‹ Saint Paul [microform]Chapitre 73 sur 86 · EXPOSITION (I · texte numérisé non relu

EXPOSITION (I

6-10. Il n'y a qu'un évangile du Christ, et c'est celui qui a été prêché aux Galates.

Ce début de l'exposition historique sert en même temps d'exposition à toute l'épître. Il n'y a qu'un évangile du Christ : prétendre le compléter, c'est en réalité le dénaturer; les Galates doivent donc se tenir en garde; contre les perturbateurs Paul n'hésite pas à prononcer l'analhème.

L'Apôtre ne perd pas de temps dans des précautions oratoires. Dès le début il révèle aux Galates son douloureux étonnement, et marque toute la gravité de la situation. Et en même temps (v. 10) il indique la raison de sa franchise sans ménagements. Il n'est point un opportuniste, mais un serviteur du Christ,

6) L'exorde est abrupt et débute évidemment par un reproche. Donc outw;^ Tax^wç ne signifie pas que les Galates ont changé aussitôt après leur conversion; ce serait moins grave qu'un changement après avoir pratiqué et goûté le véritable évangile; leur faute a été de mettre bas les armes sans résistance, à la première attaque de l'ennemi. Ils ont succombé bien vite! On ne peut donc pas se servir absolument de ces mots pour s'éclairer sur le temps écoulé entre la conversion des Galates et la date de l'épître, mais en fait tout semble s'être passé assez rapidement, et cette mobilité faitl'étonnement de Paul. — MeTaTtGeo9«i indique qu'on change de camp soit dans l'ordre militaire comme dans Polybc, XXVI, 2, exaxétoç x«\ tobj 7ïoXtT6uo[jLlvouî [leTaeécjOat irpôç

ÉPITRE AUX CALATES, I, 5-6. 5

volonté de notre Dieu et Père, ^à qui soit la gloire dans les siècle? des siècles. Amen.

^Je m'étonne que vous passiez si vite de celui qui vous a

T^ 'Pw[j.a{wv «tpeoiv, soit au sens métaphorique, quand on change d'opinion ou de sentiment, parfois avec la nuance d'apostasie ; (x£Taôi{ji.Evov &ko tûv ::aTp(wv v6[j.k)v (II Macch. vu, 24). Les Galates sont donc en train ([i.£TaTf0£cj0eau présent dans le sens actif) d'abandonner Dieu (cf. i, 15) qui les a appelés; Iv x,aptTt Xptorou n'indique pas qu'ils ont été appelés à la grâce (Vg.-Glëm. in gradam), mais en vertu de l'ordre de grâce {in gratta) inauguré par le Christ; on pourrait presque traduire « grâce au Christ », car c'est à cause du Christ que Dieu appelle, et c'est par le Chiùst que vient l'efTicacité de cet appel.

L'ancienne tradition latine [Tert. Cypr. Lucif. Victorin, et d'après Zahn, Marcion) ne lisait pas XpisTou. Dans ce cas celui qui appelle pourrait être le Christ (cf. Rom. i, 6 xX-/)toI 'Iï)aou Xptarou). Mais Xptarou est certainement authentique (contre Zahn, Lietz.], et la pensée de Paul plus fortement opposée à l'erreur judaïsante; les Galates, au lieu de plaire à Dieu, révélateur de la Loi, l'abandonneraient en même temps que la grâce du Christ. On ne pouvait rien dire de plus ferme sur l'énormité de leur cas.

