.-ko opou; 2)iv« elç t^ ffuvot- Yû)Y'Jlv Twv 'louSafwv xQtTflc Tov vofAov Y^wiocTa elç 8ouXe(«v, éTspa Sh (Eph. l, 21) ôrtepavo) Traorviç ipx^Ç, SuvdtfAfitoç, IÇouffiaç (ou xupioTirroi;) xal Ttavxoç ovojahtoç 6vo(ji.a- Çofxs'vou oô [xovov Iv Tw alSvi tout£jj «XXà x«l ev tco (JLÉXXovTt (Gai. IV, 26) ■^Ti; I(jt\v {jiT^xTip •JifJiœv, Ysvvwffa elç ^^v <yu,vojjji,oXoY'>ix«{jiev àY'*^ sx>cXyi<j(av.
Aucun doute ne s'éleva au cours des âges sur l'authenticité de l'Épître aux Galates. Elle était d'autant plus chère aux critiques allemands que Luther y avait vu la charte de la liberté évangélique, opposée à la discipline romaine, et que son commentaire était pour le protestantisme une nouvelle proclamation de l'évangile. Ferd. Ghr. Baur lui trouva un autre avantage. Il en fit le pilier principal de son système sur les origines du christianisme et s'en servit pour attaquer les Actes des Apôtres.
Et peut-être ce paulinisme exagéré parut-il suspect, si bien que les attaques contre l'Épître aux Galates devaient fournir des armes contre le système tubingien. Car ses adversaires estimèrent une pareille explosion de paulinisme, c'est-à-dire d'anti-judaïsme, peu vraisemblable à une si haute époque. Historiquement la rupture absolue entre le judaïsme et le christianisme fut le fait de Marcion. Une épître aussi hostile à la Loi que celle des Galates ne pouvait avoir été écrite longtemps avant le point culminant atteint par Marcion. Sa raison d'être aurait été de rectifier dans le sens anti-judaïque l'image de Paul qu'avaient tracée les Actes.
Bruno Bauer (1850) en plaça donc la composition vers la fin du règne d'Hadrien ou durant les premières années d'Antonin (3). Le Hollandais Loman (4) se prononça pour la même époque, et l'on ne peut méconnaître dans son système une réaction intéressante en faveur des Actes des Apôtres, où l'école de Tubingue ne voyait qu'un manifeste de conciliation, dépourvu de valeur historique, dissimulant à dessein le vrai caractère et la doctrine de Paul.
Il était inévitable, étant données les habitudes de la critique, qu'on cherchât dans l'Épître aux Galates ainsi rajeunie une ancienne source. Le piquant fut d'attribuer ce fondement... à un juif, mais à un juif universaliste, ennemi des pharisiens, et portant l'anitagonisme jusqu'à
(1) Geschichte des NeutestamentlicJien Kanons, II, p. 495 ss. [Marcion, par von Harnack, 1921].
(2) Commentaire,.., p. 298.
(3) Kritik der paalinischen Briefe, 1850.
(4) Qaaestiones paulinae, Tfieol. Tijdsehrift (de Leyde), 1882, 1883, 1886.