Paul reçoit sa mission de Jésus-Christ
Jusqu'à présent Paul a montré qu'il n'avait pas été instruit dans son évangile par les hommes. Ce qu'il connaissait de Jésus n'avait fait que l'exciter à une opposition irréductible. Il va dire maintenant comment ses dispositions ont été changées, et sans la participation de personne. Tout est venu de la grâce de Dieu.
15) Tous les termes sont choisis et accumulés pour montrer que si les hommes ne sont pour rien dans la transformation de Paul, le mérite n'en revient pas non plus à lui. Tout à l'heure il faisait des progrès dans un ordre où l'intelligence et l'activité ont leur rôle ; maintenant c'est Dieu qui par un acte de son bon plaisir le distingue et le met à part dès le sein de sa mère, enfin qui l'appelle au moment voulu; fallait-il encore ajouter : par sa grâce! Dieu cependant n'est probablement pas nommé, mais il est si évident que c'est Lui qui a tout fait! — EÙodx.yjasv fait abstraction du temps ou de l'éternité, et met en relief le bon plaisir de Dieu à propos des hommes (Le. xii, 32; Col. i, 19); il se dit aussi d'une faveur gratuite (Rom. xv, 26; I Thess. Il, 8; m, 1). Après wBéxïjcsv, Soden insère ô ôeôç, qui n'est pas dans la Vulgate ni dans Nestlé. — àwoplaxç correspond à âfwptapévoç de Rom. i, 1, avec cette différence que dans Rom. cet attribut suit xX-^réç. Ici ce terme ne peut avoir que son sens naturel de mettre à part, choisir pour une mission spéciale (Act. XIII, 2), et, comme il s'agit d'un acte divin, y prédestiner (cf. Jer. i, 5). Mais ce n'est pas encore une préparation positive (contre Corn.). — h. xoiXi'aç (lïjTpo'î pu est en soi une expression ambiguë qui pourrait signifier après ou avant la naissance. Elle a été formée d'après une locution hébraïque (iÇ ou âffid représentant min) qui n'est pas moins équivoque à ne voir que les termes. Dans certains cas le contexte indique le temps qui précède la naissance : Jud. XVI, 17; Is. xliv, 2. 24; xlix, 1. 5 et dans le N. T. Le. i, 15. Ce
14 ÉPITBB AUX CALATES, I, 16.
Y.Qi'Kloci; (/.viTpdi; p-ou xai x a }a' g a:(;^ià t-^ç )(ap iroç auroO ^^àTîoxaX\ji|;a,i Tov uîov «ÙToij £V ê[/,ol l'va e{)ayyekiÇo>y.ai ocùtov ev Tofi; 'éôvecrtv, eù9éwç ou
doit être le sens ici. D'ailleurs Paul avait surtout en vue un acte gracieux de Dieu avant qu'il ait été capalDle de rien faire par lui-môme, comme pour ïsaac (Rom. ix, 10 ss.). — y.«Xloaç doit être la vocation à l'apostolat; cf. vlt]- TÔç àreoffroXoç Rom. i, 1; I Cor. i, 1. D'autre part xaXeiy indique ordinairement dans Paul la vocation efficace au christianisane; cf. Rom. viii, 28. Ici les deux notions se confondent, car pour Paul il n'y eut pas deux appels divins. Il fut apôtre en même temps que converti. Ce fut l'œuvre de la bienveillance spéciale de Dieu, ou, comme il le dit ailleurs, il fut apôtre appelé par la volonté de Dieu (I Cor. i, 1), grâce que les Apôtres reconnaîtront (Gai. ii, 9). La difficulté est de préciser le rapport entre cet appel et la révélation, car l'aoriste xaXÉaa? indique un moment antérieur à la révélation [àno-mX^ci] . Il n'y aurait pas de difficulté si knomlù'^oi.i dépendait de xaX^aaç, mais il dépend évidemment de E58dxr)asv, ni si xaXéaaç s'entendait de l'acte éternel de Dieu, mais Paul l'entend d'une vocation efficace, qui fut précisément exercée par la révélation. Il faut donc reconnaître que d'aprèe la grammaire àm-Aok^xi dépend de sùBdxYjuev, mais que la phrase est construite pour faire du v. 16 l'explication de l'appel divin.