— Etç â'Tspov EjaYYÉXtov. Les nouveaux prédicateurs ont dû avancer que Paul n'avait pas prêché le véritable évangile, que Jésus avait pratiqué la Loi, que les chrétiens devaient suivre son exemple, que c'était la condition du salut. C'était un évangile différent de celui qu'a prêché Paul. Or il ne peut y avoir deux évangiles ; il y a donc seulement des gens qui troublent les fidèles en voulant dénaturer le seul évangile, celui du Christ. — ëtîoov désigne un évangile qui serait différent, s'il pouvait y en avoir un autre SXko. Pour la même nuance, cf. II Cor. xi, 4. On dirait en scolastique aliud specie (sTepov) et aliud numéro (SXKo). Ramsay cite des cas d'un usage contraire en grec, de sorte que le premier évangile serait celui de Paul, l'autre (É'xepov) celui des anciens apôtres, qui en réalité ne serait pas différent (àXXo) si ce n'est dans le sens faux que lui donnaient les perturbateurs. Mais c'est à leur évangile à eux que les perturbateurs veulent entraîner les Galates. D'auti-es ont effacé le point après aXXo : un évangile différent qui n'est autre chose si ce n'est etc. Mais cette construction est trop dure. Notre traduction résulte du contexte. Il se peut d'ailleurs qu'en grec on ait pu dire la même chose en changeant les termes, car 'éxzpoi et aXXo? pouvaient être pris l'un pour l'autre. Loisy prétend que la pensée de Paul se débat dans une contradiction parce qu'en fait il y avait bien les deux évangiles et que cependant, à cette époque primitive, on ne rompait pas pour ces dissentiments qui plus tard eussent causé d'irréparables schismes. Mais Paul pouvait-il faire plus que de prononcer l'anathème? Or il prenait ses anathèmes fort au sérieux, et n'aurait consenti à aucun prix à communiquer avec ceux qui dénaturaient l'évangile. Mais il faut en conclure (contre Corn, et Light. en partie) que les judaïsants qu'il attaque ici professaient une erreur doctrinale importante, que Paul n'hésite pas à nommer un prétendu évangile. — Ses adversaires ne sont point des judaïsants modérés qui auraient admis le concile de Jérusalem.

s ÉPITRE AUX GALATJES, I, 7-9.

vàpiTt, XpiffTou dç eTspov eùayyeliov, '^o oùx sgtiv àT^Xo' ei (/."k^ tivIç eiciv ol TaoKffO'OVTeç'ûp'.aç x.al ôeXovreç {/.eTacTpé^j^ai to &\Jxyyé\iQv toD XpiffToO. ^àlT^à, x,al èocv '/ip^eiç vi otyys'Xoç ê^ oùpavou eùayysT^iGvnrai [Û[j.w] Ti;ap' S

7) "0 ne se rapporte pas seulement à ^ioiyyéXiov, mais à l'idée complète : é'repov tixyyéXiov. Le nouvel évangile, s'il concorde avec celui de Paul, est simplement l'évangile; s'il en diffère, comme c'est le cas, ce n'est plus l'évangile.

£Î (j-yj signifie à l'origine « si ce n'est », c'est-à-dire exprime une exception. Mais on ne peut pas dire à la rigueur : « il n'y a pas d'autre évangile, si ce n'est des prédicateurs d'un faux évangile », comme on dirait : « il n'y a pas de faux prédicants parmi eux, si ce n'est deux ou trois personnes », et la raison en est ici que Paul ne compare pas deux quantités de même nature. On peut donc traduire ici : « mais plutôt » ; cf. Ditt. Oi\ 201, note 33 {Lietz.). Le sens est très clair, et on le rendrait très exactement ainsi : il n'y a pas un deuxième évangile, il n'y a que certains prédicateurs d'un faux évangile.

Il semble que xivdç sîaiv ol Tapaacrovteç est simplement au lieu de oï xapaaaouofiv, cf. Col. II, 8; Le. xviii, 9; il ne faut donc pas entendre oî tapaaaovTe? comme une épithète caractéristique, « les perturbateurs » par excellence. Paul désigne quelquefois ses adversaires par le terme vague de -uivéç; cf. Rom. m, 8; I Cor. iv, 18; xv, 12; Il Cor. m, 1; x, 2. Ceux-ci n'ont pas de relations particulières avec Jacques, autrement pourquoi ne pas les rattacher à lui en quelque manière comme dans ii, 12?

— [j.Bxa<3xçi'!/o'.i indique un renversement, un changement en sens contraire, cf. Arist. Rhét, I, 15 xa\ to tou Sevo^ocvouç (j.ETaijTpÉi{/avTa cp«i:lov [Liglit.).

— eùayYÉXtov toî3 Xptaiou n'est pas l'évangile prêché par le Christ {gen. auctoris, Zahn), mais (cf. I Thess. m, 2) l'évangile qui donne la vraie conception du Christ [gen. objectivus), car c'est toute la question de l'épître.

