CHAPITRE PREMIER
SALUTATION (i, 1-5).
1-5. Salut de Paul, apôtre par l'autorité et la désignation de Dieu, aux
ÉGLISES DE GaLATIE.
Un salut ouvre toutes les épîtres de Paul, selon la manière ancienne : l'écrivain se nomme, nomme ses correspondants et, selon un usage de plus en plus commun, exprime ses vœux pour eux (sur le mode de ces introductions, cf. le Comm. des Rom.). Mais aucune de ces salutations n'est plus caractéristique que celle-ci. Tout y indique une situation spéciale qui a vivement ému Paul. Il se nomme apôtre, ce qu'il n'avait pas fait dans les deux épîtres aux Thessaloniciens, parce que son autorité apostolique a été contestée ou mal comprise, et il gardera cet usage désormais (sauf dans les épîtres auxPhilippiens et à Philémon). Mais de plus il indique aussitôt qu'il tient de Jésus- Christ et de son Père la qualité d'apôtre, et que nul autre ne l'a désigné pour cet office. Au lieu qu'ordinairement ses correspondants reçoivent des qualifications flatteuses, il dit sèchement : aux Églises de Galatie. Il ne peut se dispenser de la formule ordinaire, grâce et paix, mais il ajoute aussitôt que la source en est en Dieu et en Jésus-Christ, rédempteur, parce que les Galates n'appréciaient plus comme il convenait son action salutaire, et, remontant encore au Père, il termine par une doxologie, comme pour indiquer l'honneur rendu au Père par l'œuvre de Jésus-Christ.
Théodore de Mopsueste (Catenae) a bien vu que Paul énumère brièvement tous les biens que les Galates sont en train de rejeter. La forme de cette analyse est admirable : (JvapTÎdx? toîvuv tou oTaupou, t% ivao-cdtoetoç, t% tôîv «{ji«p- Tr){jLdtTcov XuTpt&oewç, xîjç jtpôî xo (léXXov (îatpaXEt'aç, tÎ)5 tou îuaTpbî YViiS[i.r)ç, tîjç Tod otou pouXîiç, Tîjî Yjxpixoç, xr[ç eîpTjvïiç, TcaaYjç aOrou t% Stopsaç, 6?ç SoÇoXoyfav xaTJxXsivs xhv XdYov.
bpitre aux galates. 1
nPOS TAAATAS
*riAYAOS, oLTvoa'vo'koc, oùx^tt' àvôpcàirwv oùSl ^t' àv9p(67ÇOu àXkk SiJl 'î'i cou XpiaTou x.ai Ôsou TvaTpôç toO èyeîpavroç aùrov èy. ve)4pwv, ^>cal o5 ctjv
à-'nro 6eou TraToôç 'Ô|aS)V xotl )cupiou 'Itictou XpiCToU, ^tou ^ovtoç éaotov ÛTvçp Twv àf^apTiôîv •Â(j(.c5v ô'tcoç è^éXviTai yi^-ôcç è)c tou aiôvoç tou èvec7TÛT0ç
1) Sur le nom de IlauXo?, cf. sur Rom. i, 1. La virgule après IlauXo? (Za/m) donne plus de relief au mot qui suit, ce qui est bien dans le contexte. — àrtoatoXaç cf. ibid. L'art. àndaroXoç de Moulton et Milligan montre que dans les papyrus la nuance attique de ilotte, expédition maritime, s'est conservée en Egypte jusqu'au iv° siècle. Le sens non spécialisé d'envoyé (Hér. I, 21) n'y a pas été retrouvé avec certitude. Mais l'idée de mouvement se trouve toujours ; 3t aTcoaToXij est le nomen actionis de àTîoa-céXXco [Moulton et Milligan), « envoyer, envoi, mission ». C'est une conjecture sans aucun fondement et contraire à toutes les données positives de prétendre que les chefs de la communauté de Jérusalem étaient qualifiés apôtres « en tant que délégués à la recette et à l'administration des dons fournis par les fidèles hiérosolymitains » [Loisy, P. 51). D'après le discours de Pierre (Act. i, 16 ss.), l'apostolat est un ministère et une mission dont l'objet est de rendre témoignage à la résurrection du Christ, Paul en avait le sentiment en mentionnant aussitôt la résurrection (i, 1).
L'apostolat de Paul ne vient pas des hommes (oùx àir' àv9p(i7ttov) et ne lui a pas été conféré par le ministère d'un homme (oùSè Si' àvOptinou) : k-nô marque la source de l'autorité qui est, selon les idées anciennes, la multitude, déléguant le pouvoir à un seul. Le pouvoir de César était censé lui venir à::' iJvâpoSnwv. Le prince, délégué du peuple, pouvait déléguer à son tour. Chaque préposition a sa valeur propre, l'une marquant l'origine du pouvoir, l'autre la désignation.