16) èv l[).o'\., « en moi », par une communication intime qui a fait connaître à Paul le fils de Dieu, trésor de son intelligence et de son cœur (Phil. ni, 8). Toutes les autres interprétations échouent contre le contexte. D'après Light. la i'évélation est faite aux autres par le moyen de Paul; &a conversion est un témoignage rendu à l'évangile, d'après v. 24 IBdÇaÇov év Iij.o\ tov 0ê6v ; cf. I Tim. I, 16; II Cor, xm, 3; Phil. i, 30. Mais il y aurait une tautologie intolérable à dire que Dieu se révèle par Paul pour qu'il évangélise [Corn.). En donnant à Iv l[j.ot son sens naturel, on a dans le v, 16 non pas un troisième bienfait de Dieu envers Paul (contre Corn.), mais la réalisation dans son âme de l'appel du V. 15. — M. Loisy insiste beaucoup sur le caractère intérieur de la vision, pour mettre l'épître aux Galates en contradiction avec la vision du chemin de Damas dans les Actes (Act. ix, 1-19), C'est une ancienne opinion de Baur, présentée avec des atténuations. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer les Actes. Quant au iexte des Galates. M, Loisy pense comme nous sur le rapport des vv. 15 et 16 : « nonobstant l'espèce de distinction qu'introduit son langage, sa vocation se réalise par la révélation du Fils », Or la vocation apostolique de Paul lui est venue du Christ et parce qu'il a vu le Christ (I Cor. IX, 1). S'il ne nomme pas en propres termes la vision de Damas, c'est peut-être simplement qu'elle n'était pas moins connue des Galates que sa conduite dans le judaïsme, sur laquelle il ne donne aucun détail précis. Ce qui importait ici, c'étaient ses dispositions intérieures. Voilà pourquoi la révélation n'est point narrée dans ses phénomènes extéiieurs, mais pour l'exfBt qu'elle a produit en lui. C'était le but même de la vision, comme principe de l'apostolat. Aussi ce texte est-il à citer comme preuve de la nécessité de la vie -intérieure coiotemplative avant d'exercer le ministère de la parole.
ÉPITRE AUX CALATES, 1, 16. 15
16 de révéler son Fils en. moi, afin que je l'annonçasse parmi les
— èv ToT? e9vE(ïiv, « parmi les gentils, chez eux ». Paul regarde sa vocation à l'apostolat comme liée à sa conversion, mais il ne dit pas ici qu'il eut dès lors conscience de sa mission comme apôtre des gentils. Toute la phrase est fortement dominée par l'idée de la prescience de Dieu. C'est dans les desseins de Dieu que Paul devait être avant tout missionnaire chez les gentils. Cette mission principale, il la connaît maintenant, mais elle lui a été révélée peu à peu, puisqu'il a commencé par prêcher aux Juifs, et cela en conséquence de sa vision telle qu'il la raconte dans les Actes (Act. xxvi, 10 ss.). Le récit principal de Luc (Act. ix, 15) met les gentils les premiers, selon le plan divin.
— BÙ6éa)5, « aussitôt », prouve que la révélation fut un acte unique et définitif — sans exclure d'autres communications divines — tel que fut la vision du chemin de Damas. Si Paul avait eu pour but de vanter son obéissance à l'appel de Dieu, il eût dit : « aussitôt je me mis à l'œuvre ». Mais son intention n'est pas de parler des succès de son apostolat, c'est d'en établir l'origine purement divine. Il fait savoir que, même à ce premier et décisif moment, il n'a demandé des instructions à personne, tant il avait l'évidence des ordres reçus de Dieu, sùôéuç ne gouverne donc pas àTcîjXQov (contre Lig/it.), mais les deux phrases négatives qui le suivent, malgré ce qu'il y a d'étrange à dire : « aussitôt je ne fis pas »... C'est encore plus à tort que Jér. joignait eùGéws à ce qui précède.
— TCpouavaxCÔsarÔai comme àvaxWecrOai (Gai. ii, 2; Act. xxv, 14; cf. II Macch. III, 9) signifie « communiquer, conférer en vue d'obtenir conseil ». La prép. :ip6ç indique plus expressément qu'on s'adresse à quelqu'un. Dans les deux cas la consultation est intellectuelle.
Exemples : toïç [xav-reat 7tpoCTava0é(j.EVo; ropl tou ffy][xetou (DiOD. Sic. XVII, 116), Ipl TtpoffavdcOou, XaSe [as c;6(j.6ouXov ndvcov (LuciEN, Jiip. trag. 1). Les latins l'Ont entendu ainsi. Jér. : non coniuli cum carne et sanguine; Tert. [De res. carn. h) : qui... statîm non retulerit ad carnem et sanguinem. Ambrosiaster : nec enim consiliu?n -cuiusqziam petîit, aiUad aliquem retulit, quid esset acturus. La traduction de la Vulgate : non acquievi transporte l'idée dans le domaine moral, présupposant que « la chair et le sang » sont des liens difficiles à rompre, comme si 7cpocr«vaTc9Êo9at signifiait tenir compte. Or le sens certain de ::poffavaT{9eo9ai ne doit pas être changé pour une exégèse plus que douteuse des mots suivants. On s'étonne que M. Loisy soit revenu en fait au sens de la Vulgate, puisque tout en traduisant 7ïpoijava9É[j.Yiv « prendre conseil », il l'explique : « c'est-à-dia'e qu'il n'a eu aucune considération de parenté, d'amitié, même de nationalité, qu'il s'est dégagé de toutes les relations humaines, qui auraient mis obstacle à sa vocation » . Il ne s'agit point ici du mérite que Paul a pu avoir à se détacher des liens du sang, mais de l'indépendance de ;sa inaîssion qn'il n'a fait contrôler par personne.