L'évangile serait ainsi dénaturé, la chair prenant la place de l'esprit (m, 13). Tout cela a été bien vu par Aug. : « Non quemadmodum Galatas conturbant, ita con(>e?'tunt etiain Evangelium Christi, quia manet firmissimiim; sed tamen convertere voliint, qui a spii'itualibus ad carnalia revocant intentionem credentium ».

8-9) Noter (avec Light. etc.) la différence des modes dans les deux versets. Que Paul ou un ange annonce un autre évangile (au subjonctif), c'est une pure hypothèse rejetée en même temps que proposée; tandis qu'en réalité il y a des personnes qui prétendent annoncer un autre évangile (sùaYYsXCCetai à l'indicatif, v 9).

8) xal èàv etiamsi, et non pas sed licet [Vg.-Cl.) qui atténue l'invraisemblance de l'hypothèse, rjpïç, Paul seul ou avec ses compagnons.

aYyeXo? êÇ oipavou, c'est-à-dire un bon ange, car un démon pourrait le faire mais naturellement sans autorité. — Il est indifférent pour le sens de lir& tm-^'^zkÎQ-fyza.i (subj. aor.' Nestlé) ou eùayceXiÇrixai (subj. prés. Soden).

;rap' 8, interprété « en dehors de », « en plus de », a servi d'argument aux Luthériens pour reprocher aux catholiques d'admettre les traditions en plus

appelés dans la grâce du, Christ à un autre évangile,, "^non que c'en soit un autre; ce sont seulement des gens qui portent le trouble parmi vous et qui veulent pervertir l'évangile du Christ. ^Mais quand bien même nous, quand un ange du ciel (vous) annoncerait un évangile autre que celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème! ^ Comme nous l'avons dit naguère, je le dis maintenant encore : si quelqu'un vous annonce un autre évangile que celui

de l'évangile, qu'ils entendaient du seul évangile écrit. Gomme il ne peut être question ici que de l'enseignement oral de Paul, les protestants modernes renoncent à cet enfantillage. On traduit Tzxpé.. dans le sens de « contre » [Coi'n.), ou de « à côté de ». La vraie nuance est celle de Rom. i, 25 « de préférence à ». D'après le contexte il ne s'agit ni d'un dogme contraire, ni d'une innovation de détail, mais d'un évangile qui se substituerait à l'ancien [Loisy). — La gravité de cette dérogation totale explique l' anathème. Pour h.vi^i.\M cf. sur Rom. ix, 3. Le mot était employé dans le sens de malédiction par les païens; cf. les tablettes de plomb de Knidos (150 av. J.-G.) citées par Moulton et Milligan. On excluait ses adversaires de la protection de Déméter et de sa fille, les déesses du bonheur dans l'au-delà. C'était les vouer aux supplices du Tartare. Dans la pensée de Paul il ne s'agit pas non plus d'une excommunication tempoi'aire, mais d'une exclusion du règne de Dieu qui d'ailleurs n'empêchait pas la pénitence. 9) Deux opinions sur le sens de ce verset.

a) « Comme je viens de le dire, je le répète en ce moment même », etc. Paul dirait « je me répète », mais en effet il répète presque textuellement ce qu'il vient de dire. Il est vrai que apTt indique une dilférence de temps entre les deux phrases. Mais dans le grec hellénistique ôcpri loin de signifier « récemment » comme chez les attiques, signifie « en ce moment même »; cf. dans Moulton et Milligan les formules magiques où ap-ci signifie « immédiatement ». L'intervalle entre le v. 8 et le v. 9 peut donc être court. Cette opinion a sa vraisemblance, et serait même assez probable si l'on prenait 7rpo£iprf/'.a(X£v pour un singulier. Il faut reconnaître en effet que Paul emploie le pluriel en parlant de lui (cf. II Cor. vu, 3) et passe sans raison appréciable du pluriel au singulier (cf. II Cor. r, 13 s., 23 s. ; v, 11 ; x, 2; xi, 2 ss. ; Phil.. m, 17).

b) Mais npoeipYÎxajjLEV est un véritable pluriel, car il s'oppose au sing'. Xe'yw et ce mot marque une antériorité notable. Le sens est donc : « Comme aous vous l'avons dit, moi et mes compagnons, dans une circonstance antérieure, je vous le dis encore en ce moment ». Il va sans dire que si T^poeipi^xap-Ev est ici un vrai pluriel, il en sera de même de ri(j.£t'ç au v. 8.

