INTRODUCTION. LXXXI
rejeter la circoncision. Un évêque, nommé Paul, aurait donné à ce pro" gramme la forme chrétienne. Pierson et Naber, deux savants hollandais, se sont unis pour arriver à ce résultat (1).
Ces éluoubrations paraissent avoir trouvé beaucoup d'écho en Hollande ; du moins plusieurs tentatives furent faites dans le même sens. Les critiques allemands battirent froid, mais furent plus attentifs à l'ouvrage du suisse R. Steck, écrit en allemand (2), parce qu'il discute de plus près l'exégèse de l'Épître. Mais il était impossible de conclure des doutes des exégètes à une origine aussi tardive que les environs de l'an 130 ap. J.-C.
On ne sait, nous dit-on, ni à qui l'Epître est adressée, ni quand elle a été écrite. Serait-ce une raison pour l'enlever à Paul? — Steck l'a crue postérieure à l'Épître aux Romains. Nous avons vu que c'est peu vraisemblable, mais enfin, l'Epître aux Romains ne perdrait pas pour cela sa date, et alors? Et l'Épître aux Galates serait postérieure à la P" aux Corinthiens, s'il était vrai que les mots : « Je vous le dis comme je vous l'ai dit » (â TrpoXéyto &(jiïv xaOwç TrpoÊÎTrov) dans Gai. v, 21 étaient un renvoi à I Cor. vi, 9. 10, Mais cela ne nous mènerait pas à une date tardive. D'ailleurs le sens est plutôt que Paul dit encore une fois aux Galates par écrit ce qu'il leur avait déjà dit, probablement de vive voix. Certes nous ne pouvons nous plaindre qu'on prenne la défense des Actes des Apôtres, mais ce ne doit pas être pour leur sacrifier l'Epître aux Galates. La physionomie de Paul n'y paraît pas sous le même angle. Mais combien de portraits très ressemblants, où l'on reconnaît aisément la personne qui a posé, ne se ressemblent pas entre eux ! Le Paul des Actes est sans doute dessiné d'après nature, mais pour être placé dans une galerie de personnages historiques, avec les traits que le public a retenus d'une action variée et prolongée. Le Paul de l'Épître s'est révélé lui-même sous l'impression profonde et môme poignante qu'il éprouva au jour d'une douloureuse déception. Sa tendresse blessée, son autorité méconnue, les ruses perfides de ses adversaires, dont la principale était de louer son opportunisme judaïsant, l'ont obligé à accentuer sa thèse, à revendiquer l'indépendance de son ministère, à mettre le péril dans dans tout son jour. Qu'il demeure des obscurités dans ses explications personnelles, que la doctrine soit tracée dans un raccourci qui nous déroute, ce ne sont point là des preuves que l'Épître soit une œuvre récente, élaborée dans un intérêt de parti. Bien au contraire, les critiques les moins crédules se sont montrés touchés de cette émotion, de cette passion, de cette brusque mise en garde du père auquel on enlève ses enfants et qui ne les cédera pas sans combat.
(1) Verisimilia, Amsterd. et La Haye, 1886.
(2) Der Galaterbrief naeh seiner Aechlheit unlersucM, neVst hritischen Dcmevkungen zii den paulinischen Haiiptbi'iefcn, 1888,