LXXXII INTRODUCTION
Ce n'est point là de la littérature, c'est de la vie.
Mais n'essayons pas, nous non plus, de faire de la littérature. Contentons-nous, puisqu'on parle d'évolution, de marquer la vraie ligne du développement.
Il est vrai que Marcion marque le point le plus aigu de la crise anti-judaïque. Mais il est incontestable que son opposition au judaïsme dépasse de beaucoup, non seulement le Paul des Actes, non seulement le Paul des Romains, mais encore le Paul des Galates. Marcion rompt avec l'Ancien Testament, tandis que Paul n'avait rompu qu'avec l'obligation de la Loi. L'hérétique fut rejeté par l'Église, qui continua de s'appuyer sur Paul. Lorsque naquit le péril anti-judaïsant c[ui dressait le Dieu du Nouveau Testament contre le Dieu des Juifs, l'Eglise était depuis longtemps en possession de la liberté chrétienne, proclamée par Paul. Pour mesurer tout l'intervalle qui sépare l'Épître aux Galates de Marcion, il suffirait de collationner les deux textes, si nous possédions celui de l'hérésiarque. Que l'on compare seulement le texte de Marcion, restitué plus haut avec une certitude suffisante d'après TertuUien, et le texte des Galates. Marcion parle de la synagogue des Juifs, mais Paul de . la Jérusalem d'à présent, qui existe encore. Marcion parle de l'Église, mais Paul de la Jérusalem d'en haut, c'est-à-dire de l'Église encore voilée sous une forme de l'apocalypse juive. Quelle distance parcourue !
Ceux de Tubingue avaient donc tort d'exagérer la culture hellénique de Paul, si l'on entend par là une pénétration philosophique qui aurait contribué à la formation de son christianisme. Les critiques radicaux avaient raison de répondre : ce Paul-là ne peut être authentique . Mais c'est donc que le vrai Paul des Épîtres était bien juif, formé selon les traditions des ancêtres. Et où le voit-on mieux que dans l'Épître aux Galates? Il n'a pas cité la Bible d'après l'hébreu, c'est vrai; mais, s'adressant à des gentils, n'a-t-il pas compté bien suffisamment sur leur connaissance de la Bible ?
Certains critiques radicaux ont eu à cœur de prouver aux critiques libéraux que s. Marc n'était pas tellement éloigné de l'esprit du quatrième Évangile, que le Paul des Actes avait autant de chances d'être vrai que celui des Galates. Ils ont conclu en rejetant s. Marc comme s. Jean, le Paul des Galates comme celui des Actes. Mais leurs attaqués contre le Paul des Galates n'étant pas moins vaines que leurs attaques contre le Jésus de Marc, nous dirons simplement que l'histoire doit tenir compte du quatrième Évangile et des Actes pour mieux connaître le Sauveur et son Apôtre. Le hiatus créé par Baur et ses disciples est comblé. Le dilemme posé : ou tout rajeunir ou revenir aux dates traditionnelles, a profité à la tradition.
II. Intégrité, — L'intérêt que peut avoir pour l'exégèse du texte wne