— (japstl xa\ >»t[i.«xi désignent simplement la nature humaine (cf. I Cor. xv, 50^ Eph. VI, 12i), Que la chair et le sang puissent êti'e pris pour un principe
16 ÉPITRE AUX CALATES, I, 17-18.
•jrpoaaveô^li.iQV orapxi v.'xl aï[xaTt, ^'^ ohhï àvîjXÔov eiç lepoo-oXuixa wpbç toÙç xpb è[;i.oî3 âicoffxôXouç, àXXà àiuTjXÔov elç 'Apa6(av, y.ai iràXtv ûiuécTpetî^a elç A«[ji.a(yxov. ^^Eicewa iJ-exà Tpia êr/) àv^XGov sîç 'Iepoa6Xu[ji.a ?arTop^(T«i
humain de connaissance, faillible, surtout comparé à la révélation de Dieu, cela résulte clairement de Mt. xvi, 17. Paul n'a donc consulté âme qui vive sur les lumières qu'il avait reçues . Mais du moins il aurait pu aller voir les apôtres. C'est ce qu'il n'a pas fait non plus.
17) Les Apôtres, comme tout le monde, étaient compris dans crapxl x«\ at|j.aTt. Si Paul les cite spécialement, c'est qu'il animait pu leur demander non seulement conseil, mais investiture, admission dans un groupe déjà constitué, car il reconnaît l'autorité de leur apostolat. — àvîîXOov, expression usitée couramment pour Jérusalem, un des points les plus élevés du pays d'Israël (755 mètres d'altitude); Damas n'est guère moins élevée, mais la ville est située dans une plaine, dominée par des montagnes, tandis qu'il faut toujours monter pour atteindre Jérusalem.
La fin du verset nous apprend que Paul partit pour l'Arabie, et revint à Damas. Son départ eut lieu peu après sa vocation, car 5jï9)X0ov, quoique d'une façon secondaire, est sous la mouvance d'eùOéwç. Le retour est exprimé doublement, par TciiXiv et par le verbe ûjcoarpétpetv, de sorte que Damas est évidemment le point de départ, et si Paul ne l'a pas dit, c'est que les Galates savaient que la conversion avait eu lieu à Damas ou dans les environs immédiats. Encore une fois, Paul ne se propose pas de raconter sa vie, mais seulement de prouver qu'il n'a consulté personne sur son évangile. Il n'y avait personne en Arabie qui pût l'instruire, et à Damas il dut se comporter à son retour comme avant son départ. Naturellement on voudrait savoir ce qu'il a fait en Arabie. Ceux qui opinent [Corn. Light, Sieffert, Schaefer) qu'il s'y est livré à la méditation voient dans ce fait même une preuve de l'indépendance de son évangile. Mais s'il a prêché aussitôt [les Pères, Loisy), cette indépendance éclaterait encore davantage. Cette considération donne une plus grande probabilité à l'opinion des anciens, qui paraît plus conforme au texte et au tempérament de Paul. Puisqu'il n'a consulté personne, c'est donc que la lumière était définitive, et puisque sa conversion était un appel à l'apostolat, il allait s'y donner. Mais pourquoi les Actes ne parlent-ils pas de cette mission en Arabie? Probablement parce qu'elle a été de courte durée, peut-être parce qu'elle n'a pas réussi, comme l'a soutenu s. Jérôme, et aussi parce que cette Arabie étant voisine de Damas, les Actes ont pu l'embrasser dans la notice consacrée à l'apostolat de Paul dans cette ville (Act. ix, 19 ss.). Les catholiques qui admettent l'autorité des Actes ne peuvent nier que Paul se livra aussitôt à l'apostolat. Alors pourquoi pas en Arabie? C'est gratuitement qu'on la suppose déserte.
On prétend que l'Arabie doit indiquer ici comme plus loin (iv, 25) le pays qui contient le Sinaï. Lightfoot et Cornely envoient Paul faire un pèlerinage à la montagne de la Loi avant de la déclarer abrogée. Le Sinaï eût été en effet un théâtre prestigieux pour des méditations et des révélations, mais
ÉPITRE AUX CALATES, I, 17-18. 17
gentils, aussitôt je ne consultai ni la chair ni le sang, ^'et je ne montai point à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant moi, mais j'allai en Arabie, et je revins de nouveau à Damas, ï^Ensuite après trois années je montai à Jérusalem pour m' entretenir
cette hypothèse ingénieuse sur le lieu doit tomber avec l'explication sur le but du voyage. Les révélations accordées à Paul ont toujours été mêlées à sa vie d'action comme son principe immédiat.
D'ailleurs nous ne prétendons pas que Paul ait été dès lors chercher les gentils chez eux. Nous avons dit sur v. 16 que ce plan divin ultime ne s'imposait pas encore à lui. Mais il ne manquait pas de Juifs aux environs de Damas et dans le Haurân.