La circonstance antérieure est probablement la seconde visite dans laquelle les missionnaires pouvaient rappeler l'enseignement déjà donné précédemment et mettre les Galates en garde contre des périls qu'ils commeur çaient d'entrevoir, sans soupçonner cependant un revirement si prompt chez leurs convertis.

8 fiPlTRB AUX GALATES, I, 10-11.

^"àpTi yàp àvOpcâTTOUç weiôco v) tov Oeovj ti (^-/itc!) àvGptoTCOiç âpe'ffjteivj eî

STl âvOpOJTCOtÇ 'ApeCX-OV, XpiffTOU ^OOXOÇ OÙX àv 71|A71V.

*'rvwpi'((o yàp ùp,tv, à^eXçoi, to sùocYyéT^iov t6 eùayye^.iaôàv ûtc' efxou

10) Les paroles de Paul pouvaient, paraître dures. Mais ce n'est pas le moment de plaire aux hommes. C'est cette liaison que doit exprimer le mot Y«p. — apxi « en ce moment même ». Si ce mot au v. précédent pouvait indiquer le temps présent par rapport à un temps éloigné, il n'en est plus de même ici. Paul ne peut concéder qu'à une certaine époque il cherchait à plaire aux hommes. Même quand il était persécuteur il croyait poursuivre les intérêts de Dieu et agissait par zèle. Le sens est donc : la situation estelle désormais assez claire? Pourra-t-on se demander si je cherche à persuader les hommes ou Dieu? TietOeiv « persuader » indique cet effort pour se concilier les esprits qui avait son expression suprême dans l'éloquence antique ; il suppose un changement dans les dispositions de l'auditeur qui ne convient pas à Dieu : ipsum vevbum suadere de humano usu sumtum est, quum quis id, quod habet et semel imbibit, aliis conatur inserere [Jér.]. Paul avait le sentiment de cette nuance : àvôptîiîtous 7:e(6o[j,ev, 0s5) 8è 7r£çavepa5|j.e6a (II Cor V, 11). Pourtant, au lieu de dire plus clairement : est-cô que je cherche à persuader les hommes ou à mériter l'approbation de Dieu? il garde hardiment le mot qu'on lui reproche. Je cherche à persuader, dites-vous? mais Dieu et non les hommes !

— àpédXEtv a ordinairement le sens de plaire. Mais on peut chercher à plaire par des flatteries qui ne coûtent rien, ou en se mettant au service des autres. Dans ce dernier cas, le sens est : « bien mériter de ». Il se l'encontre incontestablement dans les inscriptions, par exemple : àvaXc&aavxa v.dX à.çi<sœn(f. t^ ts «ùt^ PouX^ xal tC) 8TÎ[j.to [Or. graec. insc. sel. 646, 1. 12, m" s. ap. J.-G., cité par MM.). C'est la nuance ici (et peut-être I Thess. ii, 5; Rom. xv, 1, 3; I Cor. X, 33), comme le prouve l'opposition à Xpiaiou SouXoç. Qui se met au service des hommes pour gagner leur faveur ne peut être en même temps serviteur du Christ : nul ne peut servir deux maîtres. Mais outre sa portée générale, cet aphorisme a son application historique et personnelle, qui est même ici au premier plan. Pour plaire aux hommes dont il s'agit, il eût fallu renoncer à être un véritable serviteur du Christ (cf. v, 11).

Cette application historique est indiquée confusément par hi. Après tout ce que j'ai vu et éprouvé de ces adversaires, si je cherchais encore leur faveur... Loisy : « S'il avait voulu « plaire aux hommes », et d'abord aux Juifs, il n'avait qu'à persévérer dans son attitude hostile au christianisme; maintenant qu'il est chrétien, s'il voulait plaire aux Juifs et aux judaïsants, il n'aurait qu'à vouloir imposer la Loi juive aux convertis du paganisme; mais, ce faisant, il ne se comporterait pas en « serviteur du Christ » : ce serait professer que la perfection du salut n'est pas dans la foi de Jésus », Tout cela s'entend très bien sans donner à hi le sens d'une concession, comme si Paul avait jamais cherché à plaire aux hommes pour eux-mêmes.

que vous avez reçu, qu'il soit anatlièmelio Maintenant donc est-ce que j'essaie de gagner des hommes, ou bien Dieu? ou cherché-je à plaire à des hommes? si je cherchais encore à plaire à des hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.