Interpréter : « ni d'un groupe de personnes, ni d'aucune personne en particulier » serait méconnaître la distinction entre «Tto et 8ta. Donc Paul ne tient pas son autorité des hommes ; son apostolat n'a pas une origine humaine, et si c'est le fait de tout apostolat véritable, de plus il n'a pas été autorisé par des hommes comme l'ont été les diacres (Act. vi, 5 s.) ou Timothée (I Tim. IV, 14). Il ne regarde donc pas la mission qui lui fut donnée avec Barnabe (Act. XIII, 2 s.) comme sa désignation première à l'apostolat. Mais poui'quoi l'opposition entre le pluriel (àvOpoSTïwv) et le singulier («JvGpoSnou) ? Est-ce parce que les pseudo-apôtres des Galates affectaient de le tenir pour un délé^gué de Pierre, ou de Jacques, ou de Barnabe? ou pour opposer l'unité humaine à Funîté conjointe de Jésus -Christ et de son Père [Sieffert]! Il nous semble plutôt que Paul parle selon le fait normal de l'autorité de tous concentrée dans un seul qui désigne ses collaborateurs ou ses ministres,
Lietz. ne voit dans ralternance de ino et de Z\& qu'un effet de rhétorique^ mais quel effet pourrait produire une rhétorique qui ne serait qu'un vain jeu
ÉPIÏRB AUX GALATES, I, 1-4. 'il
*Paul, apôtre non point au nom des hommes, ni [désigné] par un homme, mais par Jésus-Christ et Dieu le Père qui l'a ressuscité d'entre les morts, ^et tous les frères qui sont avec moi, aux églises de Galatie : ^ grâce soit à vous et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, '^qui s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arracher au mauvais siècle présent, selon la
de mots? Si Paul ne recule pas devant ces combinaisons de mots, il leur suppose toujours un sens réel solide.
Ayant éliminé tout caractère humain ou délégué de son apostolat, Paui déclare qu'il lui vient de Jésus-Christ et de Dieu le Père. Il eût pu dire àné, surtout en parlant de Dieu le Père, comme au v. 3. Mais voulant d'abord mentionner Jésus- Christ, il a employé Sta qui convient à son rôle de médiateur, et n'a pas voulu mettre oi.%6 avant Dieu son Père, pour ne pas les disjoindre, de même qu'au v. 3 ayant commencé par à.r,6, à propos du Père, il n'a pas mis 8ia avant le Seigneur. D'ailleurs si son apostolat venait immédiatement de la désignation du Christ, à plus forte raison avait-il son origine en lui comme en Dieu. En parlant d'apostolat, il est avant tout frappé de l'intervention du Christ; à propos de la grâce et de la paix, il remonte à la source qui est le Père. Il y a dans ce rythme l'intention d'identifier l'action du Père et du Seigneur, quoiqu'on puisse les envisager à deux points de vue.
2) C'est par habitude épistolaire (cf. Phil. iv, 22), plutôt que pour fortifier son autorité, que Paul nomme « tous les frères qui sont avec lui », c'est-à. dire ses compagnons du moment (cf. I Cor. i, 1; II Cor. i, 1; Phil. i, i; Col. 1, 1; I Thess. i, 1; II Thess. i, 1). Les conjectures qu'on peut faire dépendent" de la date de l'Épître. Il ne désigne pas non plus par leur nom les Églises de Galatie, mais il s'adresse à toutes. Le mal avait donc été général. Peutêtre aucune de ces églises n'avait une importance spéciale. Sur la Galatie, cf. Introduction. Le ton est assez froid. Aucune parole aimable ou flatteuse pour les Galates. Ils sauront pourquoi.
3) Cependant Paul ne |)ouvait se dispenser de leur souhaiter la grâce et la paix de Dieu. Même formule, Rom. i, 7 ; I Cor. i, 3, etc. Ici, les meilleures autorités se partagent : les unes appliquent ï)(j.ôjv au Père, les autres au Seigneur. La leçon îtarpoç r)[j.wv est suspecte d'avoir été conformée aux textes connus, mais on ne voit nulle part ï)p.5jv après -/.uptou sans article. Donc narpoç 7)[i,(Sv [Nestlé, Soden). La paix étant communiquée aux Jio.rames, /.aptç doit l'être aussi. Ce n'est pas la faveur extrinsèque de Dieu, c'est « la réalité intime du salut, le don de Dieu » [Loisy).
4) Aux Galates Paul reprochera d'avoir tenu peu de compte de la Rédemption. Aussi leur rappelle-fc-îl tout d'abord que Jésus-Christ s'est donné pour nos péchés, afin de nous délivrer, de nous faire sortir (èÇ^XyiTai) de la domina!tion qui pesait sur nous. — aîoSv est simplenient une période de temps, .sao» suggérer l'idée du maître de cette période comme c'est le cas dans Bph. «^ 2 é «î(i>v Toîî xdffjxou Toikou. Les chrétiens sont délivrés par le christianisme qui
commence le règne de Dieu ; ils sortent d'une période d'esclavage pour inaugurer un temps de liberté. On verra plus loin que la période qui se termine correspond aux éléments du monde, à un temps d'imperfection (m, 3 s.). Le paganisme avait aussi l'impression d'être entré dans la période la plus heureuse du monde : &ç av toC ^ôfaroo âvOptûjtotç a?t5vo(s) vïïv lve(jTfi)TO{ [Syll. 364, en 37 ap. J.-C). La seconde idée principale de l'Épître que la Rédemption est le dessein propre de Dieu apparaît aussi dans ces premières lignes.
La Vg. lit pro peccatis qui suppose OnÉp [Nestlé) plutôt que nepf [Soden] à|jiapTtô3v. Ni les autorités manuscrites, ni la comparaison des cas similaires, ne permettent de se prononcer. Il semble que nspl est mieux à sa place dans Rom. VIII, 3, où le Christ est venu à propos du péché, et &7ïép plus expressif après 8oi3v«t (cf. I Cor. xv, 3).
5) Doxologie, cf. Rom. vu, 25; ix, 5; xi, 36; II Cor. ix, 15; Eph. m, 20. Les Grecs disaient eîç tov aîfiva, « à jamais » ; l'addition xGv «îijSvwv a la saveur hébraïque. Le temps présent est mauvais pour les hommes à cause du péché, mais Dieu, le roi des temps, y trouve la gloire qui lui appartient, la^fv sousentendu plutôt que 'éatoD.