^iJe vous le déclare, en effet, frères, l'évangile annoncé par moi

PREMIÈRE PARTIE : L'EVANGILE DE PAUL EST L'EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST (i, ll-ii, 21).

La situation est franchement posée dans l'exposition (i, 6-10). On y voit les Galates, ceux qui les troublent, et en face d'eux Paul, décidé à dire la vérité. De plus deux conceptions de l'évangile v l'évangile du Christ et ce qui n'est pas l'évangile. Il y avait donc deux questions, l'une de personnes, l'autre de doctrine. La question personnelle avait son importance. Les Galates avaient reçu leur évangile de Paul. On ne pouvait les en détourner qu'en ruinant l'autorité de l'Apôtre. Le moyen le plus simple pour les judaïsants était de représenter leur évangile comme celui des anciens apôtres, qui avaient reçu leur mission du Christ. Paul, qui ne pouvait être que leur délégué, avait failli à sa mission en prêchant un autre évangile que celui qu'on pratiquait à Jérusalem, tout en laissant à l'occasion fléchir les principes. A cela Paul répond que son évangile lui a été révélé par Jésus- Christ qui l'a constitué apôtre des Gentils et qu'il a exercé son ministère sans avoir reçu mission de personne (i, 11-24). De plus, son évangile n'est pas opposé à celui des anciens apôtres; il a reçu leur approbation expresse (ii, 1-10). Et enfm, loin que Paul ait compromis la doctrine par un opportunisme pratique, il a maintenu le vrai caractère de l'évangile contre les concessions imprudentes de Pierre (il, 11-24). II est donc, par la grâce de Jésus-Christ, et avec l'assentiment des anciens apôtres, l'apôtre du véritable évangile.

Premier point de la discussion personnelle : Paul n'a pas reçu son évangile

DES hommes, mais DE DiEU (l, 11-24).

11-12. L'Évangile de Paul n'est point une doctrine humaine; il le tient d'unb révélation spéciale.

La solennité de yv^piCw indique une section nouvelle, comme dans I Cor. XV, 1; II Cor. viii, 1. Et c'est sans doute pour cela que de nombreux mss. ont M au lieu de ydp, par assimilation aux passages cités. Mais la leçon yxp étant certaine, il faut reconnaître une liaison avec ce qui précède. Selon nous, les versets 6-10 étant une exposition générale, le focp indique l'exposition historique comme la preuve de ce qui précède; et en effet Paul avait affirmé le caractère divin de son évangile; il y revient au v. 11 et donne comme raison au v. 12 son origine révélée.

11) Le ton paraît assez calme, et le mot àSeX^of est conciliant. Cependant YVwptÇw ne peut pas être pris au sens strict ; Paul n'avait pas laissé ignorer aux Galates que son évangile n'était pas xarà à'vGpwnov. Il y a donc dans lo ton, sinon de l'ironie, du moins une nuance de reproche. Faut-il donc que ja

10 ÉPITRE AUX SALATES, I, 12-13.

éÎTi oùîc IffTiv y.otTX avGpûxirov ^ ^oùèï yà.p èyw Tvapà àvôpéTCoo TSCLpéla^o^ ocùto, ouTs l^i^aj(ôviv, àXlà ^t' â7ro/ca>>u(|/£Ci>ç 'Iviorou XpicTou. ^^ 'HxoucraTe yàp o-^v i[/iViv âvacTpo^vi'v tvotê êv t^ 'IouSai."(T[/.(jJi, ô'ti )caô' u7ir6pêo>.riv èStcoKov ttiv

vous apprenne, mes frères, etc.? L'évangile, en tant qu'évangélisé par Paul, contient avant tout l'affirmation centrale que le salut vient de Jésus-Christ seul. Il n'était pas, au moment où Paul le prêchait, et il n'est pas (ëanv), dans sa substance immuable, xatà «vOpwTrov. Sur ce mot, cf. Xén. Mém. IV, 4, 24, TÔ Touç v6[j.ouç aÛTOÙç Totç 7ïapa6atvouat ràç Tt[Aupi«ç ^'x^'v peXTiovoç ■?] xar' avQptojïov vep-oOlTou 8oxet [/.oi eTvai et Sopii. Aj. 747 ij.yi xkt:' iXvflpojTcov cppoveï. Dans Paul, xarà àv6pwjîov ou àvOpoSTiivov indique la sphère des possibilités humaines ou des usages humains, avec des modalités à discuter dans chaque passage (cf. sur Rom. Yi, 19). La préposition y.xxd ne peut signifier l'origine, mais la condition (humaine). Il est vrai qu'une doctrine humaine, purement humaine, ne peut être que le produit de l'intelligence, mais on l'envisage ici plutôt dans sa nature limitée que dans ses origines, comme le patrimoine de l'humanité, une doctrine inventée parles hommes, et qu'ils se transmettent.

12) Il n'en est pas ainsi de l'évangile de Paul. Le yap paraît difficile à jus-r tîfier, d'une part parce qu'une doctrine d'origine divine peut se transmettre par des hommes , d'autre part parce que la révélation pourrait pointer sur des connaissances qui ne dépasseraient pas la raison. Mais l'attention do Paul ne se porte pas sur le caractère naturel ou surnaturel du contenu de l'Évangile. Le yap n'a pas un caractère strictement démonstratif de tout ce que contient le mot y.a-cà. ^vôpwTOV, mais se réfère à cette notion commune qu'une doctrine révélée de Dieu s'oppose à une doctrine inventée par les hommes et enseignée par eux.

La pensée fait un pas. Une doctrine divine pouvait très bien se transmettre par catéchèse, comme les rabbins le faisaient pour la Loi et de nombreux missionnaires pour l'évangile. Mais par là même un docteur Juif n'était qu'un répétiteur {tannaïte) ; tout autre était la dignité de celui qui avait reçu ia doctrine de Dieu môme, comme Moïse et les Prophètes, ou de Jésus- Christ, comme les grands Apôtres. Or Paul déclare qu'il n'a, lui (lyoS avec une certaine emphase), ni reçu son évangile par simple transmission orale (TtapéXaSov), ni par les soins d'un maître approfondissant la doctrine {Bi^dy^8T|v). OjBI indiquait que l'évangile, n'étant pas humain dans sa nature, ne l'était pas non plus dans son mode de transmission; pour ne pas trop surcharger sa phrase de particules négatives, Paul a omis oS-s devant ^rapéXaSov-

Paul se refuse donc à lui-même la connaissance de son évangile par tradiliion, mais c'est pour affirmer qu'il le tient de Jésus- Christ par révélation. La révélation avait bien pour objet Jésus-Christ (cf. v. 16), et le génitif 'lY].aou Xpio-oi3 pourrait en soi avoir ce sens ; mais le contexte exige l'opposition entre les maîtres humains que Paul n'a pas connus, et Jésus-Christ qui l'a instruit en lui révélant la vérité. A propos du v. 16 nous reviendrons avec l'Apôtre sur le mode de cette révélation.

D''après Cornely, l'évangile que Paul n'a pas reçu par tradition comprend toute la prédication chrétienne, les -mystères de la vie, de la passion et de la

ÉPITRE AUX CALATES, I, 12-13. 11

n'est point selon l'homme; ^^car ce n'est pas d'un homme que je l'ai reçu, ou appris, mais par une révélation de Jésus-Christ. ^^Gar vous avez entendu parler de mes agissements alors que j'étais dans le judaïsme : je persécutais à l'excès l'église de Dieu et la

résurrection du Sauveur, par où il semble entendre les faits mêmes de la vie de Jésus. Mais à supposer que quelques-uns de ces faits lui aient été révélés (cf. I Cor. XI, 23; xv, 1 ss.), il n'a sûrement pas prétendu qu'avant sa révélation il ait ignoré les lignes principales de l'enseignement de Jésus et de la prédication apostolique. Il a persécuté ce qu'il croyait connaître.

Son évangile est donc bien, comme nous l'avons dit au v. 11, l'intelligence spirituelle des faits historiques qui lui a montré le salut en Jésus et en Jésus seul.

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